Extrait d’une note de Julia Cagé en date du01/03/10
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La trajectoire des comptes publics grecs a volé en éclat depuis la crise. Le déficit a atteint 12,7% du produit intérieur brut (PIB) en 2009. Il est même estimé à près de 16% si l’on réintègre les dépenses liées au secteur hospitalier. La dette s'élève à plus de 294 milliards d'euros. Pour boucler son budget 2010, la Grèce a prévu d’emprunter cette année… presque 53 milliards d’euros, soit près de 20% de sa richesse nationale ! Cette situation révèle une situation macroéconomique désastreuse. Le taux de chômage a atteint 10,6% en novembre 2009, son plus haut niveau depuis près de cinq ans, avec une hausse de 2,8 points en un an.
La Grèce ne pourra s’en sortir seule. Alors que le gouvernement de gauche actuel a hérité d’un déficit près de quatre fois supérieur à celui annoncé par des statistiques sur lesquelles existe un fort soupçon de manipulation, il a immédiatement engagé un plan d’austérité et de restriction budgétaire, alors même qu’il avait été élu sur un programme de relance, qui mettra toutefois du temps à produire ses effets.
L’Europe n’a pas le choix : elle doit éteindre l’incendie aussi vite que possible en apportant à la Grèce les financements nécessaires pour accommoder la transition (et pour éviter qu’elle ait à se tourner vers les marchés financiers qui lui font payer très cher son refinancement, du fait de la hausse des taux d’intérêt…).
En réalité, le « problème grec » ne date pas d’aujourd’hui.
Le président de l’Eurogroupe, Jean-Claude Juncker, a reconnu lui-même que l’Eurogroupe avait commis une « erreur de négligence » en ne s’étant pas préoccupé suffisamment tôt de la situation financière du pays. Les institutions européennes semblent également avoir failli en ne détectant pas la fraude du précédent gouvernement grec, accusé d’avoir manipulé les statistiques des comptes publics. Le New York Times a ainsi révélé que Goldman Sachs aurait, en 2001, juste après son adhésion à l’Union monétaire européenne, aidé la Grèce à contourner les règles du Pacte de stabilité, en utilisant des instruments financiers complexes, comme ceux à l’origine de la crise financière américaine, pour l’aider à dissimuler l’ampleur de sa dette. Et lui permettre ainsi d’emprunter davantage sur les marchés financiers.
Face à des marchés sceptiques sur la cohésion de la zone euro, les dirigeants européens vont devoir convaincre du sérieux de leurs engagements et de ceux de la Grèce, au besoin en durcissant les exigences envers Athènes. L’Union européenne n’a guère le choix.
La crise grecque constitue, de fait, la première grande crise de la zone euro. Le succès et la stabilité de la monnaie unique ont pu un temps créer l’illusion qu’elle mettait les gouvernements totalement à l’abri de la contrainte que constitue leur crédibilité vis-à-vis des marchés financiers. Si l’euro a bien eu cet effet protecteur, la crise grecque montre aujourd’hui qu’il a des limites. Les autorités européennes ainsi que les autres Etats membres de la zone euro doivent impérativement prendre la mesure de la crise actuelle pour (ré)affirmer de nouveaux principes de solidarité et de fonctionnement de la zone euro, dont les règles actuelles apparaissent obsolètes et peu crédibles.
Dernier élément du diagnostic, la crise grecque met en lumière le rôle des agences de notation et la portée du choix de la Banque Centrale Européenne d’intégrer les notations de ces dernières dans ses propres critères d’éligibilité. C’est en effet la décision de deux agences de notation, Standard & Poor’s (S&P) and Fitch Ratings, de dégrader (de A- à BBB+) la note de la dette publique à long terme en décembre 2009 qui a mis le feu aux poudres.
Cette dégradation n’aurait pas débouché sur une crise d’une telle ampleur si elle ne s’était accompagnée de l’affirmation concomitante par la BCE du rehaussement de ses critères d’éligibilité
pour le rachat des titres de créances collatéraux dès la fin de l’année (à la faveur de la crise, la BCE avait adopté des critères plus accommodants, mais a affirmé qu’ils ne seraient pas étendus
en 2011) rendant envisageable la possibilité que les titres de dette de la Grèce ne soient plus éligibles. Si Moody’s, qui affiche pour l’heure une notation supérieure, rejoint le niveau de
notation des deux autres agences – comme elle menace de le faire si la Grèce ne renforce pas ses mesures d’austérité – alors à la fin de l’année la dette grecque ne sera plus éligible en
collatéral à la BCE, rendant presque impossible le refinancement du pays.
Tel est bien le paradoxe de cette crise : des institutions européennes qui non seulement révèlent leur impuissance à assurer un contrôle efficace du dérapage des finances publiques grecques, mais qui ont concouru à allumer l’étincelle de la crise.
A suivre