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Communauté : Economie et développement
Vendredi 9 octobre 2009

En outre, l’ensemble de cette politique de croissance du secteur a été conçue dans un cadre de partenariat avec les pays consommateurs, en particulier pour le gaz naturel liquéfié. En effet, cette industrie, à la technologie de pointe, implique des investissements élevés et une chaîne ininterrompue dans le processus de liquéfaction de transport et de distribution.

Etant donné les risques encourus, les contrats, dans ce domaine, sont de longue durée (20 à 25 ans). L’avantage de ces formules étant de pouvoir planifier des ressources extérieures stables, d’accéder à des technologies modernes à forte valeur ajoutée, et d’intéresser les partenaires au développement économique. Ainsi, en 1982 et 1983, en contrepartie du contrat de livraison de gaz signé le 3 février 1982, pour une quantité de 8 milliards de m3 de GNL, la France a obtenu des commandes algériennes de 1,8 milliards de dollars la première année et de 3 milliards de dollars la deuxième année, récupérant largement l’aide au développement que ce contrat devait couvrir en partie. [1]

 Ce type de partenariat se retrouve, aussi, dans le gazoduc trans-méditerranéen reliant l’Algérie à l’Italie sur une longueur de 1484 km. Les commandes d’équipement ont été faites en Italie. Il en sera de même pour le gazoduc trans-maghrébin vers l’Europe.

Cette approche du développement, par la valorisation de la principale source de devises, a permis à l’Algérie d’engager un processus répondant, en priorité, à la contrainte démographique et à celle tendant à limiter les effets de la détérioration des termes de l’échange des matières premières.[2]

Le processus a donc porté, essentiellement, sur un fort développement du secteur des hydrocarbures et de l’industrie, dans un premier temps de 1970 à 1978, puis à un rééquilibrage en faveur de la consommation et des secteurs sociaux, en 1980. Les choix économiques faits ont tendu vers l’industrialisation et non comme on l’entend trop souvent vers l’industrie lourde. De 1970 à 1985, la part des industries lourdes dans le PIB a oscillé entre 2,6 et 3,9%. Celle des industries légères était de 7,9 à 11,4%. Mais la croissance industrielle de 1970 à 1979 a été supérieure à celle du PIB (11,7% par an contre 6,9%).[3] Au cours de la même période l’industrie, hors hydrocarbures, a représenté 15% de la création totale d’emploi dans l’économie.[4]

 Deux tiers du volume total des investissements, pendant la même période, ont été absorbés par le secteur industriel. Il convient de noter que les autres secteurs ont eu des taux de réalisation de leurs investissements inférieure aux allocations qui leur étaient consenties. Le déséquilibre vers le secteur industriel semble être imputable, plutôt à la lenteur des réalisations des autres secteurs dans la conduite des programmes planifiés qu’à une allocation de ressources privilégiant l’industrie.

 

Ces retards, tout particulièrement dans l’hydraulique, ont déterminé, en partie, les insuffisances de la production agricole. Les objectifs de développement, tels qu’ils sont exposés dans les plans successifs de 1967 à 1985, visent, essentiellement, à développer les productions de grandes cultures (blé, orge, légumes secs) et les cultures industrielles.

Le peu de performance de l’agriculture algérienne, au retard de l’accroissement de la population et de l’amélioration des revenus, s’est exprimé par une augmentation des importations de produits alimentaires. Il s’explique, par les retards de tous ordres dans l’exécution des investissements de valorisation des ressources en eau et une utilisation irrationnelle des moyens de production[5] et, enfin, par une attitude des hommes envers la terre. Sur le plan de la balance commerciale, en raison de l’amélioration des conditions sociales, du pouvoir d’achat (250 000 emplois crées chaque année de 1970 à 1980), et de la politique de soutien des prix, les retards dans l’agriculture ont conduit à des importations annuelles de 2 milliards de dollars de biens alimentaires.

 

La production de légumes secs a ainsi décru en 1980, alors que les superficies consacrées à cette culture – 215 000 ha – avaient augmenté.

 

Les superficies allouées aux cultures maraîchères ont doublé entre 1970 et 1980 atteignant 200 000 ha. La production de la pomme de terre est restée en deçà  des besoins tout en étant, paradoxalement, excédentaire par rapport aux capacités de stockage. La plasticulture a permis d’améliorer sensiblement la production des autres légumes.

 Les productions d’agrumes, de fruits, de viande, de lait, restaient insuffisantes par rapport à la demande solvable.

 

Ces résultats agricoles, globalement négatifs par rapport aux besoins de la population, ont trouvé leur explication non dans l’insuffisance des moyens, mais dans l’organisation sociale du travail et dans les formes de propriété de la terre dans un pays méditerranéen où la nature n’a jamais été généreuse sur le plan agricole. « Le blé et le pain, ce sont les sempiternels tourments de la méditerranée, les personnages décisifs de son histoire. »[6]

 

Le schéma primitif de développement, tout en ayant intégré la priorité de ce secteur, n’a pas crû devoir apporter des changements profonds au mode de propriété collective, rendant ainsi moins attrayant et motivant le travail de la terre dans un pays où l’homme depuis plus de cent ans a vécu un déracinement incroyable.[7]

 

L’Algérie, qui se donnait des bases de développement à long terme, réunissait les conditions de remise en cause de ce développement par le refus d’accepter une organisation de la propriété autre que collective. Et, lorsque l’occasion se présenta, aucune autorité ne semble avoir voulu en prendre la responsabilité politique.

