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Pour un code de conduite des entreprises conforme aux exigences de la communauté de destin qui fonde le pacte social d'une nation.

 

4   Q U E L S   S O N T   L E S   F A C T E U R S   D E   D E S T R U C T I O N   D E   L A   C O M M U N A U T E   D E DESTIN DES ENTREPRISES ?

La vie, le corps vivant a deux ennemis internes: la paralysie et le développement désordonné - la sclérose et le cancer.

L'entreprise sujette à la sclérose, c'est l'entreprise où une organisation de type mécanique remplace la souplesse de la vie, où des prothèses technocratiques remplacent l’action de personnes responsables.

Le gouvernement de l'entreprise et sa vie elle-même sont conçus comme une machine dont les cadres disposent les rouages à leur gré selon un plan. Cette vision mécaniste et matérialiste de l'entreprise la transforme en machine administrée par une cascade de règlements et de procédures. Cette vision stérilise initiative et sens des responsabilités.

Un organisme vivant peut s'accommoder de défaillances, des réactions de compensation s'opèrent presque d'elles-mêmes. Pour une machine, la défaillance d'une pièce peut avoir des conséquences tragiques.

Alors on voit l’entreprise multiplier les contrôles et installer un appareil de contrôle quasi policier : les notes de service, les rapports, les statistiques, etc. se multiplient. L'administration prolifère. Les hommes doués de personnalité, d'esprit critique et d'originalité créative sont écartés.

Le sens du bien commun s'émousse dans les consciences, les hommes n'ont plus de «nous» commun. C'est le règne du chacun pour soi, de la combine, de la tricherie, des «affaires». On observe que les entreprises atteintes de ce mal souffrent d'une extrême fragilité.

Voyons maintenant l'autre maladie : que se passe-t-il si les entreprises sont le siège d'une prolifération désordonnée ? Dans ce cas, l'anarchie provient de l'autonomie déréglée des constituants. Les liens de solidarité sont brisés. Ce mal atteint particulièrement les entreprises où seuls comptent les résultats économiques chiffrés d a n s   l e   c o u r t   t e r m e .   A u   s e i n   d e   c e s   e n t r e p r i s e s ,   u n e dictature des chiffres développe des comportements d’autoprotection et d’isolement qui détruisent progressivement la communauté de destin. C'est le règne du tout quantitatif et du chacun pour soi qui s'instaure.

Nous retrouvons ici les méfaits de l'individualisme exacerbé. L'entreprise devient sujette à une soif d'extension dévorante et le siège de luttes intestines qui peuvent donner l'illusion de la vie mais qui ne sont que les signes avant-coureurs de la mort.

Un autre facteur de dissolution observable peut en découler : la destruction de la hiérarchie organique par la démission des chefs. Toute inégalité ne se justifie que par le service rendu à la communauté. Si le chef n'a pas souci du bien-être de ses subordonnés, ceux-ci le sentent et se mettent à douter de la nécessité même  d'une hiérarchie.

I l   e n   r é s u l t e   u n   d e u x i è m e   s y m p t ô m e   :   l a   r é v o l t e   o u   l a   d é m i s s i o n   d e   l ' i n f é r i e u r .   S i   l e   s u b o r d o n n é   n ' e s t   p a s intimement persuadé que son chef se préoccupe aussi de son bien, si le chef démissionne, la réaction suit :

le subordonné pense : « Tu ne veux plus dépendre de moi pour me protéger, je ne veux plus dépendre de toi pour t'obéir ».

Profondément atteinte par ces deux inversions, la démission du supérieur et l'insoumission de l'inférieur, la communauté de destin disparaît. Nous  constatons que les deux excès opposés convergent dans leurs conséquences nocives. Enfin, un facteur externe d’importance menace de disloquer la communauté de destin :

une rupture peut se produire dans les entreprises revêtant la forme juridique d'une société anonyme entre les actionnaires et les employés de l'entreprise, si l'on prend le terme employé dans le sens le plus large, donc y compris les organes dirigeants.

Là où l'actionnaire n'est plus lié à l'entreprise que par l'argent, la rupture s'amorce. Cette rupture est devenue de plus en plus préoccupante dans notre époque de financiarisation à outrance de la vie économique.

