Prochainement un forum social se tiendra à Dakkar Sénégal. J'apporte ici un point de vue sur quelle alternative à l'immigration clandestine pour un peu de clarté sur ces questions.
En Europe, des efforts ont été déployés pour lier les flux migratoires au développement du pays d’origine sous forme d’appui au retour. Et enfin les problèmes posés par l’intégration des immigrés de la deuxième génération ont donné lieu à des politiques "plus actives".
En un mot, la tendance lourde est que les travailleurs immigrés et leurs familles se sont vus reconnaître, après plus de 100 ans, la quasi plénitude de leurs droits sociaux. Mais chômage,flexibilité et précarité de l’emploi sont devenues encore plus fort pour eux..
Que suggère le constat sur les flux migratoires vers les pays développés au cours du XXéme siècle ? Clandestins juridiquement, ces hommes et de plus en plus ces femmes, le sont-ils économiquement ?
Les flux migratoires sont à la base de la Société humaine. Elle prend néanmoins dans les pays en développement une dimension particulière car, contrairement à celles qui ont eu lieu au sein des pays développés ces migrations sont amplifiées par des facteurs extérieurs incontrôlables aux Etats eux-mêmes.
Ainsi, au phénomène d’urbanisation accéléré se sont ajoutées celles des migrations internationales imposées par la mondialisation dans ses deux formes historiques, la colonisation et la globalisation des échanges. L’économie mondiale dominée par les sociétés avancées et post industrielles et les bouleversements dans les formes capitalistiques d’accumulation, de concentration et de centralisation sont autant de facteurs aggravants et créant une situation apparemment non désirée. Dans les pays en développement l’urbanisation, donc les mouvements internes, touche prés 70% de la population.
C’est dire que les migrations transnationales ne relèvent pas uniquement de mesures de contrôle de la circulation des personnes et donc d’accords juridiques. Elles appellent une vision globale intégrant particulièrement un passé historique toujours présent et un mode de développement de la mondialisation des échanges et des transformations des marchés du travail dans les économies dominantes.
Autant de facteurs extérieurs forts qui font naître, déterminent et entretiennent les flux migratoires. Ce qui fait problème c’est qu’à l’instar des échanges commerciaux sur les marchés des produits et des capitaux, le marché du travail international fait l’objet de spéculation sur la variation tant des flux que de la valeur de la force de travail.
En premier lieu que veut dire une "immigration choisie". l’impératif de régulation des flux migratoires est avant tout la reconnaissance d’un fait économique structurel, considéré pendant longtemps comme conjoncturel et transitoire. C’est ce qui permet une exploitation de la main d’œuvre immigrée sur le plan salarial et social discriminatoire. A la base des flux il y a la recherche d’une main d’œuvre bon marché et susceptible de pallier le déficit en ouvrier des pays industrialisés confrontés à un exode rural insuffisant. La colonisation en son temps a permis de combler amplement ce déficit en main d'oeuvre exploitable.
Les relations d’interdépendance et de domination et d’écart de développement entre les économies en sont donc la cause principale. Les flux migratoires ont existé de tout temps et se sont accrus et accélérés plus particulièrement avec le développement des sociétés industrielles capitalistiques.
Ils se sont dilatés et modifiés avec la colonisation puis avec la reconstruction d’après guerre et ils suivent enfin les mutations du marché du travail conséquentes à la révolution scientifique et technique engagée depuis 1970.
En second lieu, que cache la régulation des flux. Ces faits étant admis, le contrôle des flux par des Etats souverains doit par conséquent être mené en termes de coûts/avantages réciproques et non pas uniquement en termes de police des frontières ou d’intégration ou d’aide au retour, car aucun Etat ne peut se conduire en bras armé des pays développés dans ce domaine, sans être dénoncé comme tel. Les flux migratoires relèvent de l’analyse économique et sociale, tant il est vrai qu’ils constituent un facteur de production dont la reproduction simple et élargie est menacée autant par les conditions de son exploitation que par le sous développement des pays d’origine.
