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où va le capitalisme? une analyse pertinente. " Le régime capitaliste repose sur la tendance à s'enrichir par l'épargne et le placement du capital est essentiellement un sytème qui tend à développer la capacité de production de la société. Mais le développement des forces productives abaisse nécessairement le taux de profits. Et les rapports de production sont tels, dans le système que la baisse du taux de profits tend à empêcher l'investissement du capital" : des faits et des chiffres permettent de mieux comprendre cette contradiction et la nécessité de passer à un régime social fondé sur une redistribution des richesses plus équitable dans les nations et entre elles.

Les enchaînements de la crise internationale

voir J. Sapir, Le Nouveau XXIe Siècle, Paris, Le Seuil, 2008.

L’incapacité du FMI à faire face à la crise a laissé de nombreux pays démunis. Ceci les a conduit, en particulier en Extrême-Orient où la crise avait été particulièrement violente, à se doter de réserves en devises excessives pour se prémunir contre cette instabilité. Cette politique a un coût interne non négligeable, qui pourrait être évité si l’on avait un système financier international moins dysfonctionnel.

La croissance des pays qui ont eu recours à cette stratégie aurait pu être mieux équilibrée, tant sur le plan social qu’écologique. Mais, il y a aussi un coût pour l’ensemble du système, et c’est lui qui nous conduit à la crise présente.

Pour pouvoir accumuler les devises dans les quantités voulues, ces pays vont développer des politiques prédatrices sur le commerce international, mises en oeuvre par des dévaluations très fortes, des politiques de déflation compétitive et en limitant leur consommation intérieure. Elles ont ainsi enclenché le processus de déflation salariale dans les pays développés et brutalement aggravé le déficit commercial américain. Comme pour l’évolution de l’endettement hypothécaire, 1998 constitue bien une date charnière entre deux logiques économiques distinctes. Le déficit commercial qui était en moyenne de -1% du PIB saute brutalement à -5,5% du PIB en moyenne entre 2003 et 2007.

La stratégie de croissance par l’endettement interne induit donc comme conséquence une logique d’endettement externe. La circulation des dettes américaines parmi des acteurs non-résidents devient la condition de fonctionnement du système. Elle va accélérer le processus de diffusion des risques contenus dans ces dettes.

Le déficit commercial américain constitue l’une des bases de l’excédent des pays Asiatiques. L’afflux de devises devrait provoquer la hausse du taux de change des devises des pays concernés. Pour maintenir leur politiques prédatrices, ces pays n’ont pas d’autre solution que de procéder à la stérilisation d’une grande partie de leurs gains. Les Banques Centrales des pays considérés vont acheter massivement des Dollars (et des Euros) et les réserves de devises vont s’accroître massivement (Cf : Tableau 3), ce qui était bien l’objectif initial.

Tableau 3:

Réserves de change au 31 août 2008

Montant en milliards de Dollars

République Populaire de Chine

1884

Hong Kong (*)

158

Taiwan

282

Corée du Sud

240

Singapour

170

Total pays émergents d’Extrême-Orient

2734

Japon

972

Total Extrême-Orient

3706

Inde

286

Brésil

206

Russie

581

Total BRIC

2957

Total Eurozone

555

* Hong Kong est ici comptabilisé séparément de la RPC. Source : FMI.

28 See D. Rodrik, “The Social Cost of Foreign Exchange Reserves” in International Economic Journal, vol. 20, n°3/2006, pp. 253-266.

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Les réserves de change, à la veille du choc que constituera la crise des liquidités internationales de septembre-octobre 2008, sont alors considérables. La Chine détient ainsi 69% du total des réserves des économies émergentes d’Asie du Sud-Est et 3,4 fois le montant des réserves de la Zone Euro. Une autre partie de ces gains sera stérilisée par le biais fiscal. L’excédent budgétaire alimentera alors l’émergence de Fonds Souverains.

La pression de la déflation salariale se fait aussi sentir en Europe. Elle s’y combine, pour les pays de la zone Euro, à la politique malthusienne de la BCE qui ajoute son poids aux forces dépressives importées29. Face à cette situation, on constate un éclatement du « modèle » européen autour de trois directions, ce que l’on appellera ici le processus d’Eurodivergence.

