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Je pense que ce texte remet les pendules à l'heure et surtout justifie la place et le rôle des entreprises sur le plan social. En effet le néo libéralisme dénonce l'optique sociale et les responsabilités qui en découlent."une entreprise n'est pas seulement tenue d'appliquer les lois qui la concernent mais ainsi qu'il est démontré par François Perroux, elle doit répondre aux attentes sociales dont le moindre n'est pas l'emploi. J'ai voulu résumer ce texte mais il m'a paru plus utile de livrer tel quel l'intégralité de la partie II qui fonde théoriquement le concept de citiyenneté.La densité de ce texte mérite de s'y attarder et d'apprécer la vision économique sociale et enfin politique de François PERROUX  On comprend pourquoi l'interessé n'a jamais été couronné d'un prix nobel d'écnomie lui qui a développé un certain nombre de notions tels la théorie des contrats et du dialogue sociale et fondé l'approche des "parties prennates" autant d'élèments qui ont été développés par la suite dans l'approche managériale de l'entreprise. Son tord fut d'avoir eu raison 

Pour en savoir plus et lire l'intégrale de cette étude suivre ce link le texte est de

Mr Gilormini  Enseignant-chercheur, ESDES-Recherche, Université Catholique de Lyon, 23, place Carnot, 69286 Lyon cedex 

Bonne lecture!

********

 

II- Le rôle-clé de l’entrepreneur socialement responsable dans la théorie des parties prenantes

Avant même que la notion de développement durable ne se soit investie par les entreprises, celle de responsabilité sociale s’était formalisée dans la littérature managériale. Pour Johnson (1971), la responsabilité sociale appliquée aux entreprises consiste à rechercher un équilibre entre les multiples intérêts de ses parties prenantes. Pour Davis [Davis et al., 1975], la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) commence là où s’arrête la loi. Parce que c’est ce qui est attendu de n’importe quel citoyen, on ne peut donc qualifier une entreprise de responsable si elle se contente de se soumettre aux exigences minimum requises par la loi. Carroll [1979, p. 500] a été un des contributeurs majeurs dans le domaine de la RSE. Pour lui la responsabilité sociale de l’entreprise comprend les attentes économiques, légales, éthiques et discrétionnaires que la société a vis-à-vis d’une organisation à un moment donnée de l’histoire. Il reconnaît que les enjeux sociaux varient et évoluent en fonction du secteur d’activité de l’entreprise et que les réponses des entreprises aux pressions sociales révèlent un comportement réactif, défensif, d’accommodement ou proactif. C’est avec Freeman que les enjeux de responsabilité sociale de l’entreprise s’inscrivent dans le cadre d’une théorie des parties prenantes. Pour lui «les bons jours durant lesquels il suffisait d’apporter au marché les produits et les services sont derrière nous, les théories managériales qui se contentaient de se concentrer sur l’efficacité et l’efficience du couple produit-marché ne sont plus d’aucune utilité » [1984, p. 4]. Un changement de paradigme s’impose qui nous conduit à nous départir d’un modèle de l’entreprise vue comme simple entité de conversion de ressources. Les relations d’une entreprise avec ses partenaires (actionnaires, gouvernements, mouvements écologistes, associations de consommateurs, concurrents...) peuvent affecter de manière importante sa capacité à faire des affaires. Une question centrale est posée par sa théorie des parties prenantes : Quels sont les groupes et les individus qui peuvent affecter ou être affectés par la réalisation des objectifs de la firme ? L’apport  de Freeman réside dans sa volonté d’appréhender l’environnement externe de l’entreprise. Le concept de stakeholder devient un outil stratégique comme il le précisera plus tard : « Si les organisations veulent être efficaces, elles accorderont de l’attention àceux dont la relation peut affecter ou être affectée par la réalisation des objectifs de l’organisation. (...)

Quel que soit l’objectif de la firme, la firme gérera les relations qui sont importantes. » [Freeman,1999] 7

Aujourd’hui il n’y a pas de consensus sur la définition des parties prenantes. Néanmoins la richesse des travaux de recherche marque l’intérêt porté  à ce cadre théorique qu’il soit mobilisé à des fins analytiques, normatives ou stratégiques. Il offre une grande diversité de présentations et de distinctions comme en témoignent le tableau de quatre pages des définitions proposées, établi par Friedman et Miles (2006).

