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Les décennies écoulées ont consacré, la place sans cesse accrue des femmes dans la société civile, l’émergence de la jeunesse, enfin, la revendication d’une expression plus adaptée à la diversité culturelle. Autant de facteurs de tension que les structures économiques sociales et politiques se sont épuisées à prendre en charge, en raison de leur inadaptation.

 

Une jeunesse attentive :

 

Que signifie avoir vingt ans dans les années 90 ? Pour la majorité c’est le chômage avec ou sans diplôme, le mur auquel on est adossé toute la journée, l’absence d’un idéal, et parfois la délinquance. La violence au quotidien. L’espoir est dans la rupture. Mais n’est-ce pas aussi l’ardent besoin de redécouvrir un lien social estompé par l’inefficacité de l’appareil économique et les institutions ?

 

Le laminage des initiatives individuelles, en outre, a fait disparaître les associations de jeunesse au niveau des quartiers ainsi que la fonction d’animateur de jeunes. Les bouleversements économiques et sociaux, commencés lors de la guerre d’indépendance et amplifiés par la suite, semblent avoir eu pour principal objectif d'effriter sinon de détruire les solidarités essentielles que connaissent de tout temps les sociétés.

 

Cette chaîne de cohésion part du domicile familial, vers la rue, le quartier, la ville jusqu’à la région, la nation. Il suffit, pourtant, de lire El Fârâbi pour savoir que : « Les sociétés de villages et de quartiers n’existent l’une et l’autre qu’en vue de la société politique de la cité… la société politique de la cité est partie de la communauté (ou nation) ». [1] En Algérie, même le scoutisme a été étatisé.

 

Le primat de la nation abstraite a fait disparaître les solidarités intermédiaires. Il s’en est même trouvé certains pour soutenir que le service national pouvait pallier ce déficit pour les jeunes. Certes, mais que deviennent-ils après ?

 

Cette seule animation de la jeunesse, encouragée par des formules adéquates, serait, en outre, une source prodigieuse d’emplois. Mais comment reconstruire les différentes étapes menant de la famille à la nation alors que la première, la cellule familiale accuse de plein fouet le contexte de la crise de l’économie, du logement et de l’improvisation des idéaux de références ?

 

Il ne s’agit pas de revenir ici sur le tableau économique et social, mais de caractériser l’environnement qui s’offre à la jeunesse dont l’état de vacuité est propice à bien des déboires. Aussi, le politique a-t-il une dette envers elle.

 

Etait-il nécessaire que les rues d’Alger, en 1988, retentissent de son cri pour comprendre que, d’une façon vitale, la jeunesse refusera toujours clairement et indiscutablement l’avenir triste et sans espoir offert par les années ambiguës. Ces cris ont exprimé d’abord et surtout un désir de vivre autrement, que les manipulations politiciennes ont tenté de récupérer dans des expressions politiques contraires à la vie ?

 

Les récents évènements sont la conséquence de la disparition d’espoirs fondamentaux pour les jeunes qui se situent aux trois niveaux suivants : une école de qualité, un travail pour vivre, des chances de fonder une famille ou, de façon plus organique, un besoin de réapprendre ce qui fait la cohésion sociale, retrouvant ainsi spontanément les axes d’un programme toujours recommencé.

 

Les années écoulées ont, littéralement, fait voler en éclat ces espérances. Aussi, quelque soit le pouvoir, il aura à gérer, en permanence des crises sociales qui revêtiront différentes formes. Mais qui toutes auront pour origine ces trois principales espérances.

 

Il faudra donc, dorénavant, compter su une force politique spécifique qui refusera de se couler dans le moule des partis qui tenteront de la récupérer, c’est la contestation de la jeunesse et plus profondément son refus, pour l’instant incohérent, de s’insérer dans une société qui lui proposait des relais d’intégration par trop artificiels. Et même l’autorité parentale, amplement ébranlée par un « populisme » hostile à tout groupe intermédiaire, a été amenuisé par le chômage des adultes qui rejoignent leurs enfants dans l’inactivité.

 

Cette force sera de plus en plus l’interlocuteur des pouvoirs et aussi des partis politiques. Si les mouvements de jeunesse, qui sont nés récemment, ne sont pas embrigadés par leurs dirigeants dans les jeux politiciens, ils seront un centre incontrôlé de contestation saine mais aussi d’instabilité. Il deviendra urgent pour la pérennité des institutions de répondre aux trois espérances fondamentales, évoqué plus haut ou, tout au moins, de consacrer d’importantes énergies à la recherche de solutions.

 

Calmer l’angoisse consciente de la jeunesse en lui donnant une école digne de ce nom c'est-à-dire qui lui permette d’envisager un avenir professionnel, est déjà un début de solution. Faire fonctionner, dans les mêmes conditions, le système éducatif, renforce encore plus les causes de la contestation. De même, tant que les jeunes, en raison du chômage et de la crise dramatique du logement, voient, avec crainte, les perspectives de fonder une famille,-recul de l’age du mariage- l’on nourrit de façon continue les tensions à l’égard de la société.

 

Cette responsabilité envers la jeunesse qui est traditionnelle et qui, généralement, figure en bonne place dans les programmes des partis politiques, n’est nullement une clause de style. Elle représente l’enjeu essentiel. En outre, il est impensable, dans le contexte démographique actuel où la jeunesse compose 75% de la population, de continuer à élaborer des programmes qui ignorent cette dimension. Il s'agit, d'abord, de sa réinsertion dans les réseaux de solidarité et d'autorité familiale conformes aux valeurs culturelles traditionnelles. Puis de sa participation libre à des activités spécifiques dans son environnement quotidien qui sont l'école, la rue et le quartier. Et, surtout, que ces activités soient conçues dans un esprit permanent de participation et de prise en charge de cet environnement quotidien.

Être citoyen c'est peut-être se sentir, quelque part, comme appartenant à une famille à un quartier et à une cité. L'ennui, qui transpire des murs des cités actuelles, et dont un film comme « Omar Gatlatou », donnait une image encore sympathique, ne vient‑il pas un peu de cette perte de ce sentiment d'appartenance à son environnement quotidien ?

 

Pourquoi la violence saurait‑elle plus facilement s'organiser que les activités culturelles et sportives. Il faut savoir en finir avec les monopoles et laisser le milieu familial reprendre ses fonctions naturelles ; la rupture serait alors dans la confiance dans les initiatives décentralisées et dans l'apprentissage de solidarités plus naturelles que celles qui ont prévalu jusqu'ici.

 

 



[1] Op cit. p. 276.

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Tag(s) : #reflexions
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