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Ce que veut l'ultralibéralisme c'est de remettre à l’initiative privée le soin de satisfaire, par le marché, les besoins des ménages.Alors, l’intervention de l’Etat ne peut être admise que dans trois domaines ; le travail pour limiter l’exploitation de la force de travail, la protection sociale, la redistribution modérée des revenus pour les catégories sociales fragiles . C’est le domaine du « hors marché » que le libéralisme, sous la pression des luttes sociales, veut bien reconnaître. Au delà, chacun doit se procurer par sa demande solvable ce qui lui est nécessaire au prix du marché.

 

Cette vision tend à remettre en cause dans tous les pays ce qui, depuis longtemps, n’est pas fourni par des entreprises, mais par des services publics hors marché et plus largement la notion de besoins sociaux et des services collectifs. L’évolution des économies développées à économie de marché voit s’étendre et se globaliser les interventions publiques. Le logement, l’habitat, le cadre de vie sont devenus des « bien collectif ». La logique du marché ne peut satisfaire le besoin de « qualité de la vie ». L’animation de la vie sociale est devenue un enjeu politique. L’on attend des pouvoirs publics non seulement une protection et une équité mais qu’ils aident l’économie et la société à mieux produire et mieux vivre.

 A cela s'ajoute l'importance des dépenses publiques mobilisées par ces moyens encouragent des appétits visant à s"approprier les dépenses sociales.

L’action sur le mode de vie est devenue un besoin collectif et impose l’idée que dans certains domaines de ce besoin, la collectivité doit se substituer à l’offre privée et  que l’intervention de l’Etat sous forme de réglementation et de transfert est insuffisante.

 

Le principal mérite du dogme libéral et de sa logique de consommation est d’avoir ouvert le débat sur la notion de besoin et ses modes de satisfaction. La frontière entre les deux modes possibles déterminerait, alors, le champ social de l’intervention directe du service public. Mais la délimitation n’est pas très aisée et ne se réduit pas au simple effacement d’un Etat providence né par génération spontanée.

 

Cette frontière qu’on recherche se heurte rapidement au débat sur les concepts de besoins et de consommation. En effet tout besoin est relatif et les besoins que l’on croit élémentaires sont conditionnés socialement même lorsqu’ils sont premiers comme celui de l’alimentation. « la faim est la faim, notait Karl Marx, mais la faim qui se satisfait de viande cuite, mangée avec un couteau est différente de celle qui dévore la viande crue avec les ongles, les mains et les dents ». Ainsi toute consommation marchande est elle même socialisée. C’est là l’une des contradictions de la publicité et du marketing de la société de consommation. Ce qui rend politiquement délicat la séparation entre besoins élémentaires et besoins secondaires.

L’insatisfaction ou la mauvaise satisfaction de certains besoins essentiels est devenue dommageable à l’équilibre social et politique. Aussi, l’Etat ne peut rester inactif. Il est appelé à prendre en charge ces besoins en les traitant comme besoins publics dont il assure la satisfaction en procurant des ressources aux intéressés. Ces allocations de ressources ont alors un caractère prioritaire.

 

Les allocations de ressources prioritaires s’effectuent par prélèvement sur la masse globale du Produit national. Elles sont affectées à la satisfaction de besoins essentiels ou fondamentaux que les individus ne peuvent satisfaire convenablement. Ainsi en est-il de la gratuité de l’éducation fondamentale qui fait l’objet d’une allocation prioritaire primaire (l’école pour tous) mais qui fait naître des besoins d’allocations « secondaires » pour remédier aux inégalités d’accès.

L’on dira que la notion de priorité détermine l’allocation de ressources et l’ordre de satisfaction qui sera assuré.

 

Qu’appelle-t-on consommation collective et services collectifs ? Ce sont les biens et services offerts par l’Etat et ses services hors marché. Mais l’Etat peut  offrir des produits marchands par ses entreprises. L’on distingue ainsi l’offre économique privée ou publique qui répond à la demande marchande, et les services collectifs qui répondent aux besoins sociaux qui ne peuvent être couverts par le marché.

 

Une seconde série de questions prolonge cette analyse des besoins. A quelle nécessité répondent les services collectifs ? quelle est leur importance dans la société ? Quelle est leur efficacité dans la transformation du cadre et du mode de vie ? L’Etat peut-il se désaisir de cette prérogative ou la confier aux mécanismes du marché sans risque pour la sécurité et la paix sociale ?

 

La frontière entre offre marchande et services collectifs n’est pas linéaire. L’on ne peut définir le domaine des services collectifs de façon uniforme et pour tous les pays. En effet, chacun d’eux a plus ou moins socialisé  l’offre ou la demande ou les deux à la fois. Aussi, un bilan des mesures de socialisation de l’offre et de la demande par fonction, notamment en matière d’éducation, de santé et de logement, révèle les préférences collectives. Les choix possibles portent, alors, sur le degré de socialisation et sur les modes d’intervention (offre ou demande ou les deux).

 

Il est vrai que la socialisation de la demande répond mieux aux aspirations d’égalité et à une meilleure satisfaction des besoins et offre une certaine liberté de choix. Les réformes tendent dans beaucoup de pays vers cette option, tout en permettant le développement d’une offre privée (santé, éducation). L’on note, toutefois qu’un tel choix a pu conduire à des gaspillages dus à la concurrence du secteur privé pour s’approprier la demande socialisée (produits pharmaceutiques par exemple).

 

Ces questions supposent donc une connaissance plus élaborée de la consommation marchande et de celle des produits et services collectifs. C’est de la connaissance de cette consommation élargie que l’on peut apprécier la consommation réelle des ménages et la part des consommations collectives. Les choix de privatisations ou d’extension du marché à ces consommations dépendent de ces études. De même que ces études doivent éclairer par groupe de consommation le degré de socialisation de la demande par financement de l’Etat et des assurances sociales.

 

Toutefois, de tels travaux ne permettent pas d’avoir une évaluation complète de l’impact réel des services publics sur la société. Ainsi il est vain de mettre en rapport les masses budgétaires avec les résultats ; une dépense modeste  sur des équipements structurants est parfois décisive en matière de mode de vie ; à l’inverse, d’importants moyens peuvent ne pas atteindre les résultats attendus.

 

La question actuelle est celle de savoir si les services collectifs ont un impact sensible sur l’amélioration des modes de vie et s’ils répondent aux aspirations de la population à une croissance équitable socialement. La revendication sociale se déplace incontestablement des domaines lié au travail, à la protection sociale et à la redistribution vers les modes de vie et leur cadre. Du logement, on passe à l’habitat puis à la ville et enfin à la participation., autant de besoins collectifs hors marché.

 

Aussi, le débat ouvert sur le rééquilibrage des satisfactions collectives, des biens et services hors marché et, en fin de parcours, sur les services collectifs n’est ni simple ni manichéen.

 A suivre

 

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Tag(s) : #reflexions
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