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bonjour!

Dans le cadre de ma réflexion sur le thème tradition et modernité dans les pays arabes je vous soumet le présent extrait d'un cours de l'université de Lyon dont je vous ai donné le lien dans un précèdent article. Cet extrait présente un  intérêt évident dans  la mesure où il étudie l'impact de l'outil informatique sur les différents segments de la culture notamment sur la pensée

" Avec l'évolution rapide des supports (medium) traditionnels, auxquels il faut ajouter dorénavant ceux de l'information numérisée (développement du CD-Rom dès le début des années 1990, suivi par Internet et ses protocoles arabisés vers 1995), et surtout le développement de chaînes satellitaires panarabes (une quinzaine aujourd'hui avec, en particulier la chaîne Al-Jazeera), on ne peut manquer de s'interroger sur l'impact des pratiques que suscitent ces nouvelles technologies.
Dans la logique de Dale Eickelman et Jon Anderson (New medias in The Muslim World, 1999), on peut se demander si le modèle historique mis en place à la fin de la Seconde Guerre mondiale, lorsque l'État a voulu prétendre au monopole de la production et de la diffusion des valeurs, n'est pas sérieusement remis en question.En effet, par rapport aux procédures plus anciennes, plus traditionnelles, de communication, et plus largement de transmission des valeurs, les nouveaux médias, qui connaissent, dans le monde musulman comme ailleurs, une croissance extraordinairement rapide ont en commun un fonc-tionnement plus participatif (en étoile et non plus en chaîne), fonctionnement qui rompt en partie la dépendance hiérarchique entre les émetteurs d'un côté et les récepteurs, de moins en moins passifs, de l'autre.
Fragmentés, pulvérisés dans l'espace des communications possibles, les mes-sages et leurs utilisations deviennent de ce fait plus difficiles à contrôler, à orienter, pour les appareils officiels ou officieux. Même à leur corps défendant, les détenteurs de la légitimité sym-bolique ne peuvent faire autrement que d'adapter leur production à une réalité mouvante que les nouveaux médias ne se contentent pas de refléter mais contribuent puissamment à accentuer.
La question des nouveaux publics est un autre élément essentiel. Car ce ne sont plus seulement les institutions traditionnelles de la reproduction du savoir, y compris religieux, qui sont remises en cause par les succès (encore partiels) de la scolarisation de masse, mais bien toute l'organi-sation du champ symbolique dans lequel les autorités légitimes subissent la concurrence active, et très souvent couronnée de succès, de nouveaux médiateurs issus de filière inédites, porteurs de méthodes, et de messages, nouveaux.
Dès lors, c'est véritablement d'une nouvelle pensée que l'on peut parler, notamment dans le domaine du religieux, car des interprètes d'un nouveau genre - des ingénieurs par exemple, revendiquant le caractère scientifique de leur formation - se saisissent, dans une langue de plus en plus quotidienne, délivrée des contraintes du passé, des questions de l'islam envisagé non plus comme un corps de doctrine, sacré et immuable, mais "objectivé", placé dans une indéniable historicité, susceptible d'être instrumentalisé, débattu sur la place publique.
En définitive, la conjonction des différents facteurs conduit à s'interroger sur la formation d'une "nouvelle sphère publique religieuse". A l'image des nouvelles perceptions de l'identité et du territoire que, selon Benedict Anderson, le développement de la presse et des journaux a pu contribuer à faire naître chez leurs "communautés imaginées" de lecteurs, on peut imaginer que les nouveaux médias, ainsi que la dynamique qui les porte et qu'ils contribuent à créer, sont en passe de produire de "nouveaux espaces" dont les frontières encore changeantes réunissent déjà des acteurs associés par le sentiment de partager, en confiance, un langage commun. Certains observateurs (Jon Alterman par exemple) se demandent si l'on ne peut pas décerner l'apparition d'un nouveau "panarabisme" porté, en particulier, par les médias transnationaux ; d'autres (Mamoun Fandi notamment) rappellent le poids des héritages culturels et notamment celui d'un rapport spécifique au sens tel qu'il est véhiculé par la parole ou l'écrit, tout en s'interrogeant fortement sur la réelle traduction politique de pratiques largement subies, car imposées par la globalisation économique. En tout cas, la culture restera une clé de première importance pour la compréhension de ce qui se joue dans cette partie du monde."
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Tag(s) : #reflexions
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