Certains pays ont suivi l’exemple américain (Espagne, Grande-Bretagne, Irlande). Ils ont adopté un modèle néo-libéral de l’économie financiarisée ouverte et tenté de maintenir la croissance par le recours à un fort endettement des ménages. Ce dernier, en 2007, a dépassé les 100% du PIB en Espagne et en Grande-Bretagne. Ce modèle économique a induit une forte montée des inégalités sociales. ce modèle était tout aussi insoutenable dans le long terme que le modèle américain, et les pays que l’on peut considérer comme des « clones » de ce modèle pâtissent aujourd’hui des mêmes maux. La Grande-Bretagne et l’Irlande ont connu une crise hypothécaire d’une violence comparable à la crise américaine, et cette crise a immédiatement contaminé l’ensemble de la structure bancaire de ces pays. La Grande-Bretagne a été contrainte de nationaliser une partie de ses banques pour éviter un effondrement. Ces deux pays devraient connaître une très forte récession en 2009 et sans doute 2010.

L’Allemagne a quant à elle réagi par une politique neo-mercantiliste. Celle-ci se caractérise par une délocalisation massive de la sous-traitance, tandis que l’assemblage lui est maintenu en Allemagne. On est ainsi passé, grâce à l’ouverture de l’Union Européenne aux pays d’Europe centrale et Orientale, de la logique du Made in Germany à celle du Made by Germany. Dans le même temps, le gouvernement allemand a transféré sur les ménages (via la TVA) une partie des charges qui pesaient sur les entreprises.

Cette stratégie a permis de maintenir un fort excédent commercial au prix d’une croissance faible en raison d’une demande intérieure déprimée. La croissance allemande aurait même était plus faible encore sans un accroissement inquiétant, ici aussi, de l’endettement des ménages qui atteint les 68% du PIB. Le « modèle » allemand combine ainsi des éléments du modèle américain (une pression sur les revenus des ménages et une financiarisation importante de l’économie) et des éléments du modèle asiatique (une démarche mercantiliste reposant sur une compression des coûts et de la demande intérieure). Il n’est pas sur que cette combinaison soit réellement cohérente à moyen et long terme. L’Allemagne en effet, on le voit aujourd’hui, a été brutalement rattrapée par la crise. Les banques allemandes sont en Europe parmi celles qui ont le plus souffert de la crise financière et qui ont subi les pertes les plus importantes. La contraction de l’activité s’annonce forte comme le laissait présager l’effondrement des anticipations des entrepreneurs depuis le printemps 2008.

Ceci explique pourquoi les structures d’endettement diffèrent autant en Europe, celles de l’Espagne et de la Grande-Bretagne se rapprochant de celle des Etats-Unis, alors que celles de la France et de l’Italie en diffèrent sensiblement, tandis que l’Allemagne occupe une position intermédiaire.

29 J. Bibow, “Global Imbalances, Bretton Woods II and Euroland’s Role in All This” in J. Bibow and A. Terzi (eds), Euroland and the World Economy: Global Player or Global Drag?, New York (NY), Palgrave Macmillan, 2007

On comprendra que dans ces conditions élaborer une politique commune à l’échelle de l’Union Européenne relève de la gageure. Le fait que le processus d’Eurodivergence gagne du terrain, même et y compris au sein de la zone Euro30, doit inciter à réfléchir sérieusement sur l’efficacité et la pertinence des institutions européennes telles qu’elles existent aujourd’hui.

Tableau 4:

Comparaison de l’endettement total en 2006

France

Allemagne

Espagne

Grande-Bretagne

Italie Dette totale en % du PIB

181%

192%

227%

224%

208%

Dont : Dette publique en % du PIB

63%

67%

39%

39%

106%

Source : BCE et comptes nationaux.

L'Euro n'efface donc pas les divergences nationales ni ne ralentit l'effritement du modèle social européen. Il en est ainsi non pas parce que l’Euro aurait été en soi et dès le début, une mauvaise idée, mais avant tout parce que le principe de la monnaie unique appliqué à des économies dont les structures – et donc la conjoncture – restent fortement hétérogènes était une erreur sans les moyens d’harmoniser rapidement ces structures.

