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Les contraintes démographiques sont telles que la croissance économique est une exigence vitale. Mais cette croissance doit s’effectuer dans le cadre d’une économie internationale qui, nous le verrons, n’est guère propice aux politiques de développement et de croissance.

 

L’objectif de croissance se trouve donc sans cesse remis en cause tant par le phénomène démographique que par l’environnement extérieur. Le schéma de base de l’économie de l’Algérie, a pu donner quelques espoirs de voir le PIB croître plus vite que la population, ses résultats ont été amendés, dans les années quatre-vingts, selon une démarche ambiguë.

 

1- Le schéma de base et ses résultats : Le cercle carré des hydrocarbures

 

Les marges de manœuvre d’un pays en voie de développement et, dès, lors, ses choix économiques sont limités. La croissance économique peut être obtenue, à court terme, par le produit de la commercialisation de ses matières premières et, en l’occurrence, les hydrocarbures. Mais pour qu’elle soit pérenne, il faut investir dans le développement des infrastructures économiques, sociales, et administratives.

 

La valorisation des hydrocarbures devient la condition sine qua non de l’accumulation primitive dans les autres secteurs, car elle est la seule source de recettes extérieures et, par voie de conséquence, de moyens financiers nécessaires aux investissements dans les autres activités économiques. Cette valorisation des hydrocarbures présente l’avantage d’un double effet : de croissance à court terme et de développement à long terme. Ce qui n’est pas le cas des autres secteurs dont les temps de réaction sont plus long. Il est, paradoxalement, plus long de trouver un marché d’exportation pour la conserve ce tomates que pour des produits pétroliers. En raison des technologies et des marché une telle valorisation porte ses fruits rapidement tant au niveau des infrastructures pétrolières que du produit dégagé.

 

Le facteur temps face à la croissance démographique est déterminant dans les choix économiques. C’est là une évidence que, peut être, de grands économistes ont thérorisée, mais dont les prémices sont inscrits dans les textes de base du nationalisme algérien. Pour ceux qui ont connu cette période, les professeurs, Perroux, De Bernis, ou Tiano, ont beaucoup plus décrit, sur le vif, l’expérience algérienne, à ses débuts, qu’ils ne l’ont inspiré.

 

L’essentiel des instruments juridiques économiques et techniques de cette politique furent mis en place, par le Président Houari Boumédienne, en moins de huit ans. Les principales étapes ont porté sur les nationalisations des ressources minières (8 mai 1966) ; les assurances et les banques (1966/1967) ; la distribution des produits pétroliers (août 1967 et 13 mai 1968) confiant à Sonatrach le monopole de la distribution (août 1968) ; les matériaux de construction, la métallurgie, la chimie, les huileries (20 mai 1968) ; l’ensemble des ressources en gaz et en pétrole (24 février 1971). Les revenus issu des hydrocarbures ont triplé de 1971 à 1972, du seul fait des nationalisations,[1]donnant ainsi à l’Etat les moyens nécessaires à la conduite de la politique de développement.

 

La finalité de ces mesures économiques était de sortir de l’économie coloniale, d’engager un processus de développement susceptible de garantir une place à l’Algérie, en tant que nation, dans un ordre économique mondial peu enclin à l’arrivée de nouveaux partenaires.[2]

 

Cette logique a animé la politique économique de l’Algérie de 1964, date de création de la société nationale pour les hydrocarbures, jusque dans les années 80. Les réserves prouvées récupérables en pétrole, sont estimées à plus d’un milliard de tonnes. Les réserves de gaz sont supérieures à 3 500 milliards de m3. plus de 20% de ces réserves ont été découvertes, après 1962, grâce à une activité d’exploitation rationnelle des ressources en gaz et en pétrole.

 

En second lieu, cette politique s’est efforcée de maintenir un potentiel de croissance stable des volumes exportés, recherchant leur modulation en fonction des prix de vente et des besoins de financement.

 

La valorisation de ce secteur a nécessité moins de dix années d’investissement permettant à l’Algérie, en 1980, d’accroître sa production de gaz naturel, de condensât, et de produits raffinés.

 

Ainsi la réduction de la consommation d’énergie qui a commencé en 1981/83,ayant entraîné une baisse des exportations de pétrole brut de 34% en 1981/82 a été compensée par des exportations de produits raffinés (+64%) et de GNL (+42,2%)3. Dès 1980, la modulation des exportations, en fonction des objectifs de maximisation et de développement, était opérationnelle et donnait, à l’Algérie, un clavier d’intervention bien éloigné d’une économie de rente et d’exportation de matières premières brutes. Ainsi, de 1980 à 1983 la structure des exportations par produits s’est-elle comportée comme suit :

 

 

1980

1983

Pétrole brut

83,7%

49%

Produits raffinés

9,3%

28,1%

Gaz naturel

7%

22,9%

Source : l’Algérie en quelques chiffres 1986.

