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Le rôle-clé de l’entrepreneur socialement responsable dans la théorie des parties prenantes

Avant même que la notion de développement durable ne se soit investie par les entreprises, celle de responsabilité sociale s’était formalisée dans la littérature managériale. Pour Johnson (1971), la responsabilité sociale appliquée aux entreprises consiste à rechercher un équilibre entre les multiples intérêts de ses parties prenantes.

Pour Davis [Davis et al., 1975], la responsabilité sociale de l’entreprise (RSE) commence là où s’arrête la loi. Parce que c’est ce qui est attendu de n’importe quel citoyen, on ne peut donc qualifier une entreprise de responsable si elle se contente de se soumettre aux exigences minimum requises par la loi. Carroll [1979, p. 500] a été un des contributeurs majeurs dans le domaine de la RSE. Pour lui la responsabilité sociale de l’entreprise comprend les attentes économiques, légales, éthiques et discrétionnaires que la société a vis-à-vis d’une organisation à un moment donnée de l’histoire.

Il reconnaît que les enjeux sociaux varient et évoluent en fonction du secteur d’activité de l’entreprise et que les réponses des entreprises aux pressions sociales révèlent un comportement réactif, défensif, d’accommodement ou proactif.

C’est avec Freeman que les enjeux de responsabilité sociale de l’entreprise s’inscrivent dans le cadre d’une théorie des parties prenantes. Pour lui «les bons jours durant lesquels il suffisait d’apporter au marché les produits et les services sont derrière nous, les théories managériales qui se contentaient de se concentrer sur l’efficacité et l’efficience du couple produit-marché ne sont plus d’aucune utilité » [1984, p. 4].

Un changement de paradigme s’impose qui nous conduit à nous départir d’un modèle de l’entreprise vue comme simple entité de conversion de ressources.

  Les relations d’une entreprise avec ses partenaires (actionnaires, gouvernements, mouvements écologistes, associations de consommateurs, concurrents...) peuvent affecter de manière importante sa capacité à faire des affaires. Une question centrale est posée par sa théorie des parties prenantes : Quels sont les groupes et les individus qui peuvent affecter ou être affectés par la réalisation des objectifs de la firme ? L’apport  de Freeman réside dans sa volonté d’appréhender l’environnement externe de l’entreprise. Le concept de stakeholder devient un outil stratégique comme il le précisera plus tard : « Si les organisations veulent être efficaces, elles accorderont de l’attention àceux dont la relation peut affecter ou être affectée par la réalisation des objectifs de l’organisation. (...)

Quel que soit l’objectif de la firme, la firme gérera les relations qui sont importantes. » [Freeman,1999] 7

Aujourd’hui il n’y a pas de consensus sur la définition des parties prenantes. Néanmoins la richesse des travaux de recherche marque l’intérêt porté  à ce cadre théorique qu’il soit mobilisé à des fins analytiques, normatives ou stratégiques. Il offre une grande diversité de présentations et de distinctions comme en témoignent le tableau de quatre pages des définitions proposées, établi par Friedman et Miles (2006).

La question de l’identification des parties prenantes et de leur visibilité a notamment fait l’objet de recherches complémentaires dans la mesure où il n’y avait pas véritablement de consensus sur « qui et quoi compte réellement pour l’entreprise » et donc sur quelles sont les parties prenantes auxquelles le management doit réellement payer attention.

Mitchell, Agle et Wood (1997) suggèrent que les parties prenantes deviennent saillantes pour les managers dans la mesure où ceux-ci les perçoivent comme détentrices de trois attributs : le pouvoir de la partie prenante d’influencer l’entreprise, la légitimité de sa relation avec l’entreprise et l’urgence de la demande qu’elle émet vis-à-vis d’elle. La saillance d’une partie prenante est d’autant plus importante qu’elle cumule plusieurs de ces attributs ; elle sera latente si elle ne présente qu’une seule caractéristique, en attente si elle en présente deux, et deviendra une partie prenante de référence si elle présente les trois attributs.

Le rôle du pouvoir est clairement souligné par Mitchell, Agle et Wood qui le définissent comme la capacité détenue par une organisation d’accéder à :

− un pouvoir de coercition basé sur les ressources physiques de la force, de la violence ou de la restriction ;

− un pourvoir utilitaire basé sur des ressources matérielles ou financières ;

− un pouvoir normatif basé sur des ressources symboliques comme par exemple la capacité d’attirer l’attention des médias.

Le pouvoir ne suffit pas pour accorder à une partie prenante une priorité élevée. La légitimité est requise pour lui conférer une autorité. L’urgence est nécessaire pour la mise en œuvre. La partie prenante doit être aussi consciente de son pouvoir  et désireuse de l’exercer. D’autre part tous ces attributs sont transitoires, ils peuvent être acquis aussi bien que perdus. Le nombre d’attributs détenus par une partie prenante déterminera le degré de priorité que le management lui donnera.

 

Cette théorie s’inscrit dans le foisonnement des théories des contrats qui constitue la théorie économique actuelle où l’unicité de la théorie des marchés est bel et bien rompue. Nous pouvons rapprocher ce rapide examen de la théorie des parties prenantes de la pensée de François Perroux sur l’équilibre économique et l’interdépendance des acteurs qui la préfigurait. Les managers socialement responsables décident et agissent non pas dans une économie où l’équilibre est atteint à travers des forces neutres du système de prix sur un marché pur et parfait, mais dans un environnement où l’équilibre entre les parties prenantes de l’entreprise est atteint à travers des rapports asymétriques de pouvoir entre elles, dissemblables et inégaux s’inscrivant  dans des relations de conflit-coopération. Avec la stakeholder theory, intégrer le développement durable dans la formulation et l’implémentation d’une stratégie d’entreprise conduit à prendre en compte la perspective de la théorie de la domination de François Perroux en s’intéressant aux jeux de pouvoir entre les entreprises et leurs parties prenantes et plus particulièrement à la question des firmes dominantes et des économies nationales dominantes.

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Tag(s) : #reflexions
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