La libéralisation implique une plus grande cohérence des mesures d’encouragement du secteur privé avec trois finalités essentielles :
- celle de la croissance,
- celle de la compétitivité et ,
- celle de l’emploi.
La croissance du secteur privé, pendant longtemps, est, en tout pays, une variable dépendante du secteur public de production et du budget d’équipement de l’Etat.
L’intervention de l’Etat pour une relance de la croissance est fonction, quant à elle, de l’analyse qu’il fait de la position du pays dans le commerce mondial et des menaces qui pèsent sur la production nationale en raison de la concurrence extérieure.
La libéralisation des échanges étant irréversible les options sont limitées. Elles sont de trois types : la mise à niveau ou l’adaptation du système productif national ; le développement régional, la préservation et le développement de l’emploi. C’est à dire produire mieux (productivité et compétitivité), répondre aux besoins du marché national, et exporter.
Quel que soit le pays il est bien rare que l’Etat laisse dépérir une activité dans laquelle le capital et la main d’œuvre ont trouvé jusque là à s’employer. Les pays de l’Union Européenne ont fait preuve, à cet égard de beaucoup de créativité pour favoriser les investissements et encourager la modernisation, la formation, le conseil aux entreprises, la recherche développement et soutenir les activités en difficultés.
En Algérie, le système productif national existant est actuellement à prépondérance étatique et son adaptation semble, en raison des problèmes de ressources financières, dépendre de son ouverture au partenariat.
Il demeure que des entreprises privées existent et que des opportunités d’investissement de capacités de production nouvelles sont possibles dans l’optique de la modernisation.
Les moyens employés par les pays de l’OCDE sont classés dans trois catégories. En premier lieu elles sont fiscales, pour les entreprises déjà soumises à l’impôt sur le bénéfice pour réduire le coût de l’adaptation. En second lieu, ce sont des aides financières directes soit à l’entreprise soit à un groupement d’entreprises, soit à des organisations professionnelles. Ces aides sont octroyées soit directement par l’Etat, soit par des organismes spéciaux qu’il crée seul ou en collaboration avec le secteur privé. Enfin, l’Etat peut offrir des services de formation, ou d’information.
Ces trois types de mesures peuvent être mis en œuvre dans un programme national de mise à niveau, de développement régional et de l’emploi, dans le cadre d’un accord de coopération avec l’Union Européenne, qui concernerait, prioritairement, les entreprises existantes et les investissements nouveaux.
Il serait utile de développer une fonction de modernisation chargée de suivre et d'étudier l'évolution des principales filières de production et d'investissement. Cette fonction concernerait les chefs d'entreprises publiques et privées, l'administration chargée de la planification nationale, les ministères techniques concernés par ces filières et permettrait, notamment, de fournir des informations aux investisseurs, de se concerter sur leur développement, et éventuellement de recommander des intégrations verticales ou horizontales et des opérations de sous-traitance.
Le but est d'arriver à adopter en commun des stratégies et plans d'actions par filières, élaborés à partir de diagnostics acceptés par tous les opérateurs. Progressivement, ces comités peuvent devenir un cadre pour améliorer les relations entre opérateurs publics et privés, renforcer les dynamiques, les coopérations entre entreprises, l'efficacité de l'industrie ou enfin de repérer des nouveaux créneaux d'investissement.
Pour que cette fonction joue pleinement son rôle, l'expérience montre qu'il est nécessaire de bien identifier les opérateurs afin d'éviter des représentations purement formelles ou de prestige. L’efficacité d’une telle fonction sera réelle seulement si les différents acteurs ont une claire perception des enjeux et sont motivés pour l'exercice de la concertation.
Enfin, ces mécanismes doivent pouvoir bénéficier d'informations industrielles et les porter à la connaissance, selon des modalités distinctes des enquêtes périodiques sur l'industrie, aux opérateurs concernés.
