Dans le débat sur l’économie de marché les opinions se résument schématiquement autour de trois grands courants parmi les experts.
Il y a ceux qui militent pour et qui le font savoir même en créant des associations militantes. Ceux sont les « plug and play », qui vont en répétant « branchez vous et ça fonctionne ».
Il y a ceux pour qui l’économie de marché est l’ennemi et qui répètent la fameuse réplique d’un héros de Molière «que sommes nous allés faire dans cette galère. »
Il y an, enfin, ceux qui veulent une économie de marché « soft » c’est à dire sans bazar. Autrement dit les Champs Elysées sans Barbés.
Mais aucun ne dit quelle politique sociale doit accompagner l’économie de marché.
Et pourtant la question le vaut bien au regard de tous ceux qui ont perdu ou n’ont pas de travail qui ont vu leur niveau de vie se dégrader ou pire encore se sont appauvris et ont rejoint ceux
qui l’étaient déjà. C’est pour eux que doit être lancé un nouveau courant de pensée et d’actions pour une économie sociale de marché que ni l’optimisme béat du libéralisme, ni le refus du
conservatisme ni le bricolage du réformisme n’ont apporté de solutions satisfaisantes. Les réformes ont eu un certain nombre de conséquences qui peuvent se résumer par trois grandes catégories de
victimes :
• les populations pauvres et les classes moyennes,
• l’économie par déstructuration
• et enfin l’Etat par désengagement et délabrement de la politique sociale qu’il assurait plus ou moins bien.
Ce constat débouche sur la nécessaire mise en œuvre d’une politique sociale mieux adaptée à l’entrée dans l’économie de marché. Cette démarche a l’avantage de réconcilier politique sociale avec
l’économie de marché et ne sacrifie pas le développement humain. La politique sociale étant indispensable à la pérennisation de l’économie de marché qui elle même ne peut réunir un consensus
social que si elle s’inscrit dans une logique de développement humain.
Si l’on veut aller plus avant il est tout juste temps de réagir à une situation de stagnation économique et sociale en vivifiant un consensus pour une économie sociale de marché. Les propositions
d’actions doivent être centrées sur un objectif essentiel sauvegarder le consensus social en réactivant l’intérêt de tous les opérateurs économiques publics et privés, des administrations et
organi¬sations professionnelles dans la relance économique, et sortir du marais des réformes qui depuis prés de vingt ans n’en finissent pas de réformer les réformes, semblables en cela au chœur
d’opéra qui chante «marchons marchons » et reste sur place !
Plus que jamais nous avons besoin d’une solidarité nationale renforcée et modernisée et d’un dialogue social renouvelé, car l’on sait que l’économie de marché ne fait pas de cadeaux sur le plan
social.
Le premier objectif doit fixer les références essentielles d’un consensus social sur les moyens de renforcer la solidarité nationale que les mécanismes du marché mettent en cause. Le consensus
social a besoin d’objectifs clairs et raisonnables de croissance de l’économie et de l’emploi. Le consensus a besoin en outre d’un cadre d’organisation de l’économie qui prenne en compte
notamment les facteurs suivants :
• un modèle alternatif au passage direct actuel à l’économie de marché
• un climat favorable à la relance économique.
• une nécessaire réforme de l’Etat.
C’est à ces conditions que l’on peut engager un processus d’adaptation de la solidarité nationale aux défis sociaux de l‘économie de marché et à ce que l’on appelle les mises à niveau et les
restructurations dont la principale conséquence est assurément le chômage dans l’immédiat et la pauvreté à terme
• Un programme adapté de solidarité nationale.
L’heure n’est plus au rejet de l’économie de marché mais à la recherche et à la mise en œuvre d’un cadre d’organisation qui soit en harmonie avec les exigences d’un développement humain. La
politique sociale ne doit pas être présentée comme un luxe ni comme antinomique à l’économie de marché. Pour cela encore faut-il que l’économie de marché ne soit pas celle des marchands mais
celle des producteurs.
La dimension sociale des réformes structurelles n’a pas été prise en charge ou mal couverte, dans tous les pays. Elle s’est limitée à ce qu’il a été convenu d’appeler «filet social ». Dans bien
des cas le filet n’a retenu dans ses mailles que très peu de monde ! Mais le plus important est dans la démarche implicite de ces politiques.