La recherche de main d’œuvre à bon marché est une constante de l’accumulation et une de ses conditions nécessaires. Les sociétés post industrielles n’ont pas supprimé les flux migratoires et la population immigrée pour la majorité des pays de l’OCDE est stable ou en légère croissance. Ces économies semblent fonctionner avec un volant incompressible de main d’œuvre étrangère à l’intérieur de leurs frontières et à l’extérieur par délocalisation. La cause essentielle étant le différentiel de salaire qui résultent des flux de main d’œuvre étrangère et du maintien d’un volume d’emploi ouvrier.
En troisième lieu, il ne sert à rien de faire croire à une "invasion". Car ce que l'on dissimule c'est le changement dans composition de ces flux migratoires et non à leur volume.
Ils se sont déplacés géographiquement et qualitativement pour une partie. Les immigrations anciennes et celles de la deuxième génération sont en voie d’intégration. L’importance des migrations clandestines montre la persistance de la demande de main d’œuvre banale à des conditions d’exploitation illégales mais avantageuses pour les employeurs. Le fait nouveau est le caractère clandestin.
Si l’on se réfère aux pays de l’OCDE on constate que l’appel à la main d’œuvre étrangère est une constante et que chaque pays a son bassin de main d’œuvre composé de trois groupes principaux. Le premier représenté par les migrations internes à l’OCDE ; le second est celui de migrations dites traditionnelles liées à la colonisation, le troisième comprend deux groupes distincts celui des pays de l’ex bloc socialiste et le second, celui des pays asiatiques.
Les politiques migratoires adoptées par tous les pays de l’OCDE depuis 1974 expriment les transformations structurelles de ces économies, la dérégulation et le libre échange des capitaux et des biens, la flexibilité et la dérégulation du marché du travail mais une régulation des flux de migrations transnationales. Ce dernier volet est centré principalement sur trois grands types d’actions.
Dans ce cas que devient le contrôle des flux, y compris celui des demandeurs d’asile ; l’intégration et enfin, la coopération bilatérale et régionale pour le contrôle des flux.
Les mesures ont un double aspect, elles sont à la fois conjoncturelles et structurelles. En effet, si elles sont imposées par la situation des marchés nationaux de l’emploi dans chacun des pays de l’OCDE, elles prennent en compte des tendances lourdes liées aux besoins d’économies de libre échange, hyper capitalistiques contrôlant à l’échelle mondiale les facteurs de production.
Dans ces conditions, à la main d’œuvre étrangère occupant des postes de travail faiblement qualifiés, s’ajoute l’immigration de personnes hautement qualifiées,titulaires de diplômes dont l’entrée est encouragée par des dispositions législatives prises dans ce sens et sans exception dans tous les pays développés. L’offre de travail peu qualifiée existant toujours, les nouveaux demandeurs d’emplois sont réduits au « statut » de clandestins.L’équilibre entre les offres et la demande devenant un marché juteux pour les passeurs et créant un véritable commerce de personnes humaines.
L’immigration clandestine pose un double problème celui de ses causes, celui de ses conséquences. Si les causes de départ du pays d’origine sont connues et sont exclusivement mises en avant, celles qui tiennent au pays d’accueil le sont rarement. Juridiquement ces mouvements sont clandestins et comme tels doivent être contrôlés et combattus. Il demeure que l’offre qui les fait naître est économique est bien réelle et qu’elle trouve dans le caractère clandestin une source d’exploitation que ne lui permet plus l’immigration régulière ou intégrée. Les mouvements de solidarité qui se sont manifestés avec les sans papiers dans divers pays d’Europe ont mis en évidence cette ambiguïté de la « clandestinité » juridique.
Les économies développées procèdent régulièrement à des régularisations de main d’œuvre clandestine ; au cours de ces vingt dernières années l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal et les Etats Unis, selon l’OCDE, ont procédé à la régularisation du statut de 3.572.900 personnes, dont 2.684.900 seulement pour les USA. Les conditions minimales de régularisation sont liées à une durée minimale de travail sur le territoire, justifiant, a posteriori, l’utilisation clandestine de la main d’œuvre, en dehors des règles du marché.
Les contrôles des flux ont certes, heureusement, ralenti ce type d’immigration, mais sa persistance appelle les mêmes remarques que celles qui étaient faites quant à la situation sociale et économique et aux conditions de vie de l’émigration régulière avant l’adoption des politiques d’intégration.