La question de l’identification des parties prenantes et de leur visibilité a notamment fait l’objet de recherches complémentaires dans la mesure où il n’y avait pas véritablement de consensus sur « qui et quoi compte réellement pour l’entreprise » et donc sur quelles sont les parties prenantes auxquelles le management doit réellement payer attention. Mitchell, Agle et Wood (1997) suggèrent que les parties prenantes deviennent saillantes pour les managers dans la mesure où ceux-ci les perçoivent comme détentrices de trois attributs : le pouvoir de la partie prenante d’influencer l’entreprise, la légitimité de sa relation avec l’entreprise et l’urgence de la demande qu’elle émet vis-à-vis d’elle. La saillance d’une partie prenante est d’autant plus importante qu’elle cumule plusieurs de ces attributs ; elle sera latente si elle ne présente qu’une seule caractéristique, en attente si elle en présente deux, et deviendra une partie prenante de référence si elle présente les trois attributs.

Le rôle du pouvoir est clairement souligné par Mitchell, Agle et Wood qui le définissent comme la capacité détenue par une organisation d’accéder à :

− un pouvoir de coercition basé sur les ressources physiques de la force, de la violence ou de la restriction ;

− un pourvoir utilitaire basé sur des ressources matérielles ou financières ;

− un pouvoir normatif basé sur des ressources symboliques comme par exemple la capacité d’attirer l’attention des médias.

Le pouvoir ne suffit pas pour accorder à une partie prenante une priorité élevée. La légitimité est requise pour lui conférer une autorité. L’urgence est nécessaire pour la mise en œuvre. La partie prenante doit être aussi consciente de son pouvoir  et désireuse de l’exercer. D’autre part tous ces attributs sont transitoires, ils peuvent être acquis aussi bien que perdus. Le nombre d’attributs détenus par une partie prenante déterminera le degré de priorité que le management lui donnera.

Cette théorie s’inscrit dans le foisonnement des théories des contrats qui constitue la théorie économique actuelle où l’unicité de la théorie des marchés est bel et bien rompue. Nous pouvons rapprocher ce rapide examen de la théorie des parties prenantes de la pensée de François Perroux sur l’équilibre économique et l’interdépendance des acteurs qui la préfigurait. Les managers socialement responsables décident et agissent non pas dans une économie où l’équilibre est atteint à travers des forces neutres du système de prix sur un marché pur et parfait, mais dans un environnement où l’équilibre entre les parties prenantes de l’entreprise est atteint à travers des rapports asymétriques de pouvoir entre elles, dissemblables et inégaux s’inscrivant  dans des relations de conflit-coopération. Avec la stakeholder theory, intégrer le développement durable dans la formulation et l’implémentation d’une stratégie d’entreprise conduit à prendre en compte la perspective de la théorie de la domination de François Perroux en s’intéressant aux jeux de pouvoir entre les entreprises et leurs parties prenantes et plus particulièrement à la question des firmes dominantes et des économies nationales dominantes.

Pour cela, Perroux a défini le concept d’unités actives simples ou complexes qui forment un réseau de régulations et d’équilibrations. Ces unités actives sont autant de parties prenantes qui intéressent l’entreprise s’inscrivant dans une démarche de développement durable. Elles comportent en particulier des pôles de croissance qui ont la capacité d’entraîner la croissance d’autres parties prenantes autour d’une dimension économique, sociale ou environnementale ; des pôles de développement qui sont des ensembles ayant la capacité d’engendrer une dialectique entre des structures économiques et sociales dont l’effet serait d’augmenter la complexité de l’ensemble et de développer ses performances autour de plusieurs dimensions du développement durable. Le lien entre la domination et les pôles de croissance ou de développement est fait, selon Perroux, par l’industrie motrice. Parce que certaines unités exercent un effet asymétrique sur d’autres, certaines disposent de capacité à se développer et à entraîner la croissance des autres. Par exemple, en matière de protection de l’environnement ou d’éthique sociale, les grandes entreprises transnationales jouent par le biais de leur cahier des charges un rôle important en tant que donneurs d’ordre vis-à-vis de leurs fournisseurs mais également des États dans 8 lesquels elles sont présentes. Elles peuvent ainsi induire la construction d’écoles dans des régions qui faisaient appel jusqu’alors au travail des enfants, elles peuvent promouvoir des modes de production plus respectueux de l’environnement en imposant des normes sur les matières premières utilisées et les déchets rejetés.

