Suite ; "de l'entreprise et de ses responsabilités humaines dans le renforcement du lien social." ou le necessaire code de conduite d'une entreprise face au systéme néo libérale
Bonne lecture
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"L'enracinement est peut-être le besoin le plus important et le plus méconnu de l'âme humaine. C'est l'un des plus difficiles à définir".
"Un être humain a une racine par sa participation active, réelle, et naturelle à l'existence d'une collectivité qui conserve vivants certains trésors du passé et certains pressentiments d'avenir".
"Participation naturelle, c'est à dire amenée automatiquement par le bien, la naissance, la profession, l'entourage". "Chaque être humain a besoin d'avoir de multiples racines. Il a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l'intermédiaire des milieux dont il fait naturellement partie".
L'exemple type d'une telle communauté est celui de la famille dont la structure même implique, entre les divers êtres qui la composent, un rythme d'échanges presque aussi intimes et aussi continus qu'entre les membres d'un même corps. La famille constitue la communauté organique par excellence. La Révolution le sait bien qui veut la contester.
"L'homme a besoin de recevoir la presque totalité de sa vie morale, intellectuelle, spirituelle, par l'intermédiaire des milieux", c'est à dire des communautés de destin dont, il fait partie ... Ce qui montre combien les hommes loin d'être réductibles aux mécanismes statistiques du marché, ni aux lois matérielles de la société technocratique, ont au contraire besoin d'une multiplicité de communautés dont ils tirent leur éducation et leur substance... et dans lesquelles ils s'exercent aux responsabilités...
A l'inverse, on comprend par là, combien les sociétés atomisées et massifiées ... prédisposent les hommes déracinés qui les composent, à la Révolution. Ainsi que le notait sadiquement un révolutionnaire russe de la fin du XlXe siècle:
"Toutes les richesses de l'Occident, tous les héritages nous manquent. Rien de romain, rien d'antique, rien de catholique, rien de chevaleresque, presque rien de bourgeois dans nos souvenirs. Aussi, aucun regret, aucun respect, aucune relique ne peuvent nous arrêter". Idéal même du déshérité.
Idéal du nihiliste, vertige du néant .... Disons plutôt point d'aboutissement d'une société qui s'est coupée de ses enracinements vitaux.
2-3 Vraies et fausses communautés de destin : notion de communautés naturelles
Mais il ne suffit pas qu'une société hiérarchisée existe, ni même que les membres qui la composent "s'y trouvent bien" pour qu'elle soit ordonnée au bien des gens. A la limite les associations de malfaiteurs constituent aussi des communautés de solidarité.
Il faut donc trouver des critères faciles et clairs pour discerner les communautés humaines conformes à la nature, et les communautés humaines constituées en dehors de la nature.
Nous appelons communautés naturelles les groupements sociaux dont la raison d'être est la poursuite en commun de biens matériels ou immatériels conformes à la nature humaine (communautés familiales, économiques, scolaires, culturelles, sportives, religieuses, territoriales, politiques, etc...)
Ces communautés créent des liens de solidarité sociale car elles correspondent à des réalités vivantes. L'expérience, les compétences s'unissent à la poursuite de ces biens. Les responsabilités se développent dans la poursuite d'intérêts communs.
Le marxisme déteste toute forme d'héritage, où il ne trouve que source d'"aliénation". Le "prolétaire" qui l'intéresse est moins le déshérité - qu'il se soucie peu d'aider à "hériter" - que celui qui a volontairement rejeté tout héritage, surtout moral et culturel. "Le prolétariat est d'abord le porteur innombrable de la négation totale" a écrit Camus ("L'homme révolté"). La Révolution Culturelle est l'expression normale de ce refus.
