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Parlons d’inégaltés ! et de développement pour  un programme offrant à chacun une chance de quitter définitivement la pauvreté et la misère. L'amélioration de l'état actuelle des indicateurs de développement doivent prendre en compte celle du revenu de l'individu le plus pauvre. C'est à notre avis la meilleure méthode d'approche de la croissance et du développement d'un pays

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Considérons tout d’abord les ressources humaines. La population  a doublé en trente ans Cette croissance de la population a pour origine une baisse de la mortalité, due elle-même aux progrès de la nutrition et de la santé, mais qui n’a pas été suivie par une baisse de la natalité, comme l’indiquent les indices de fécondité. Le nombre d’enfants par femme en âge de procréer n’a pas diminué de façon substantielle.


Des taux d’accroissement de la population supérieurs à 2 p. 100 posent un problème économique insurmontable quand on sait que le taux de croissance moyen du produit dans les pays occidentaux au moment de la révolution industrielle était de 1 p. 100. Ils provoquent des coûts en matière d’éducation et de santé et un surplus de main-d’œuvre qui ne peut être absorbé par l’industrie.

 

Les chiffres de population n’en rendent que plus remarquables les progrès enregistrés sur la période considérée dans l’espérance de vie ou l’éducation des enfants. L’espérance de vie approche le chiffre des pays développés. Le taux d’analphabétisme y a été réduit de moitié en quarante ans, et le pourcentage d’enfants faisant des études secondaires a approximativement doublé en vingt-cinq ans. il y a là une réussite certaine

 Le tableau est plus contrasté en ce qui concerne l’agriculture. La quasi-stagnation enregistrée dans les chiffres de production par habitant. A l’instar de l’ensemble du Tiers Monde, qui était exportateur de produits agricoles jusqu’en 1980, est aujourd’hui importateur net, les ventes de produits tropicaux (bananes, agrumes, café, thé, cacao, etc.) ne compensant plus les importations de biens alimentaires comme les céréales, le lait ou la viande. Le déficit céréalier est particulièrement important pour l’Afrique noire et le Moyen-Orient, où il représente en moyenne, respectivement 26 et 15 p. 100 de la production. Ainsi, les progrès de la nutrition sont conditionnés par les importations en provenance de l’Occident et par l’aide alimentaire.

 

Un deuxième point est inquiétant dans l’agriculture du Tiers Monde. Il s’agit de la productivité agricole. Celle-ci a crû beaucoup moins vite dans les pays sous-développés que dans les pays développés. Elle a même stagné en Afrique.En outre des subventions étant consenties par les pays riches à leur agriculture,il en résulte que les prix à l'export des produits agricoles est devenu plus faible en Occident, malgré les grandes différences de salaires. Enfin, il faut noter, dans les vingt dernières années, un recul des exportations de certains produits tropicaux (sucre, oléagineux, coton). Cette baisse des exportations pose de gros problèmes financiers aux pays comme Cuba, dont elles sont la principale ressource. Au total, si le bilan de l’activité agricole sur les années 1950-2000 est favorable en Asie, il est médiocre en Amérique latine, du fait de problèmes structurels, et mauvais en Afrique, qui cumule les inconvénients : difficultés liées à la géographie et au climat, faible productivité, instabilité politique toujours défavorable aux agriculteurs, rétrécissement des marchés des cultures d’exportation.

 

En ce qui concerne la production industrielle, l’analyse doit distinguer également les régions et les périodes. Les progrès ont été plus rapides, dans les années soixante et au début des années soixante-dix, dans l’ensemble du Tiers Monde que dans les pays développés. Mais l’expansion industrielle s’est ralentie, dans les années quatre-vingt, du fait des déséquilibres monétaires et budgétaires internes et de la stagnation économique en Occident. Seule l’Asie a connu, au cours de la dernière décennie, une expansion industrielle marquée.

 

Le tableau brossé ici de l’agriculture et de l’industrie ne serait pas satisfaisant sans la considération de l’évolution des termes de l’échange entre le Tiers Monde et le monde développé. Ils ont enregistré une baisse de 1952 à 1962. De 1963 à 1980, la situation s’est inversée pour de nouveau se dégrader à partir de 1981. La dégradation, qui n’est pas enrayée,  est due à une chute du prix des matières premières et des produits tropicaux.

