La phase 1965-1980 n’a pas connu de réel débat de société ni de problème de légitimité mais fut consacrée à une intense activité beaucoup plus économique et diplomatique qu’institutionnelle. Tout s’est passé comme s’il fallait devancer le processus de remise en cause des Etats nation qui se préparait dans le monde.
Dans la mouvance des principes fondateurs du mouvement de libération, la stratégie de développement économique et social reposait principalement sur le développement auto centré et sur la substitution aux importations. Elle visait à rompre «les tendances spontanées de la division internationale du travail et des avantages comparatifs immédiats ». L’Etat a joué, alors, un rôle unique de monopole de la mobilisation des capitaux, de financement des investissements et a assuré les missions d’éducation, de santé, d’emploi et de protection sociale.
Pratiquée d’amont vers l’aval la stratégie de développement a du faire face à des défis nombreux d’ordre technologique, de qualification de la main d’œuvre, de formation des cadres, de faiblesse de l’épargne locale et enfin de variation des recettes d’exportation. Les modifications de la structure des importations se sont accompagnées d’une dépendance qualitative accrue. Il demeure que le développement autocentré recherchait la dynamique interne et intégrée de la mise en valeur des ressources de la Nation au plan économique et social.
Cette stratégie a permis l’émergence d’un tissu industriel diversifié orienté vers les besoins essentiels de la population et des changements dans ses propres structures économiques et sociales. Les limites de cette stratégie résidaient dans des obstacles internes (la sous utilisation des capacités de production ; une intégration verticale insuffisante, une technologie coûteuse et une dépendance des importations par insuffisance de sous traitance locale, le service de la dette alourdi par l’érosion des prix des hydrocarbures). Les obstacles externes furent mis en évidence dans la revendication d’un nouvel ordre économique international. Les pesanteurs du Parti Etat étaient compensées par un consensus social pour une prise en charge centralisée des besoins sociaux (création massive d’emploi, généralisation de l’enseignement, médecine gratuite …)
Mais «L’œuvre de consolidation de l’Etat…à travers notamment de grandes réformes de structures visant à bâtir un Etat régi par des lois, basé sur une morale et appelé à survivre aux gouvernements et aux hommes » est restée inachevée . Simultanément, le consensus social a progressivement reculé avec l’échec du modèle économique adopté, son incapacité à répondre à la demande sociale et l’émergence de couches sociales favorables à une plus forte insertion dans l’économie mondiale.