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Je soumets à votre attention un extrait d'un article paru dans le Monde Diplomatique de mars  2009 qui donne à réfléchir quant au bilan dit positif de la colonisation. L'article est signé par Anne Mathieu et les références pour le texte intégral sont:http://www.monde-diplomatique.fr/2009/03/MATHIEU/16934

Que cet article vous pousse à recourir à la lecture des ouvrages de F Fanon

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"La clairvoyance de Fanon porte également sur son analyse du devenir du pays décolonisé chaque fois qu’une « bourgeoisie nationale » « [in]authentique » se hisse au pouvoir et ne fournit pas au peuple le« capital intellectuel et technique ». S’appuyant notamment sur l’exemple de l’Amérique latine, il prévient du risque de transformation du pays en « cures de plaisir à l’intention de la bourgeoisie occidentale ». Il dissèque la propension de cette bourgeoisie« cyniquement bourgeoise » à rompre l’unité nationale en jouant sur le « régionalisme ». Et il conclut : « Cette lutte implacable que se livrent les ethnies et les tribus, ce souci agressif d’occuper les postes libres par le départ de l’étranger vont également donner naissance à des compétitions religieuses. (...) On assistera à la confrontation entre les deux grandes religions révélées : l’islam et le catholicisme. »Fanon alerte même sur le danger d’un parti unique, utilisant le passé pour « endormir » le peuple, « lui demand[ant] de se souvenir de l’époque coloniale et de mesurer l’immense chemin parcouru ».Combien sont les pays d’Afrique qui nous viennent à l’esprit ? Ne pensons-nous pas notamment à l’Algérie, aux côtés de laquelle Fanon, mort en 1961, s’engagea comme porte-parole du FLN ?

En réaction à la colonisation, il ne faut pas brandir une prétendue culture noire comme seul horizon. S’il y a eu « obligation historique »pour « les hommes de culture africaine de racialiser leurs revendications, de parler davantage de culture africaine que de culture nationale », cela « va les conduire à un cul-de-sac ».Divergence profonde avec le mouvement de la négritude ; volonté d’universaliser le combat et d’en sérier les contours. Le credo était lancé, dès son premier ouvrage, en une magnifique formule que les adeptes du communautarisme pourraient méditer : « Je ne veux pas chanter le passé aux dépens de mon présent et de mon avenir. » Ce qui n’oblitère en aucun cas une réflexion sur l’histoire du colonialisme, lequel, comme il le rappelait en 1952, s’est appuyé sur celle de l’Europe. Le colonialisme s’est en effet reposé sur des « valeurs » qu’il est nécessaire de repenser : « (...) Si c’est au nom de l’intelligence et de la philosophie que l’on proclame l’égalité des hommes, c’est en leur nom aussi qu’on décide de leur extermination. »

« Nous pouvons tout faire 
aujourd’hui 
à condition de ne pas 
singer l’Europe »

En 1961, la condamnation s’amplifiera avec une véhémence radicale :« Quittons cette Europe qui n’en finit pas de parler de l’homme tout en le massacrant partout où elle le rencontre, à tous les coins de ses propres rues, à tous les coins du monde. » Affrontons dans une lumière salutaire cette France qui, en même temps qu’elle se libérait du nazisme et se reconstruisait, massacrait à Sétif (mai 1945) ou à Madagascar (à partir de mars 1947). Et qui sitôt la bataille terminée tourna le dos à ses frères de combat, tirailleurs sénégalais ou marocains. Ecoutons cette voix d’il y a plus de quarante ans marteler sa vérité incisive, qui pourrait bien encore être la nôtre : « Nous pouvons tout faire aujourd’hui à condition de ne pas singer l’Europe, à condition de ne pas être obsédés par le désir de rattraper l’Europe. L’Europe a acquis une telle vitesse, folle et désordonnée, qu’elle échappe à tout conducteur, à toute raison et qu’elle va dans un vertige effroyable vers des abîmes dont il vaut mieux le plus rapidement s’éloigner. »

Fanon sait de quelle Europe il parle, lui qui a su rendre hommage aux Juifs d’Algérie, aux Français d’ici ou de là-bas ayant épousé la cause indépendantiste. La geste de Fanon est universelle : « Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose : que jamais l’instrument ne domine l’homme. Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. C’est-à-dire de moi par un autre. »

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Tag(s) : #reflexions
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