Dans les pays en transition, « les inégalités de revenus se sont beaucoup aggravées depuis qu’ils ont opté pour l’économie de marché »[1].De manière générale, y compris dans les pays industriels, les inégalités de revenus s’accentuent et de plus en plus de salariés entrent dans la catégorie des pauvres.
Dans ce contexte, deux grandes inquiétudes apparaissent concernant le chômage :
- La première est que la mondialisation risque de faire empirer la situation,
- La seconde étant que le progrès technique peut déboucher sur une croissance sans emplois.
La mondialisation pose des problèmes sur le plan national et international :
- Le processus d’intégration de l’économie mondiale provoque des bouleversements sociaux et exige des ajustements difficiles ;
- Les gouvernements ont de moins en moins de liberté d’action, ce qui rend ces ajustements encore plus difficiles ;
- Les économies nationales plus ouvertes sont rendues plus vulnérables aux chocs qui ébranlent le système économique international ;
- L’exacerbation de la concurrence sur les marchés mondiaux et la mobilité accrue des capitaux affaiblissent la position des travailleurs, entraînent des remises en cause des normes de travail et pèsent sur les capacités des gouvernements à appliquer des politiques sociales compensatoires.
Le progrès technique se traduit, dans la majorité des cas, par la progression du travail indépendant, du travail à temps partiel et des autres formes atypiques d’emploi, néanmoins, et notamment dans les pays en transition et en développement, les formes classiques d’emploi ne sont pas dépassées.
Malgré ces contraintes, les politiques gouvernementales peuvent infléchir ces tendances par les choix opérés en matière de définition des politiques sociales, en accroissant la productivité du travail par un plus grand investissement dans l’amélioration des compétences, dans la recherche - développement et dans l’infrastructure de valorisation du capital humain,, afin d’éviter que la compétitivité internationale ne passe nécessairement par une réduction des salaires et des avantages sociaux.
Les politiques nationales doivent donc viser en priorité à atténuer les effets négatifs de la mondialisation.
En effet, contrairement à la thèse selon laquelle l’augmentation et la persistance du chômage résulteraient des rigidités du marché du travail « qu’il faudrait donc s’attacher à rendre plus flexible », la principale cause du chômage est le ralentissement de la croissance.
Ainsi, la question de la déréglementation du marché du travail est particulièrement controversée, il apparaît que le ralentissement de la croissance et la déréglementation du marché du travail, y compris la désyndicalisation, ont joué un grand rôle dans l’aggravation des inégalités de salaires dans les pays industriels et que « rien ne permet d’affirmer que cette réglementation est invariablement source de rigidités et que la déréglementation est toujours la solution optimale »[2].
A l’inverse, l’expérience des différents pays montre que la réglementation du marché du travail joue un rôle positif dans l’augmentation de la productivité et dans la protection des travailleurs vulnérables. Enfin, le taux de chômage d’équilibre, dans les pays industriels, varie en moyenne de 3% au Japon à 10% en Europe Occidentale alors que dans les pays en transition, de nombreux facteurs déterminant ce taux de chômage d’équilibre sont encore en gestation :
- les politiques macro économiques dominées par le souci de stabilisation et de restructuration ne sont pas définitivement arrêtées,
- la privatisation n’est pas achevée,
- la structure du marché continue d’évoluer.
Dans ces pays, le taux de chômage d’équilibre qui sera observé à la fin du processus de transition dépendra donc en grande partie des choix qui seront faits par les politiques gouvernementales.
Dans ce contexte, élever la qualification de la main d’œuvre et accroître son « employabilité » deviennent des objectifs majeurs des politiques d’emploi.
Employabilité et mondialisation : le rôle crucial de la formation
A une époque où le chômage et le sous emploi demeurent un des soucis majeurs de beaucoup de pays, l’accélération de la mondialisation et du progrès technique est à la fois lourde de dangers et riche de promesses.
« Plus le niveau d’instruction et de formation de la population est élevé et plus une nation a de chances de pouvoir saisir les possibilités offertes par ces mutations et de minimiser le coût social de la transition vers une économie plus ouverte. C’est dire le rôle crucial de la formation. »[3]
L’évolution des techniques, de la technologie et les modifications de l’organisation du travail qui en découlent font que la demande de qualifications évolue sans cesse et exigent que soit donnée la plus haute priorité à la formation « et à l’apprentissage à vie ». L’efficacité des politiques et l’efficience des formations mises en œuvre dépendent en grande partie de l’environnement qui doit être propice à la croissance, mais également de la manière dont les décisions en matière de formation sont prises. La concertation entre les pouvoirs publics, les employeurs et les travailleurs pour la prise de décision est à ce titre déterminante. Les tendances de l’évolution de l’emploi au niveau mondial montrent que si les perspectives se sont quelque peu améliorées dans certains pays développés, la tendance générale relevée est à la baisse du niveau de l’emploi et à la dégradation de la situation sociale dans la majorité des pays.
Dans le même temps, on observe une progression de la demande de personnel qualifié. Tous les pays, quel que soit leur niveau de développement, ont connu depuis 1980, une progression de l’emploi dans les professions scientifiques, techniques et libérales plus forte que pour les autres professions ;« par contre, aussi bien dans les pays développés que dans les pays en développement, l’emploi a peu augmenté chez les ouvriers et les manœuvres non agricoles ». La seule exception signalée est celle du secteur de la vente et des services.
La diffusion mondiale des nouvelles technologies provoque de profondes mutations de l’emploi, c’est ainsi que des emplois disparaissent, d’autres se créent et que l’organisation du travail se transforme, accroissant le niveau d’exigences des entreprises, vis à vis de leurs employés, qui doivent être plus qualifiés et polyvalents.
Les impératifs de rentabilité et de profit font que nombreuses sont les entreprises qui, plutôt que de développer la formation et la requalification de leur main d’œuvre (considérée comme un surcroît de charges), choisissent de faire appel à du personnel temporaire ou à sous-traiter certaines activités. Pour les travailleurs peu qualifiés, cette situation a pour conséquence l'abaissement des rémunérations ou l'aggravation du chômage.
Il apparaît ainsi que la qualification conditionne de plus en plus l’employabilité des individus et, au niveau macro-économique, la compétitivité des économies nationales. C’est dire l’importance de la politique de formation qui doit à la fois répondre à l’accroissement de la demande de personnel qualifié et venir en aide à ceux que l’évolution actuelle du marché de l’emploi pénalise.
[1] rapport du BIT sur l’emploi dans le monde 1996/97
[2] op cité
[3] rapport du BIT sur l’emploi dans le monde 1998/99