Perroux permet de mieux comprendre la dimension stratégique de la RSE en mettant en évidence les multiples réseaux dans lesquels les entreprises sont insérées mais aussi en soulignant l’importance du projet de l’entrepreneur qui permet un découplage par rapport aux réseaux existants et le tissage de nouveaux liens de coopération/compétition autour d’enjeux de développement durable pour lesquels des innovations techniques peuvent être introduites. Cette grille de lecture peut également être adoptée pour mieux comprendre le développement de symbioses industrielles sur certains territoires. Ainsi à Kalundborg au Danemark, les entrepreneurs locaux, en découvrant que les sous-produits des uns pouvaient servir de matière première aux autres et  permettaient d’économiser énergie et ressources naturelles, ont réalisé un modèle des plus aboutis d’écologie industrielle au service du développement durable de leur territoire 4.

En poursuivant aujourd’hui la pensée de François Perroux, l’économie apparaît comme un ensemble structuré de parties prenantes qui, avec l’entreprise, forment des sous-ensembles structurés, tels que des filières industrielles ou des pôles de compétitivité. Ces sous-ensembles structurés rentrent en dialectique les uns avec les autres ; c’est le moteur du développement au-delà de la croissance. Dans cette méso-économie qui fut le centre des recherches  de François Perroux, il existe entre les sous ensembles, comme entre les éléments, les individus, des relations puissamment asymétriques et irréversibles durant une période déterminée. Les opérations réalisées entre les parties prenantes de l’entreprise qui se traduisent par des échanges d’information et d’énergie sont donc inégalitaires. « Il arrive le plus souvent que la firme dominante et l’économie nationale procurent à leurs partenaires un ensemble compliqué de gains et de pertes, d’avantages matériels et de restrictions de libertés, de satisfactions sous le rapport de la puissance effective et du prestige et d’insatisfaction sous les mêmes rapports. Le bilan pour une firme, pour un groupe de firme, pour une classe, pour une nation n’est pas simple ; le plus souvent il n’est pas incontestable. Ces constatations dictées par l’observation scientifique ne découlent pas plus d’un jugement moral qu’elles n’y conduisent. Elles sont imposées à quiconque regarde le déroulement de l’histoire au lieu de le reconstituer sous l’éclairage dérisoire de l’idéologie égalitaire. La fraternité s’est révélée possible dans l’inégalité ; le progrès économique se manifeste dans et par l’inégalité. » [Perroux, 1960, p. 70]

Le concept de domination dissymétrique et irréversible qui est le socle de la pensée économique de Perroux nous conduit à la question suivante :

Qui sont actuellement les unités économiques d’un territoire capables d’influencer par leur pouvoir contractuel ou leur dimension même de façon irréversible,institutionnelle ou non, le développement humain d’une communauté ? En quoi ses unités peuventelles être tenues pour responsables du développement de l’homme dans toutes ses dimensions économiques, sociales, psychologiques et spirituelles ?

François Perroux nous conduit à examiner cette question dans une économie du genre humain qui confère une valeur explicite à la vie de chaque personne, que ses besoins soient solvables ou non. Le modèle économique d’une entreprise ne doit pas être uniquement déterminé par l’ordre de la solvabilité mais également par celui du coût de la vie humaine qui permet d’assurer l’équilibre physique et mental des parties prenantes de l’entreprise. La couverture de ces « coûts de l’homme » dépend de la réalisation d’effets objectivement utiles, de la mise en valeur des potentialités des êtres humains, du refus de la destruction de l’environnement. Elle implique un engagement de l’entreprise dans la régénération des capacités biologiques et mentales des populations, notamment par des actions dans les domaines de la nutrition, du logement, de la santé et de l’éducation.

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Tag(s) : #reflexions
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