Une contribution qui tente de décrire le processus de solidarité et de communauté de destin ou comment ces concepts élaborés dans la phase précapitaliste ont été récupérés par le capitalisme dans sa phsae physique et transformés dans la phase financiére actuelle. Cette contribution met en perspective l'entreprise moderne face aux déviations inhérentes au systéme. A contrario elle pose la question de la conformité de l'entreprise au pacte social qui assure le dynamisme et le développement de chaque société humaine.Les délocalisations fondent ainsi les bases d'un débat sur les contradictions entre rendement à tout prix et intéret national. Et plus précisément sur l'intéret national tel que façonné par le capitalisme de production physique et les débouchés extérieurs. La loi des rendements décroissants entrainant la recherche de débouchés extérieurs a eu pour conséquences historiques la colonisation; Puis la mondialisation actuelle. Un essai d'approche de l'évolution des notions de peuple, de nation et de solidarités qu'elle entraine.
la contribution ci jointe est intéressqnte dans cette optique
Bonne lecture
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" << Les sociétés humaines, et notamment les sociétés économiques, comme tous les organismes vivants, naissent, croissent, subissent des malaises, souffrent de maladies ou dépérissent de sclérose.
Quel est le principe vital qui assure leur dynamisme interne et leur développement ?
Le principe de vie des sociétés humaines peut être défini par l'ensemble des éléments qui leur assurent :
ÿ l'unité,
ÿ la hiérarchie,
ÿ la marche vers leur finalité.
Ces éléments constituent le principe vital des sociétés et déterminent leur santé : la hiérarchie s'ordonne à l'unité, laquelle est la condition nécessaire à la marche vers la finalité. Les trois éléments réunis fondent la communauté de destin et constituent la vraie solidarité organique qui n'a rien à voir avec les solidarités passionnelles inorganiques.
1 - QU'EST-CE QUE LA COMMUNAUTE DE DESTIN ?
On peut dire qu'il y a communauté de destin, et donc solidarité, entre deux ou plusieurs hommes lorsque ces hommes partagent spirituellement ou matériellement la même existence, lorsqu'ils sont soumis aux mêmes risques ou poursuivent les mêmes buts, etc...
Mais ces indications restent très vagues et prêtent à équivoque. Il nous semble capital de distinguer entre deux formes très différentes de la communauté de destin.
1-1 La communauté de ressemblance
II y a, en un sens, communauté de destin entre un paysan de Provence et un paysan de Picardie, entre un ouvrier métallurgiste des usines Fiat et un ouvrier métallurgiste des usines Renault, entre un matelot qui travaille sur tel navire voguant dans le Pacifique et un matelot embarqué sur une ligne méditerranéenne, etc... Tous ces hommes font les mêmes travaux et mènent à peu près le même genre de vie. Leurs destinées se ressemblent.
1-2 La communauté d'interdépendance ou de solidarité réciproque
Si commun que soit leur destin, les hommes dont nous venons de parler restent profondément séparés les uns des autres. Si le paysan provençal voit sa récolte détruite par l'inondation, si le manoeuvre turinois est victime d'une catastrophe, si le matelot du Pacifique sombre avec son navire, le paysan picard, l'ouvrier de Flins et le matelot qui navigue en Méditerranée n'en seront pas directement affectés. Prenons au contraire deux paysans associés qui exploitent la même ferme, ou le pilote et le mécanicien d'un même avion, ou deux matelots à bord du même navire, ces hommes ne vivent plus seulement l'un comme l'autre, ils vivent l'un par l'autre,: leurs destins ne sont plus seulement semblables, ils sont solidaires.
Plus que cela, cette solidarité des destinées n'implique pas nécessairement leur ressemblance : le mousse et le capitaine à bord du même navire, l'ouvrier et le patron dans une entreprise saine, occupent des situations sociales très différentes et ne vivent pas de la même façon, ils sont pourtant intimement dépendants l'un de l ' a u t r e : m o u s s e e t c a p i t a i n e , o u v r i e r e t p a t r o n , p â t i r o n t o u m o u r r o n t e n s e m b l e s i l e v a i s s e a u s o m b r e , s i l'entreprise s'écroule ou si la nation subit des revers.
Cette communauté de destin entre des êtres qui, à travers leur diversité de situation et de vocation, restent étroitement dépendants les uns des autres, confère aux groupements humains leur caractère organique. Ainsi, dans un corps vivant, les organes les plus divers par leur nature et par leur fonction vivent, s'épanouissent souffrent et meurent ensemble.C e t t e s e c o n d e f o r m e d e s o l i d a r i t é d e d e s t i n n o u s p a r a î t i n f i n i m e n t p l u s i m p o r t a n t e e t p l u s f é c o n d e q u e l a première ; c'est elle qui est le principe vital, l'âme des sociétés. De même que l'enfant est plus près de sa f a m i l l e q u e d e s a u t r e s e n f a n t s , l e p a y s a n e s t p l u s p r è s d u g a r a g i s t e d u v i l l a g e q u e d e s p a y s a n s d ' u n e a u t r e région, l'ouvrier mécanicien d'un atelier est plus près du contremaître que des ouvriers des usines voisines, etc...