 

Cela étant, il convient de tenir compte de certains facteurs dans la balance des couvertures des besoins alimentaires. La production agricole a globalement augmenté en trente ans. Elle s’est diversifiée vers des productions autres que la vigne. La production des cultures maraîchères a augmenté de façon spectaculaire, grâce à la plasticulture et à la culture saharienne, particulièrement pour la tomate. Ce qui est en cause, c’est l’écart par rapport à une demande solvable créée dans une économie qui, pendant trente ans, n’était pas régi par les lois du marché. La consommation n’avait d’autre limite que la croissance démographique, les prix des produits de première nécessité étant largement soutenus. Dans ses conditions, les pénurie sont inévitables, car les prix atteignent pas leur niveau d’équilibre.

 

Une libéralisation dans l’exploitation des terres, notamment par leur privatisation et la mise en œuvre d’une économie de marché, entraînera un accroissement global de la production, probablement une diminution de la facture alimentaire mais, tout aussi probablement, l’équilibre se fera par les prix. Un grand nombre de consommateurs – s’ils ne sont pas totalement exclus du marché – sont, déjà, contraints de réajuster leur consommation. Les pénuries dans ses conditions n’ont plus, enfin, un sens économique !

 

Tant que l’Algérie limitera l’exploitation de ses potentialités agricoles à son capital de terres dites utiles, c’est-à-dire de Tell et les Hauts Plateaux, elle connaîtra les mêmes contraintes que tous les pays du bassin méditerranéen, aggravées, dans son cas, par la faible productivité et une redistribution des revenus qui, pour l’instant, est moins inégalitaire que chez ses voisins. Une redistribution des revenus identiques ne mettrait-elle pas le Maroc ou la Tunisie dans la même situation de dépendance alimentaire ?

 

En tout état de cause, quelque soit l’appréciation portée sur l’efficacité de ces investissements, l’argent du pétrole s’est transformé, notamment, en usines, en écoles, en hôpitaux. Que certains jugent ces projets « Pharaoniques », ils ne sauraient leur dénier la finalité économique dans laquelle ils se sont inscrits.

 

Il est difficile d’ignorer les réalisations effectuées en moins d’une décennie. Les principaux secteurs d’activité économique ont connu le « Big push » initial et ont été doté d’outils de réalisation. C’était aussi un système fondé sur des anticipations de revenus réalistes. De 1975 à 1985 les importations sont passées de 5,5 milliards de dollars à 9 milliards de dollars et les exportations de 4,5 à 14 milliards de dollars[8], écart suffisant pour envisager non seuleent un endettement mais aussi son remboursement. Les causes des difficultés sont dans la détérioration trop rapide et trop forte des prix du pétrole.

 

Que ces actions fussent menées par l’Etat peut sembler, à l’heure du libéralisme triomphant, un handicap. Il demeure que, dans le monde des années soixante-dix, l’Algérie n’était pas plus « étatiste » que les pays industrialisés qui n’ont découvert les dénationalisations et les vertus de l’économie de marché postkeynésienne, qu’avec le Président Reagan et Mme Thatcher, c’est-à-dire, dans les années quatre-vingts, après trois décennies de développement fondé sur l’interventionniste.

 

Ainsi que cela fut souligné en 1978 : « Les résultats, pour inégaux qu’ils soient, sont là : des routes relient entre elles les trente et une wilayas : Alger et Tamanrasset sont unis par la Transsaharienne ; écoles, instituts de technologie, dispensaires, usines ont surgi de terre ; le barrage vert et le reboisement ont prix consistance ; la redistribution des terres, l’électrification, les villages socialistes, ont amélioré le sort des fellahs, la scolarisation massive – fait moins paradoxal qu’il n’y paraît à première vue – a conduit à la fois à une meilleure arabisation et à une progression du français.[9]



[1] L’aide au développement étant la différence enter le prix du marché et le prix contarctuel qui était, momentanément, supérieur lors de la passation du contrat.

[2] Contrairement à l’image trop souvent polémique, diffusée par les multinationales pour justifier même en période de baisse des prix du pétrole leur superbénéfices, l’Algérie ne se contente pas de vendre à l’étranger un produit de la nature « tombé du ciel », mais elle dépense beaucoup pour vendre un produit industriel. Pour le seul gaz liquéfié, dans les années 70, le coût du programme d’investissement s’est élevé à 17 milliards de $.

[3] Sources ministère du plan.

 

[4] Bilan de la décennie 1970/1980. en 1980, l’Algérie produisait de la fonte et de l’acier, du ciment, des camions et des tracteurs, des machines-outils, mais aussi des chaussures, du tissu, des meubles, des pâtes alimentaires, des conserves alimentaires etc.

[5] la consommation d’engrais a quadruplé et la motorisation a triplé.

[6] Voir Fernand Brudel, La Méditerranée, p. 41, Flammarion collection Champs.

[7] Voir IIème Partie.

[8] Annuaire statistique de l’Algérie.

[9] Claudine Rulleau, le Monde du 28 décembre 1978.

Par zahir - Publié dans : Algérie - Ecrire un commentaire
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