Scolarisation de masse
La population scolaire dépassait à la fin de la période 1978/1999 six millions d’enfants exigeant un investissement annuel permanent de constructions et, de plus en plus, de réfections
d’établissements scolaires. Effort sans précédent dans le tiers-monde. Le taux de scolarisation est passé de 14,5% en 1962 à 90% en 1999. la part du budget de l’Etat consacrée à l’éducation
s’élève à 25% du budget total. Le nombre d’enseignants pour le premier cycle qui était de près de 20 000, en 1962, atteint 150 000, en 1990 et à prés de 200.000 en
1999.
Mais les faiblesses du système scolaire algérien sont, paradoxalement, celles qu’il se proposait de corriger il y a trente ans : taux de scolarisation différencié enter les villes et les campagnes ; inégalités régionales dans la scolarisation des filles ; taux de déperdition important, respectivement de 7 et 21% pour le premier et le second cycle et notamment au niveau du baccalauréat caractérisé par un taux de succès de 10%.
La population universitaire est passée de 1 000 étudiants, pour la majorité à l’étranger en 1962, à près de 300 000 en 1999, répartis dans 9 universités, vingt-cinq centres universitaires, neuf grandes écoles, douze instituts de technologie. En trente ans l’université a formé 66 300 cadres et 7 300 ingénieurs du cycle supérieur[1]. Cet effectif est impressionnant lorsqu’on sait qu’il est de trois fois supérieur au nombre d’étudiants inscrits à l’université dans un pays comme la France, il y a trente ans.
Le système éducatif s’est montré performant pour répondre, quantitativement, à la demande sociale. Mais par suite de son peu d’efficacité, il a été victime du nombre. Les fonctions de cohésion culturelle et sociale, d’intégration économique et de formation technique, ont été perdues de vue et il n’a pas su trouver des méthodes de gestion performantes. Les experts estiment le rythme annuel de constructions à cent cinquante écoles fondamentales, correspondant à la durée de la scolarité obligatoire, et de soixante lycées, pour maintenir le niveau actuel de scolarisation.
Cette saturation des infrastructures et l’importance des sommes consacrées par le budget de l’Etat sont telles, qu’il n’est plus possible de poursuivre ce modèle avec la même inefficacité sans remettre en cause la finalité de la politique d’éducation et de formation.
De toute façon, dans de semblables conditions, aucune institution n’est plus responsable des produits qu’elle est chargée de fournir. A trop vouloir la mettre en demeure de répondre, à la fois aux besoins de bilans statistiques, et à la demande sociale, l’école n’est plus qu’un alibi et c’est pourtant l’une des rares « structures de production » pour laquelle l’on n’exige, ni restructuration, ni productivité !
En revanche, la formation professionnelle a accusé un retard tel, dans le démarrage des infrastructures, qu’elle n’a pas été en mesure, au moment du lancement de l’industrialisation, de répondre aux besoins de main-d’œuvre qualifiée des sociétés nationales[2]. Lorsqu’elle commença à fonctionner, elle s’avéra inadaptée en raison de sa marginalisation dans le système éducatif, et de la faiblesse quantitative des spécialités offertes.
Sous le poids pourtant prévisible du nombre, l’école fondamentale, qui se devait d’être, légalement, polytechnique, [3] s’est consacrée principalement à dispenser un enseignement général.
Immense machine à produire des frustrations dont la principale sera de former des jeunes à aucun travail d’une part et, d’autre part, de dévaloriser le travail manuel par suite de programmes axés sur la seule culture générale. Il est peu probable que cette contrainte démographique changea dans la période à venir. Il faudra, alors, accueillir, sur la base d’un taux d’accroissement inférieur à celui constaté en 1994, plus de huit millions d’élèves dans l’enseignement fondamental, deux millions dans le cycle post-fondamental. Les effectifs enseignants correspondant à cette population sur la base d’un taux d’encadrement inchangé atteignent un demi-million. Il ne suffit pas de décrier le nombre; il faut savoir être efficace pour le gérer.
Dans ces conditions, comment reprocher à l’économie de ne pas valoriser les ressources humaines ? Depuis longtemps, malgré les débats, ouverts et riches, qui ont tiré la « sonnette d’alarme »[4] dès 1978, ces ressources ont été déviées par le système éducatif qui a privilégié la formation générale sur la formation technique. Il est vrai que celle-ci était la condition de la modernité et du développement ! …
La « recherche développement » s’est relativement affirmée en essayant de s’implanter dans les laboratoires et les centres des grandes entreprises. La recherche fondamentale s’est consacrée, pendant des décennies, beaucoup plus à rechercher un statut et à en débattre, mettant les chercheurs dans une situation difficile dans l’exercice de leurs activités.
[1] Source ministère de l’Education nationale.
[2] Les lycées techniques ont été reconvertis à partir de 1970, supprimant ainsi les C.A.. Les seuls établissements techniques crées à partir de cette date le furent à l’initiative des secteurs économiques, en particulier l’industrie et l’agriculture. En 1994, 500 000 enfants terminent leur scolarité obligatoire, seuls 220 000 peuvent prétendre à une formation professionnelle dans des centres.
[3] Loi de 1976 sur l’école fondamentale.
[4] Voir les articles du ministre de l’Education.