Les catégories sociales persuadées que de ce processus résultera un bon nombre de solutions, ont naturellement tendance à céder aux attraits des politiques partisanes et à minimiser les revendications pratiques.
Toutes les conditions sont alors réunies pour développer et entretenir la contestation, la revendication, et plus largement le malaise social permanent, source de crises ministérielles régulières et fréquentes. Si la satisfaction des revendications relève de l'accession au pouvoir d'un parti, il est évident que la stabilité des institutions est sérieusement menacée.
Les citoyens et les partis doivent comprendre que le jeu électoral n'est pas l'alpha et l'oméga. Le pouvoir n'est pas exclusivement dans les assemblées législatives et le Gouvernement. Il est aussi dans une multitude d'associations, de regroupements d'affinités, de régions, d'intérêts culturels etc. dont le but n'est pas nécessairement la prise du pouvoir, mais la contribution, chacun en ce qui le concerne, à la solution des problèmes qui ont motivé l'émergence de ces regroupements. A l'ère des crises permanentes il faut savoir leur donner les moyens d'expressions adaptés.
En d'autres termes, est aussi politique ce qui ne s'exprime pas à travers des partis et qui, en outre, n'a pas besoin de prendre un quelconque pouvoir au sein d'une assemblée, d'un gouvernement ou d'une autorité. En consacrant le monopole des partis politiques à l'expression des besoins collectifs généraux ou catégoriels, on nourrit les causes d'instabilité et d'exaspération des conflits, dans une perspective partisane. En d’autres termes le mouvements des « arouches » en Kabylie et celui des syndicats autonome ou coordination syndicale est une expression d’une volonté de voir traiter des questions pratiques et catégorielles que les appareils de partis n’ont pas su prendre en charge.
La sagesse serait de s'appuyer sur un réseau d'associations multiples et diverses regroupant des hommes et des femmes ayant des problèmes spécifiques, permanents ou conjoncturels, pour développer une entraide et une compréhension mutuelle dans un esprit de solidarité et non de conflit. Que de telles démarches entraînent des crises politiques, c'est bien là l'indice de la motivation partisane dont l'objectif de pouvoir implique l'exacerbation des revendications ; le plus sûr moyen de glaner des voix.
Par cette vie associative, pour des objectifs concrets, l'on développe un état d'esprit de détachement à l'égard du pouvoir, et l'on relativise les espérances que l'on peut y mettre. La vie quotidienne d'un citoyen ne doit être suspendue ni aux intentions ni aux actes du pouvoir. L'on doit être en mesure d'élire des hommes et des femmes pour gérer un minimum d'affaires qui concernent le maximum de personnes. Le reste devra échapper à leurs appétits.
Le pouvoir ne doit pas être revêtu d'une aura magique et il ne doit pas devenir à nouveau le centre de vie, mais le point final et d'arrivée des problèmes que les initiatives à la base n'ont pas pu résoudre.
Dans une telle perspective la jeunesse renouera avec les traditions de consensus et de solidarité. Elle encouragera les administrations ‑ qui jusqu'à présent, se sont fait un devoir de s'approprier, dans leur propre intérêt, des moyens qui relèvent des structures non gouvernementales ‑ à appuyer leurs initiatives.
Avant de dénationaliser les entreprises, dans le cadre d'un programme d'ajustement structurel, il faudrait débloquer les rouages de décisions confisqués par les administrations et des hommes qui ont fini par croire que ce qu'ils faisaient était naturel.
Ces actions ont pour but de redonner au pouvoir sa dimension politique, c'est‑à‑dire sa capacité à exprimer l'intérêt général et non pas à en être le gestionnaire. Cela signifie que tout ce qui ne relève pas de la mission essentielle de faire respecter les différentes lois élaborées par la représentation légale du peuple, n'est pas de la compétence du pouvoir.
Elles entraîneraient en outre une concentration moins grande des conflits sur le centre et leur impact plus grand sur les points périphériques, mieux à même de répondre à des revendications catégorielles.
Ce qu'il faut protéger, quoiqu'il en coûte, c'est l'unité nationale. Celle-ci sera sans cesse mise en cause si le système d'expression est totalement focalisé sur la prise du pouvoir parce que celui-ci est le moyen privilégié de règlement des problèmes.