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Un ouvrage qui remet les pendules à l'heure quant à la croissance économique des "trente glorieuse". La seconde guerre mondiale comme moyen de rétablir la rentabilité du  capital a été un facteur déterminant plus que les théories keynésienne d"intervention de l"ETAT. Cet interventionnisme dans  le cadre d'une économie mixte en vise à agir, par les dépenses de l"Etat, sur la sous consommation. Cette action n'a pas abouti à la création de nouveaux profits mais à une redistribution des profits totaux au secteur capitaliste.Le résultat fut celui de l"accroissement de la dette publique sans compensation par les gains de la croissance et créant une "fausse prospérité". En un mot le marché ne peut sauver le capitalisme !  

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Pour plus d'arguments voir:

http://bataillesocialiste.wordpress.com/2010/10/27/sauver-le-capitalisme-une-critique-marxiste-du-keynesianisme/

Après la deuxième guerre mondiale, l’essor du capitalisme fut présenté comme le succès du keynésianisme. Mattick vit en Keynes un penseur bourgeois radical, critique des théories classiques et libérales, de l’idée de la capacité régulatrice « naturelle » du marché. Il concédait que l’intervention de l’Etat avait transformé le capitalisme et prolongé son existence. Mais, rappelait Mattick, ce furent la guerre et ses énormes destructions qui rétablirent la rentabilité du capital et relancèrent la machine économique et non les politiques keynésiennes. Mattick va ainsi s’attacher à confronter « la théorie et la pratique keynésiennes à une critique marxiste », argumentant que la théorie de la valeur-travail restait une méthode d’analyse valable après l’intervention de l’État dans l’économie.

Une convergence s’opéra entre la gauche keynésienne et les courants modernistes du marxisme mettant l’accent sur la relance par la consommation induite par les dépenses d’État. Critiquant la thèse de la sous-consommation, Mattick rechercha dans les contradictions des rapports sociaux d’exploitation les causes de la crise de rentabilité du capital privé, en insistant sur l’idée que l’intervention de l’État, favorisant la consommation, ne modifiait nullement les déséquilibres du système.

Keynes reconnaissait lui-même, à sa façon, que cette intervention était la conséquence des problèmes de l’accumulation. Contre les défenseurs du libéralisme, Mattick démontra que ce n’était pas l’accroissement de l’intervention de l’État qui était la cause des problèmes du capitalisme privé mais, au contraire, que c’étaient les difficultés dans la production de profit dans le secteur privé qui justifiaient l’interventionnisme. Pour lui, les limites de l’économie mixte étaient inhérentes à l’accroissement de cette intervention, c’est-à-dire à l’augmentation de la production sociale induite par des fonds publics. Ces fonds, prélevés sur les profits du secteur privé, ou financés par la dette, pèsent sur la rentabilité totale du capital. La production induite par les commandes d’État n’étant pas directement productrice de nouveaux profits mais une redistribution des profits totaux au bénéfice de secteurs capitalistes.

Cette théorie semble avoir trouvé une confirmation dans les faits illustrés par l’évolution du capitalisme moderne. L’intervention de l’État s’est élargie à tous les secteurs. Indispensable à l’économie dite mixte, à la « fausse prospérité », elle est le seul moyen de maintenir l’emploi et l’équilibre social à un niveau minimum, ce dont Keynes était fort préoccupé. Seulement, l’idée keynésienne selon laquelle les déficits de l’État en période de récession seraient absorbés par la relance privée de la production de profit ne s’est jamais confirmée. Depuis la deuxième guerre mondiale, la relance s’est accompagnée d’un accroissement de la dette publique. Et Mattick de souligner que « les conditions qui rendaient cette solution efficace sont en voie de disparition ». Certes, les crises montrent que Keynes avait raison de dire que le jeu du marché menace la survie du capitalisme. Elles montrent aussi que l’interventionnisme ne joue pas sur les fondements de la rentabilité du capital, comme le prouve le niveau atteint par la dette souveraine, qui a fini par bloquer le fonctionnement financier du système. On a là la preuve de l’épuisement du projet keynésien. Comme on le voit aujourd’hui, à l’occasion du G 20 de Toronto, les classes dirigeantes se retrouvent coincées entre la réduction du déficit et l’aggravation de la récession et du chômage.

Que la récession se creuse et nous nous retrouverons dans une phase nouvelle du capitalisme. La carte keynésienne ne pourra plus être rejouée et l’effondrement de la production placera le système devant des risques sociaux énormes. L’idée de Mattick, selon laquelle le keynésianisme ne fut qu’une énième tentative de la classe capitaliste de sauver provisoirement son système d’exploitation se trouvera encore confortée.

Le déséquilibre et la force destructrice du système d’économie mixte, devenu planétaire, se profilent à l’horizon. Son renversement par la reconstruction collective d’un mode nouveau de reproduction de la vie apparaît, une fois de plus, moins comme un choix idéologique que comme une nécessité pratique. C’est cette problématique qui a animé Paul Mattick toute sa vie et qu’on retrouve dans Marx et Keyness.

Notes:

[1] Marx et Keynes, les limites de l’économie mixtetel Gallimard, 2010, 432 p, 9,5 euros. Des œuvres de Paul Mattick est disponible en français, notamment Le marxisme hier, aujourd’hui et demain, Spartacus, Paris, 1983. Nombreux de ses textes sont accessibles en ligne.

[2] De Henryk Grossmann, Marx, L’économie politique classique et le problème de la dynamique, Champ Libre, Paris 1975

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