 

Elle a de multiples causes comme la surproduction, la mauvaise conjoncture dans les pays à revenu élevé ou la mise au point de produits de substitution. Elle a rendu plus difficile le remboursement de la dette contractée dans les années soixante-dix. Celle-ci s’est démesurément gonflée sous l’effet conjugué des besoins de financement du Tiers Monde et de l’offre d’épargne du système bancaire occidental, trop optimiste quant aux perspectives offertes aux pays du Sud par l’augmentation des prix des matières premières.

 

Les intérêts et les amortissements, qui ont diminué à la fin des années quatre-vingt en raison des rééchelonnements et des remises de dette, représentent aujourd’hui, pour les pays les plus pauvres, le quart de leurs recettes d’exportation. Une telle ponction sur les ressources en devises bloque le développement des régions concernées. L’endettement explosif des années soixante-dix a eu également pour conséquence une augmentation de l’inflation. L’entrée des devises n’a pas été accompagnée d’un accroissement suffisant du produit national et a constitué l’un des facteurs de l’hyperinflation enregistrée dans les pays à revenu intermédiaire.

Sans développement, l’inflation urbaine continuera, démunie des ressources financières qui permettraient de corriger ses conséquences négatives : chômage, hypertrophie de l’économie souterraine, qui peut représenter jusqu’à 50 p. 100 des activités, criminalité, pollution, bidonvilles.

Au-delà de 500 000 habitants, les avantages économiques d’une plus grande taille des villes disparaissent. Or plus de la moitié de la population citadine vivait dans des villes de plus de 1 million d’habitants en l’an 2000. Mexico aura plus de 30 millions d’habitants, São Paulo, Bombay et Calcutta plus de 20 millions, etc.

Sans développement, il ne sera pas possible de payer les dépenses de formation pour les jeunes, qui constituent plus d’un tiers de la population des pays pauvres. Sans développement, les pays du Tiers Monde n’arriveront pas à nourrir et à soigner la population, l’aide des pays occidentaux ne pouvant être sur ce sujet que secondaire.

 

Les pays du Tiers Monde reprochent à juste titre aux pays occidentaux les modalités d’un système monétaire international qui les pénalise par les variations erratiques de change et de taux d’intérêt. Mais la corruption, le gaspillage, l’absence de stratégie, les « effets de démonstration » (imitation effects ) qui font préférer la consommation à l’épargne sont autant de facteurs qui entravent le développement et qui sont de la responsabilité des pays considérés. À ce niveau, la question du développement n’est plus simplement économique. Elle devient politique et morale. Toute politique de développement suppose des choix privilégiant le devenir de la communauté au détriment de la satisfaction de certains intérêts particuliers.

 

 

Quelles sont alors les voies du développement ?

 

Les spécialistes semblent d’accord sur cinq priorités.

 

Première priorité : l’agriculture. La réussite de l’industrialisation dépend du niveau de vie des populations rurales. Le développement de l’agriculture vivrière est crucial, non seulement parce que celle-ci doit fournir l’alimentation et les revenus nécessaires à l’investissement, mais parce qu’il évite un surcroît de chômage et une trop grande dépendance par rapport aux pays développés.

 

La deuxième priorité est le freinage démographique. Plus que des campagnes de sensibilisation, l’amélioration du niveau de vie et l’éducation des femmes sont les conditions d’un résultat dans ce domaine.

 

La troisième priorité est l’investissement humain. Celui-ci se heurte au monopole des pays développés sur la technologie et sur la recherche fondamentale. Un tel monopole provoque l’exode des cerveaux du Tiers Monde. Mais l’exode n’est pas inévitable, comme le montre l’exemple de l’Inde, qui abrite aujourd’hui des centres de recherche avancés. Encore faut-il qu’il ne soit pas favorisé, du côté des pays riches, par une politique de « chasseur de têtes » ou « d’immigration sélective », et du côté des pays pauvres, par des restrictions budgétaires ou des gaspillages qui interdisent tout investissement éducatif.