La main d’œuvre émigrée est globalement en marge de ces sociétés, mais elle connaît à présent une fracture qui crée un volant de réserve pesant sur l’emploi et les salaires des immigrés réguliers.
Dans ces conditions et dans une optique coût/avantages, que signifie la maîtrise de flux migratoires pour le pays de départ. ? La mondialisation et les facteurs sur lesquels elle repose sont ils aptes à renverser la tendance à l’émigration clandestine ? La coopération internationale doit-elle se concentrer exclusivement sur cet aspect du sous développement ?
Telle qu’elle se présente actuellement pour notre continent, la globalisation ne semble pas apporter les réponses attendues en termes de croissance et de développement et donc d’emplois pour la main d’œuvre nationale, malgré le rétablissement des grands équilibres macro économiques et le rééquilibrage des fonctions de l’Etat. C’est encore un facteur d’encouragement aux flux migratoires clandestins. Les faits le confirment.
1-Le développement du commerce internationale s’effectue entre pays à structures identiques. 1% des importations des pays de l’OCDE proviennent des pays à bas salaires.
2- L’investissement direct étranger, que la libéralisation devait favoriser, est le fait à 96 % des pays industrialisés qui investissent à 75% dans des pays similaires les 25% restant vont dans les pays d’Asie et du Pacifique. La plupart de ces investissements sont des rachats d’entreprises, sans création d’emplois nouveaux, voire même accompagnés de nouvelles compressions d’effectifs, et visent dans 80% des cas, la consolidation ou l’élargissement d’un marché.
3- La nouvelle évolution des marchés financiers, les volumes concernés par les transactions financières, font que les gains obtenus pour les placements spéculatifs sont supérieurs au taux de profit offert par chaque production nationale.
4- L’internationalisation des réseaux de production met, dans la plupart des cas, en conflit les intérêts des entreprises transnationales, et ceux des nations, particulièrement en matière d’emploi. La logique de ces réseaux est de jouer sans cesse sur les écarts de productivité, de qualification et de salaires entraînant des fermetures d’unités et d’activités. En outre, pour eux, le facteur coûts salariaux n’est pas déterminant. Il ne joue que s’il existe en outre un environnement éducatif qui valorise le capital humain.
En d’autres termes, la valorisation de nos ressources humaines et le contrôle des flux migratoires est une affaire qui concerne autant l’Etat et la communauté national que la coopération internationale. Les formes actuelles de contrôle de ces flux se traduisent par des coûts pour le pays d’origine, sans autres avantages que le « dumping social » auquel nos Etats sont conduits pour une création hypothétique d'emplois.
Conclusion
L’histoire économique des pays aujourd’hui développés comme l’Italie ou l’Espagne montre que seule la croissance de l'économie réelle, et le développement interne, freinent et renversent les flux migratoires. Une preuve de la relativité des lois face au mouvement des forces productives et de la nécessité d’une régulation internationale de la mondialisation..
Il y a dans un tel sujet matière à réflexion et à débats et surtout à une coopération mutuellement avantageuse entre les pays en développement et les pays riches. Cela suppose que les flux de main d’œuvre dite clandestine compte tenu de leur permanence soient traités dans leur véritable dimension à savoir une demande réelle d'économies à la recherche permanentes de salaires faibles dans des conditions d’emplois et de couvertures sociales nulles que l’émigration régulière ou de deuxième génération refuse.
La logique d’exploitation du travail contrecarrée par les restrictions à l’entrée a trouvé dans ce commerce clandestin de main d’œuvre un créneau tout aussi important que la contrebande de produits de consommation.
Mon espoir est de voir les pays africains échanger sur ce thème leur conclusions et refonder la coopération avec les pays riches pour éliminer cette forme moderne d’esclavage qu’est devenue l’émigration dite clandestine dont les avantages sont d’un côté et les risque pouvant aller jusqu’à la mort, de l’autre côté.
Les pays riches ont fait des efforts substantiels pour l’intégration des communautés immigrés pour ne pas ignorer ce nouveau phénomène qui constitue un phénomène que la mondialisation, qui profite aussi aux différentes formes de commerces illicites, transforme en défi aux droits humains et à la coopération.