« Le risque d’un Etat fort et de plus en plus fort est qu’il n’y ait point de contre-pouvoir en face de lui, et qu’il devienne ainsi de plus en plus dictatorial, en s’occupant de presque tout. Un tel type d’Etat empêche tout épanouissement individuel. En effet, l’Etat monopolise tous les outils étatiques à son propre profit, tout en garantissant un minimum aux populations, tant que celles-ci ne pensaient pas différemment du régime instauré. Il y a donc dans ce cas un déséquilibre des trois pouvoirs, et ce déséquilibre peut autant conduire à une dictature qu’à un régime trop faible. [...]
[...] En effet, un Etat faible est indépendant des intérêts privés. L’individu se voit accordé d’une grande liberté et donc la population présente bon nombre d’initiatives, contrairement à des Etats forts où celle-ci aurait plutôt tendance à se « reposer » sur son gouvernement. En effet, il faut un minimum de règles pour pouvoir vivre en société, mais lorsqu’il y a un excès de ces règles, alors l’individu en soi ne peut pas faire des recherches sur le monde extérieur, découvrir des nouveautés si celles-ci sont cachées par l’Etat, car tout sera régulé ou normé. [...]
[...] Un régime autoritaire privilégie le groupe sur l’individu, tandis qu’un régime faible privilégie les libertés individuelles, avec toutes les autres conséquences qu’ils entraînent. Il va de soi que l’équilibre dont nous parlons est particulièrement rude à atteindre, mais il n’y a qu’en conservant un certain dosage entre pouvoir exécutif, législatif et judiciaire qu’un Etat peut fonctionner et être légitimement accepté par tous. C’est bien ce que Paul Valery met en valeur dans sa célèbre citation, en démontrant que les extrêmes sont plus à fuir qu’à désirer »[...]