Or, ces moyens n’existent pas. Il en résulte qu’il ne peut y avoir de politique monétaire unique pour l’ensemble des pays concernés. Ainsi, l’Euro fort pénalise déjà lourdement l’économie française, ce qui a été confirmé par une étude récente de l’INSEE qui chiffre à 0,6% - 1% de croissance du PIB le coût net de la surévaluation de l’Euro. On peut penser qu’un système européen où l’Euro eut été une monnaie commune chapeautant et encadrant des monnaies nationales dans un régime de changes fixes mais régulièrement ajustables, garanti par des contrôles sur les mouvements de capitaux, aurait été une réponse à la fois plus robuste et plus flexible.

Conclusion

Il ne doit donc faire aucun doute que la crise que nous connaissons sera profonde. Il est illusoire de croire que nous pourrons en sortir par la simple baisse des taux d’intérêts – nécessaire mais non suffisante – et par des plans de relance limité. En Europe comme aux Etats-Unis, le chômage va donc brutalement augmenter.

Graphique 4 volution du taux de chomage

4%Allemagne

5% france 

6% Italie

7%Espagne

8%Etats unis

31 J. Sapir, « La Crise de l’Euro : erreurs et impasses de l’Européisme » in Perspectives Républicaines, n°2, Juin 2006, pp. 69-84.

32 P. Artus, dans une étude de CDC-Ixis diffusée début juillet 2005 et citée par P-A. Delhommais, "Une étude se demande si la France et l'Italie vont être contraintes d'abandonner l'Euro", in Le Monde, 9 juillet 2005 ; Marc Touati dans la Lettre des Etudes Economiques du 9 mars 2006. S. Federbusch, "La surévaluation de la monnaie unique coûte cher à la croissance" in Libération, rubrique "Rebonds", 26 avril 2006.

33 F. Cachia, “Les effets de l’appréciation de l’Euro sur l’économie française”, in Note de Synthèse de l’INSEE, INSEE, Paris, 20 Juin 2008.

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Le désordre monétaire et financier international qui s’est instauré avec la décomposition du cadre issu de Bretton Woods a donc une responsabilité non négligeable dans l’accumulation des facteurs qui ont permis la crise actuelle.

Du basculement des pays asiatique vers des politiques prédatrices en réaction à la crise de 1998, ce que l’on appelle dans le Graphique 2 le « bloc mercantiliste asiatique », au déploiement d’une finance purement spéculative aux Etats-Unis et enfin au processus d’Eurodivergence induits par l’impact de la déflation salariale, les enchaînements sont à la fois parallèles et avec des tendances à se renforcer mutuellement.

La crise que nous connaissons est analogue un virus mutant. Issue d’une crise de la répartition de la richesse dans les pays développés, et en premier lieu au sein du capitalisme néo-libéral américano-britannique, elle a muté en crise bancaire. Cette dernière a muté en crise financière puis en crise de liquidité lors des folles semaines de l’automne 2008. La crise a alors connu une nouvelle mutation en devenant une grave crise du secteur réel des économies, en particulier dans les branches de la construction et de l’automobile. Du secteur réel, cette crise va muter une fois encore pour revenir dans la finance. Au fur et à mesure que des grandes entreprises vont faire faillite, les chaînes des Credit Default Swap vont être activées et les dettes de ces entreprises dévalorisées. Ceci va venir affaiblir une fois encore la situation des banques et des institutions financières qui ont acheté et titrisé ces dettes.

Nous ne sortirons de cette crise qu’en mettant fin aux facteurs qui ont engendré la déflation salariale, soit en rétablissant des formes de distribution plus favorables aux salariés. Ceci implique donc le rétablissement de mesures protectionnistes et l’interdiction des pratiques de dumping social et écologique au sein de l’UE, avec le cas échéant le rétablissement de montants compensatoires monétaires face aux pays qui ont de telles pratiques. Mais, pour que des pratiques de prédation du commerce international ne soient plus nécessaires il faudra mettre fin à l’instabilité systémique du système monétaire international. Ceci passe inévitablement par le rétablissement de mesures de contrôle des mouvements de capitaux et de contrôle des changes. Toute autre politique serait soit inconséquente soit hypocrite.

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Tag(s) : #un ordre international plus humain
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