3 L’ENTREPRISE EST-ELLE UNE COMMUNAUTE NATURELLE DE DESTIN ?
Qu'est-ce qu'une entreprise ? Il s'agit là de la réalité première qui apparaît comme telle à tout observateur de l'activité économique. Partout où les rapports entre les hommes ont dépassé l'autarcie familiale, il y a des entreprises. Que ce soit dans les pays de régime libéral ou dans les pays collectivistes, l'activité économique se réalise au moyen d'entreprises.
Déjà Charles Gides, au XIX°siècle, écrivait dans son ouvrage «principe d'Économie Politique» :
«Toutes les fois que celui qui a l'initiative de la production doit emprunter au dehors tout ou partie des m o y e n s d e p r o d u c t i o n s , a l o r s i l s ' a p p e l l e l ' e n t r e p r e n e u r . E t s o n r ô l e , q u i e s t d ' a i l l e u r s l e t o u t p r e m i e r r ô l e , est de combiner tous les éléments de la production pour en tirer le meilleur parti possible. L'entrepreneur est donc le pivot de tout le mécanisme économique. »
Pour mémoire, classiquement, les éléments de la production sont : la nature, le capital et le travail. Maurice Lenormand définit l'entreprise de l'extérieur, par l'observation :
«C'est au sein de l'entreprise que collaborent en vue d'un résultat commun, les hommes de métiers souvent différents dont la convergence des techniques et des connaissances permet l'oeuvre de «Production» : extraction, production ou vente. Cette collaboration est la condition d'existence de l'entreprise dont toutes les catégories de producteurs - chef d'entreprise et personnel - sont interdépendants et ne peuvent se passerl'un de l'autre. Pour qu'il y ait production, la participation de chaque élément est indispensable : sans chef d'entreprise, pas d'initiative créatrice, pas de direction. Sans main-d'oeuvre, pas d'exécution.
L'entreprise estune cellule vivante : c'est une unité économique naturelle... ce n'est pas uniquement une association de machines et de capitaux, mais une communauté dans une tâche productrice, expression de leur solidarité. » L'entreprise apparaît donc comme une union d'hommes poursuivant une fin commune par des moyens pris en commun.
L'entreprise ne s'identifie ni aux bâtiments et à ce qui la déterminent matériellement : locaux, machines, capitaux, ni aux hommes qui y travaillent. Capitaux, machines, hommes, tout peut être remplacé : l'entreprise demeure. Ce n'est pas notre époque avec sa vague de restructurations, de diversification, de renouvellement des méthodes de travail, de mesures d'assainissement etc. qui va s'inscrire en faux contre cette constatation.
Pourtant, cette définition générale n'est pas suffisante, puisqu'elle s'applique à beaucoup d'autres sociétés ou groupes humains.
Il faut ajouter une définition plus moderne qui montre l'entreprise comme un système en échange constant avec l'extérieur. Cette définition plus complète permet de mieux saisir comment l'entreprise est une cellule vivante par analogie avec la cellule de la biologie que nous connaissons bien.
L'entreprise est donc le siège d'échange avec le monde extérieur composé de ses fournisseurs, des concurrents et des consommateurs puis du monde politique et économique, la population en tant que réservoir de main-d'oeuvre, le monde de la recherche et de l'Université, etc. (cf figure ci-dessous)Dans une certaine mesure, nous pourrions affirmer que :
L'entreprise est un corps vivant qui réalise une vraie communauté du type communauté de destin.
L'existence d'un corps vivant est attestée par trois facteurs :
• L'interdépendance autour d'une hiérarchie
• La convergence vers un même but de toute l'activité
• La conscience d'un « nous commun »
L'entreprise apparaît comme un lieu où convergent les besoins, les compétences, les initiatives, les moyens (en capitaux, équipements, en savoir-faire, en métiers) les intérêts de personnes venues d'horizons très divers.
Cette convergence est illustrée de façon très parlante par le schéma ci dessus.
Notons au passage que cette conception de l'entreprise s'oppose à une conception de la vie sociale fondée sur la divergence des intérêts et la lutte des classes.