 

En outre, l’ensemble de cette politique de croissance du secteur a été conçu dans un cadre de partenariat avec les pays consommateurs, en particulier pour le gaz naturel liquéfié. En effet, cette industrie, à la technologie de pointe, implique des investissements élevés et une chaîne ininterrompue dans le processus de liquéfaction de transport et de distribution.

 

Etant donné les risques encourus, les contrats, dans ce domaine, sont de longue durée (20 à 25 ans). L’avantage de ces formules étant de pouvoir planifier des ressources extérieures stables, d’accéder à des technologies modernes à forte valeur ajoutée, et d’intéresser les partenaires au développement économique. Ainsi, en 1982 et 1983, en contrepartie du contrat de livraison de gaz signé le 3 février 1982, pour une quantité de 8 milliards de m3 de GNL, la France a obtenu des commandes algériennes de 1,8 milliards de dollars la première année et de 3 milliards de dollars la deuxième année, récupérant largement l’aide au développement que ce contrat devait couvrir en partie. [3]

 

Ce type de partenariat se retrouve, aussi, dans le gazoduc trans-méditerranéen reliant l’Algérie à l’Italie sur une longueur de 1484 km. Les commandes d’équipement ont été faites en Italie. Il en sera de même pour le gazoduc trans-maghrébin vers l’Europe.

 

Cette approche du développement, par la valorisation de la principale source de devises, a permis à l’Algérie d’engager un processus répondant, en priorité, à la contrainte démographique et à celle tendant à limiter les effets de la détérioration des termes de l’échange des matières premières.[4]

 

Le processus a donc porté, essentiellement, sur un fort développement du secteur des hydrocarbures et de l’industrie, dans un premier temps de 1970 à 1978, puis à un rééquilibrage en faveur de la consommation et des secteurs sociaux, en 1980. Les choix économiques faits ont tendu vers l’industrialisation et non comme on l’entend trop souvent vers l’industrie lourde. De 1970 à 1985, la part des industries lourdes dans le PIB a oscillé entre 2,6 et 3,9%. Celle des industries légères était de 7,9 à 11,4%. Mais la croissance industrielle de 1970 à 1979 a été supérieure à celle du PIB (11,7% par an contre 6,9%).[5] Au cours de la même période l’industrie, hors hydrocarbures, a représenté 15% de la création totale d’emploi dans l’économie.[6]

 

Deux tiers du volume total des investissements, pendant la même période, ont été absorbés par le secteur industriel. Il convient de noter que les autres secteurs ont eu des taux de réalisation de leurs investissements inférieure aux allocations qui leur étaient consenties. Le déséquilibre vers le secteur industriel semble être imputable, plutôt à la lenteur des réalisations des autres secteurs dans la conduite des programmes planifiés qu’à une allocation de ressources privilégiant l’industrie.



[1] Le prix du baril de pétrole était de 1,30 $ environ en 1971. les investissements réalisés de 1971 à 1978 le furent avec un prix du baril qui n’atteignait pas 14 $.

[2] Ces thèmes principaux ont été repris par le système des Nations-unis. Carte des 77 octobre 1967. Sommet des non—alignés Alger 1973. Assemblée Générale des Nations-unies, avril 1974. sommet de l’OPEP 1975. Assemblée Générale de l’ONUDI, Lima 1975. Plan de Lagos OUA 1980.

 

[3] L’aide au développement étant la différence enter le prix du marché et le prix contarctuel qui était, momentanément, supérieur lors de la passation du contrat.

[4] Contrairement à l’image trop souvent polémique, diffusée par les multinationales pour justifier même en période de baisse des prix du pétrole leur superbénéfices, l’Algérie ne se contente pas de vendre à l’étranger un produit de la nature « tombé du ciel », mais elle dépense beaucoup pour vendre un produit industriel. Pour le seul gaz liquéfié, dans les années 70, le coût du programme d’investissement s’est élevé à 17 milliards de $.

[5] Sources ministère du plan.

 

[6] Bilan de la décennie 1970/1980. en 1980, l’Algérie produisait de la fonte et de l’acier, du ciment, des camions et des tracteurs, des machines-outils, mais aussi des chaussures, du tissu, des meubles, des pâtes alimentaires, des conserves alimentaires etc.

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Tag(s) : #économie et politique
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