En effet, ces politiques préconisées par le libéralisme et la Banque Mondiale supposent l’adoption du critère de sélectivité à savoir : sont éligibles à la politique sociale les personnes qui ne
peuvent être réadaptées ou employables. Le reste de la population doit pouvoir bénéficier d’une protection minimale qui ne remet en cause ni la compétitivité des entreprises ni la flexibilité du
travail et des salaires. Toute amélioration sociale ne peut être que volontaire et individuelle. Les consommations collectives sont soumises aux règles de l’économie marchande. L’intervention
sociale de l’état doit veiller à développer des actions en vue principalement de permettre l’employabilité. La mise en œuvre de ce type de politique résulte soit de la réduction des dépenses
sociales, soit de la privatisation des prestations ou enfin des deux à la fois.
L’autre politique est celle qui tout en développant des actions permettant la lutte contre la pauvreté poursuit de façon plus efficace celles d’insertion et de protection universelle imposées par
l’exigence de cohésion sociale. A priori personne ne refuse cette politique !
Mais le débat entre ces deux politiques est faussé car les tenants de la première, celle de la sélectivité, le refusent en se réfugiant derrière l’argument des moyens. Il s’agira, donc, d’éviter
la mort lente de la politique sociale par absence de débat ou par conservatisme entêté. Pour ce faire, il y a lieu d’étudier ou de réexaminer les éléments fondamentaux de notre politique
sociale.
Une économie sociale de marché fondée sur une politique sociale accompagnant la
croissance la rendant possible est celle qui fait de l’emploi la finalité essentielle. Cette
politique sociale doit pouvoir mieux intégrer, dans ses finalités les transformations de
nos structures sociales notamment celles touchant la famille, son patrimoine, son revenu et les transferts, les problèmes liés à la solidarité entre générations. De même les notions de risques
ont elles aussi évolué et doivent entraîner une adaptation de la protection sociale qui doit répondre au besoin de sécurité économique liés à l’instabilité de l’économie de marché. Les modes de
vie couverts jusqu’ici par l’éducation et la santé exigent une reconversion des méthodes et de l’organisation de ces secteurs dans une optique de plus grande sécurité économique et d’adaptation.
Les conditions de vie à travers le logement, l’urbanisme, la politique de la ville, la vie associative, sont autant de dossiers qui nécessitent une meilleure articulation avec les autres secteurs
de la politique sociale.
• Un appui international mieux adapté aux sacrifices consentis.
Plus fortement qu’auparavant, tous les programmes internes doivent tenir compte de l’environnement international dont les interférences jouent, hélas, trop souvent à l’encontre de la
stabilisation de l’économie et de la cohésion sociale. Cela implique une attitude plus offensive à l’égard des institutions de financement, notamment pour les amener à participer de façon plus
conséquente, à la contrepartie des actions de reconversion et de mise à niveau, à la mise en œuvre d’une politique sociale ainsi repensée et adaptée à l’économie de marché.
Le second objectif est de vivifier le consensus social en renforçant le dialogue et la concertation sociale, dans les institutions existantes mais mises en cohérence avec la nouvelle politique
sociale.
Ce rôle devrait échoir principalement à un Plan qui développera les capacités de prospectives sociales.
Le mécanisme actuel de dialogue social doit s’engager dans celui de la concertation entre les opérateurs, dans des formes qui leur sont propres. Ces concertations doivent s’étendre aux normes de
qualité, de pro¬duction, de salaires, de travail, ainsi que l’évolution des paramètres du programme de Solidarité. Elles permettront la mise en œuvre d’un processus d’actions orientées ayant pour
finalité d’encourager les dynamiques industrielles existantes d’améliorer la compétiti¬vité des entreprises, de protéger et de développer l’emploi, la consommation tout en assurant une évolution
des revenus. Ce processus exige la concertation entre les acteurs concernés publics et privés, les organisations syndicales et les représentants de la société civile et implique une organisa¬tion
de base décentralisée permettant de progresser vers ces finalités.
Le meilleur garant de la mise en œuvre et du consensus autour de cette politique est l’adoption d’un véritable budget social de la nation regroupant à partir d’une vision unitaire et globale de
l’économie de marché, ce qui, à ce jour, est le fruit de l’accumulation d’actions inarticulées entre elles qui ont fini, par force d’habitude, par bloquer tout débat pour une économie de marché à
dimension humaine donc sociale. Le résultat est que le système actuel malgré les sommes qu’il mobilise ne répond plus aux finalités anciennes ni à l’impact social de l’économie de marché. Le
maintenir en l’état c’est réduire la politique sociale à l’action caritative et humanitaire qui soulage les consciences mais risque d’attiser les tensions sociales.
Algérie:pour un budget social de la Nation
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