 

La quatrième priorité est la réforme de l’État. Toute l’histoire du développement prouve l’exigence d’une stratégie cohérente mise en œuvre par un État ayant l’appui de la population. Ce fut le cas du Japon sous la révolution Meiji au XIXe siècle. Au XXe siècle, il faut citer l’exemple de la Corée du Sud, qui a certes bénéficié de l’aide américaine, mais a également su choisir un mode de développement adapté à ses ressources humaines et aux exigences de l’époque.

 

Si l’histoire du développement a montré la généralisation de l’économie de marché par suite de l’échec de la planification centralisée, elle a également révélé la nécessité d’une intervention de l’État qui doit créer non seulement le contexte institutionnel et juridique indispensable à l’économie de marché, mais aussi les instruments de politique budgétaire et monétaire favorables au développement.

 

Comme le disait John Maynard Keynes dans La Fin du laissez-faire , « l’important, pour l’État, n’est pas de faire ce que les individus font déjà et de le faire un peu mieux ou un peu plus mal, mais de faire ce que personne d’autre ne fait pour le moment ». De ce point de vue, la stabilité politique et la cohésion sociale sont deux conditions du développement dont l’absence explique pour partie les mauvais résultats de l’Afrique noire au cours des années quatre-vingt. A contrario, les perspectives de démocratisation ouvertes au début des années quatre-vingt-dix apportent une lueur d’espoir pour l’avenir.

 

La dernière priorité est la rupture de l’isolement. Comme l’ont montré les pays asiatiques, le processus de développement ne peut se réaliser aujourd’hui à l’écart du marché mondial. Celui-ci apporte les innovations et les informations indispensables à la modernisation des techniques, et un marché d’appoint pour les produits manufacturés. Mais l’analyse montre qu’une stratégie de développement par la conquête des seuls marchés extérieurs ne peut s’étendre à l’ensemble du Tiers Monde, même si elle a réussi dans les petits pays.

 

Tout d’abord, si la Chine, l’Inde et les grands pays obtenaient les mêmes résultats que les quatre dragons, ils accapareraient l’ensemble du marché des pays développés pour les biens de consommation courante. L’hypothèse est donc irréaliste. Une seconde difficulté liée à cette stratégie est le niveau d’éducation qu’elle requiert pour la main-d’œuvre. Il semble donc que la bonne stratégie industrielle soit celle qui s’appuie sur le marché intérieur en choisissant une voie moyenne en matière de technologie et d’ouverture des frontières. S’ils doivent garder le contact avec le marché mondial, les grands pays sous-développés ne peuvent éviter un certain protectionnisme, sauf à voir leurs consommateurs acheter massivement des produits importés, comme l’illustre l’exemple récent des pays de l’ex-bloc communiste. En d’autres termes, il ne paraît pas que le libre-échange soit une voie adaptée aux pays les plus peuplés du Tiers Monde, comme le prouvent les exemples historiques des États-Unis et du Japon.

 

Il ressort de cette analyse qu’il n’existe pas de modèle en matière de développement valable pour toutes les régions, quel que soient leur taille et leur niveau de revenu. Les pays du Tiers Monde doivent nécessairement adapter les enseignements tirés des sciences sociales et des comparaisons internationales. Les échecs en la matière ont souvent pour origine l’inadaptation des politiques suivies aux réalités culturelles et humaines des régions considérées.

 

On peut affirmer, de ce point de vue, que l’aide technique et financière des pays riches n’a pas été à la hauteur des enjeux. Elle a trop souvent favorisé l’imitation des modèles occidentaux plus que la mise en œuvre de recherches ou d’expériences, en agriculture notamment, correspondant aux besoins fondamentaux des pays pauvres. L’indépendance du Tiers Monde, conquise dans les textes, n’a pas encore forcément pénétré les esprits. Le développement ne peut résulter en fin de compte que du sens des responsabilités et de l’esprit d’initiative des élites dirigeantes du Tiers Monde. Même si la bonne volonté des pays développés se traduisait par une aide en rapport avec leur richesse réelle, ce qui aujourd’hui n’est pas le cas, « l’aide » ne peut être que subordonnée aux efforts du Tiers Monde.

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Tag(s) : #un ordre international plus humain
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