En un mot, cette fonction peut jouer le rôle d’un point focal dans l’animation de la politique de mise à niveau, de modernisation, de développement régional et de l’emploi si l’on veut encourager la production nationale, développer l’emploi et relancer la croissance.
Enfin, le dispositif d’aide et d’encouragement doit être complété par des mesures spécifiques destinées à maintenir et accroître l’emploi. Les aides directes aux salaires sont non seulement un moyen de relance de l’activité mais aussi une incitation à la modernisation.
Elles doivent être spécifiques aux entreprises qui se lancent dans une mise à niveau impliquant des coûts d’investissement en capital important. Elles ont pour but d’atténuer le coût des salaires soit dans les entreprises menacées par la conjoncture et qui cherchent à s’adapter, soit pour les investissements nouveaux présentant un intérêt en matière de modernisation du système productif national.
Il demeure que, la fonction de prévision comme "réducteur d'incertitudes" est indispensable pour fournir aux opérateurs économiques les perspectives essentielles de développement et de croissance de l'économie ainsi que l'évolution probable des principaux paramètres économiques nationaux et internationaux. Cette fonction est en outre nécessaire à la constitution d'informations objectives sur l'évolution de la conjoncture. Mais, au-delà, cette fonction doit pouvoir fournir une base consensuelle de référence sur les principales options économiques et sociales permettant ainsi aux principaux opérateurs économiques d'inscrire leurs actions dans des perspectives globales de développement à moyen et long terme.
Mais ce travail "politique" ne peut se suffire à lui-même. Il doit être complété par un niveau de concertation opérationnelle.
- La concertation opérationnelle est celle des groupes spécialisés par filières proposés ci-dessus ou de groupes spécifiques chargés de formuler des perspectives de développement par thèmes stratégiques de développement du secteur privé. (Enquêtes industrielles notamment sous l'optique des filières, enquêtes sur les produits, les marchés, les comportements et les anticipations des opérateurs).
La dimension institutionnelle ne saurait à elle seule garantir l'émergence et l'épanouissement d'un secteur privé porteur de croissance. La rentabilité financière se fonde sur la productivité et la compétitivité de ces entreprises. Au titre de ses fonctions de protection de l’emploi selon des formules qui ménagent la concertation, des opérateurs, des consommateurs, des services techniques et des syndicats, l’ensemble de cette fonction devrait pouvoir contribuer à faire adopter aux entreprises qu’elle appuie financièrement, des normes de qualité et de productivité, dans un premier temps, pour les biens et services stratégiques et ou de large consommation.
La protection de la production nationale s'effectuera alors sur la base de sa compétitivité en coûts et en qualité et non sur une rente "de connivence" avec l'Etat. La concurrence dans ce domaine doit être complète pour atteindre les niveaux fixés par les normes. La fermeture des importations d'un produit étant de plus en plus difficile, l’appui à la modernisation est une arme non tarifaire qui peut à la fois pérenniser la production nationale dans un cadre commercial libéralisé et aider les opérateurs concernés à écouler, en outre, une partie de leur production sur les marchés d'exportation.
Les critères de qualité et de compétitivité, sanctionnés par les capacités de l'entreprise à conquérir des marchés extérieurs sont à considérer comme l'un des points cruciaux d'un "cahier des charges" entre la Nation représenté par l'Etat et les entreprises privées et publiques. Un dispositif particulier d'encouragement financier et fiscal et de garantie des exportations, ainsi que des mécanismes d'appui à la recherche de financements extérieurs pour l'exportation serait à envisager, une fois que l'entreprise a démontré ses capacités à fournir, à des conditions concurrentielles sur le plan national, une qualité régulière d'un bien ou d'un service. Outre les institutions de concertation et d'information sur les marchés extérieurs, l'on pourra envisager progressivement une fonction d’appui pour le commerce extérieur pour garantir l'exportation de biens et de services notamment pour certains marchés des pays du Sud.