T o u s l e s j o u r s d a n s l e s m i l l i o n s d ' e n t r e p r i s e s d u m o n d e d e s h o m m e s s e r e t r o u v e n t p o u r c o l l a b o r e r à u n travail commun parce que leurs compétences, leurs aptitudes, leurs goûts, leurs moyens d'action sont différents et complémentaires. On ne fait pas fonctionner une entreprise avec des hommes tous semblables et interchangeables. La diversité des techniques, des formations et des expériences est indispensable pour assurer la diversité des fonctions, des rôles et des responsabilités dont la convergence permet de réaliser l'œuvre commune de «production».
Deuxième observation : les hommes agissant dans l'entreprise s'y trouvent interdépendants les uns des autres.
I l y a i n t e r d é p e n d a n c e a u n i v e a u d e l ' é q u i p e d e t r a v a i l : l e s q u a l i t é s o u l e s d é f a u t s d ' u n h o m m e p e u v e n t modifier les conditions de travail. Cela ne vaut pas seulement pour les capacités techniques : l'entrain, la bonne humeur, la camaraderie améliorent les conditions de travail. Il y a des ateliers, des bureaux où l'air est empesté par la présence de quelques-uns et d'autres où chacun bénéficie du bon moral de l'un ou l'autre.
Il y a interdépendance entre les départements, entre les différents ateliers d'une entreprise. Tous ressentent plus ou moins les ratés d'un autre service. Il y a interdépendance hiérarchique entre chefs et subordonnés. La qualité du chef est déterminante pour la progression, l'épanouissement, la promotion des collaborateurs.
La qualité de l'organe de direction de l'entreprise, du chef d'entreprise est déterminante au regard des résultats même simplement économiques : qualité, productivité, gestion, prévision. Surtout lors de phases secteurs, on prend conscience de cette solidarité.Les relations d'interdépendance fondent en effet une véritable solidarité. La vie commune de tous les jours et la collaboration habituelle tissent des liens autrement plus riches que ceux des solidarités horizontales fondées sur la ressemblance. (Communauté au sens abstrait), Vie commune, travail en commun, risques courus ensemble et perçus comme tels développent un esprit qui fait dire «nous» aux gens d'un même atelier, d'un même département, d'une même entreprise. II est inutile d'insister sur ce point : il s'agit d'un fait d'expérience que chacun de nous a pu constater lui-même l'une ou l'autre fois.
Cette dernière observation est toutefois importante parce qu'elle permet aussi de comprendre comment se développent l’engagement et l'esprit de loyauté vis-à-vis de l'entreprise : valeurs dont les conseillers d'entreprise reconnaissent l’importance, bien qu'elles n'apparaissent dans aucun bilan.
Ces solidarités essentielles ne sont durables que sur le fond d'une hiérarchie bien constituée autour de finalités partagées. Que la hiérarchie soit ébranlée, que les chefs soient mal formés, doutent d'eux-mêmes et fuient devant leurs responsabilités : l'entreprise risque de devenir le champ clos des rivalités, des querelles, des clans et des jalousies. Que de débâcles ont à l'origine des difficultés de cet ordre.
Les bons chefs font les bonnes équipes.
On pourrait trouver là l'essence de la communauté de destin dans l'entreprise. La communauté ne naît que l o r s q u ' i l y a u n e s o r t e d e c o m m u n i c a t i o n d e v i e e n t r e c e u x q u i p a r t i c i p e n t à l ' e f f o r t c o m m u n . C e t t e communication de vie peut constituer une véritable amitié. (Amitié veut dire connaissance réciproque,échange mutuel.)
Il ne suffit pas dans l'entreprise que le conseil d'administration, les actionnaires, les cadres, les salariés, les sous-traitants, les représentants, etc. coexistent. Il faut qu'ils vivent ensemble, qu'ils communiquent, alors seulement l'entreprise est humaine parce qu'elle constitue une communauté de destin.