La communauté d'interdépendance fait l'unité des groupements humains.
La communauté de ressemblance, au contraire, pour peu qu'elle s'érige en absolu, engendre la division et le conflit : en unissant dans le même exclusivisme et le même esprit de revendications les membres d'une même caste, des hommes ayant mêmes fonctions, mêmes rangs, elle dresse les uns contre les autres des hommes ou des organismes sociaux faits pour vivre les uns par les autres.
C ' e s t l à l e v i c e d e l a m y s t i q u e d e c l a s s e . L ' h i s t o i r e des c o n f l i t s s oc i a u x d e p u i s u n s i è c l e e n e s t u n e t r a g i que illustration : la constitution du "prolétariat" en collectivité de lutte ne correspond à aucun réalisme social, mais il a progressivement entraîné les patrons à s'unir en une autre collectivité de lutte (comme le MEDEF).
Deux collectivités artificielles désormais s'affrontent, prétendant chacune représenter les intérêts de sa classe... au détriment des liens organiques de la vie réelle, faite de communautés hiérarchiques, vivantes, autrement personnalisées.
Une communauté est d'autant plus vivante et riche que les fonctions sont diversifiées. Des joueurs de football ne forment une équipe que par la répartition de fonctions différentes ; il n'y a d'entreprise que dans la convergence de fonctions, de compétences diversifiées, et la hiérarchie n'est rien d'autre que l’expression de cette diversité.
A l ' i n v e r s e , l e s m i n é r a u x s o n t d i v i s i b l e s j u s q u ' à l a m o l é c u l e , l e s am i b e s e t l e s m o l l u s q u e s o n t d e s f o n c t i o n s peu complexes... Loi universelle des êtres organisés.
En résumé, la vraie communauté de destin peut inclure la ressemblance des destinées (il y a, comme nous l'avons vu, communauté de destin entre les ouvriers d'une même usine et les paysans d'un même village), mais elle ne l'exige pas ; elle exige, au contraire, la solidarité organique, l'existence de liens vitaux entre les hommes.
La preuve la plus parfaite de l'importance de cette communauté d'interdépendance réside dans le fait que, p a r t o u t o ù e l l e t e n d à s ' a b o l i r , l e s s o c i é t é s n e t a r d e n t p a s à s e d i s l o q u e r . V o i l à u n e c e r t i t u d e q u i s a u t e a u x yeux de ceux qui observent la vie des sociétés humaines.
2 - QU'EST-CE QUI ASSURE AUX SOCIETES LA FORCE ET LA PERMANENCE DE LEUR PRINCIPE VITAL ?
2-1 C’est d’abord la vie commune
Le patron qui ne partage plus le destin de ses ouvriers devient indifférent ou haï. L'absentéisme des chefs q u i , d a n s t o u s l e s d o m a i n e s , a c a u s é d e s i g r a n d s r a v a g e s n ' e s t p a s a u t r e c h o s e q u e l e r e f u s d e l a communauté de destin. Dès que les hommes ne se sentent plus dépendants les uns des autres au sein d'une unité qui les dépasse (famille, entreprise, nation, Eglise, etc...) ils se groupent, d'après la ressemblance, en fractions inorganiques qui se dévorent réciproquement. La communauté de destin est le baromètre de la vitalité et de la stabilité des sociétés.
2-2 Des racines sociales
Mais la vie commune ne suffit pas.
Il faut un autre facteur vivant aux communautés de destin pour durer et se développer.C'est la conscience claire des racines par lesquelles chaque homme est relié aux richesses matérielles et immatérielles de ses communautés de destin.
Nous sommes façonnés par les communautés auxquelles nous avons participé. Un curriculum-vitae contient un portrait assez précis dans la mesure où il énonce les diverses communautés de destin : famille,écoles, stages, entreprises successives, avec la durée de participation à chacune de ces communautés. Le portrait peut être affiné s'il tient compte de la participation à des communautés sportives, culturelles, politiques, professionnelles...C'est que l'homme est un héritier.
Il exploite et valorise son héritage, ou le rejette (1).
Celui qui renie son héritage est un "déraciné".
Celui qui est rejeté de l'héritage est un "déshérité". Sagesse et saveur des mots venus du peuple ...
S i m o n e W e i l a m o n t r é l a v a l e u r d e c e q u ' e l l e a p p e l l e " l ' e n r a c i n e m e n t " v i t a l , q u i n ' a r i e n d e c o m m u n a v e c une attitude passéiste ou pétrifiante.