Dans le cas des sociétés anonymes à multitude d'actionnaires quel rapport peut-il s'établir entre le possesseur d'une infime partie de l'entreprise et l'entreprise elle-même, sinon l'encaissement du dividende ou l’espérance d’une plus-value ? L’entreprise n’est perçue qu’en tant que moyen de valorisation d’une épargne. Dans le cadre concurrentiel qui est aujourd’hui de règle, l’épargnant a tendance à exiger une création de valeur pour un profit de court terme. La pression exercée sur les dirigeants peut avoir des conséquences significatives au détriment de la communauté de travail.

L’entreprise cesse d’avoir pour finalité le service de ses clients. Les clients et le personnel deviennent des moyens au service de la rémunération des actionnaires. Cette inversion de finalité peut avoir des conséquences dramatiques quand elle est poussée au bout de sa logique. (Exemple l’affaire ENRON aux USA)

L'argent, devenu une fin en soi, au lieu d'être un moyen au service des communautés de destin, peut alors en devenir le pire solvant.

Conséquences

Quelle conséquences pourrons nous tirer de nos réflexions ?

Essayons d'esquisser quelques grandes lignes.

1-PERSONNES HUMAINES

Une des premières conséquences, c'est de reconnaître que la vie, l'énergie vitale de l'entreprise repose en définitive dans les personnes humaines qui la composent. La vitalité de l'entreprise est fonction de l'aptitude personnelle de celles-ci à progresser. On ne peut donc pas, sans briser le ressort de la vie, enlever aux hommes pour les transférer à des échelons irresponsables des attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur propre initiative et par leurs propres moyens. Il faut donc éviter les formules d'organisation qui massifient, qui cultivent les routines, affaiblissent le goût de la progression personnelle. Il est essentiel de développer le goût de l'initiative, de la qualité et du perfectionnement.

2-HIÉRARCHIE

Une deuxième conséquence, c'est de remarquer que le système nerveux de l'entreprise, la hiérarchie, joue un rôle capital. Sans hiérarchie digne de ce nom, qui reconnaîtra ce que chacun apporte de personnel, sa valeur réelle, ses mérites ? Sans elle, où serait la cohérence, le moyen de communication entre les hommes, le principe d'unité. Supprimer le système nerveux d'un être vivant c'est le tuer ! Ou en faire un robot...

3-VALEURS SOCIALES NON MONNAYABLES

Une troisième conséquence : L'entreprise demeure saine dans la mesure où subsistent en elle un certain n o m b r e   d e   v a l e u r s   s o c i a l e s   ( t r a v a u x ,   s e r v i c e s )   q u i   n ' o n t   p a s   l e u r   é q u i v a l e n t   e x a c t   e n   m o n n a i e ,   q u i   n e   s o n t pas directement convertibles en argent. Toute entreprise dans laquelle l'argent constitue le régulateur absolu des échanges a perdu la richesse et la fraîcheur de la vie. Il y a des services «inestimables». Il faut que tous les participants à l'entreprise, les actionnaires, les cadres, les employés le reconnaissent.

4-COMMUNAUTÉ ÉLARGIE

Une quatrième conséquence est que la communauté de destin doit s'établir aussi entre les fournisseurs du capital et les employés. Bien entendu, cette communauté de destin existe à un certain degré puisque, si l'entreprise fait faillite, le capitaliste perd son capital et l’employé son emploi. Ceci est particulièrement vrai pour les entreprises dites patrimoniales, là où les dirigeants sont aussi les propriétaires.

Mais il y aurait matière à réflexion pour trouver les moyens de provoquer une prise de conscience de cette solidarité.

Après l’éclatement de la bulle financière dans les années 2000, il semble qu’un mouvement de retour de balancier se produise. Une approche plus réaliste se développe : l'entreprise, même si elle doit créer de la valeur pour ses actionnaires, ne peut le faire dans la durée que si elle crée aussi de la valeur pour ses clients, ses employés et aussi pour les communautés locales au sein desquelles elle travaille.

Le développement durable est peut-être un retour à la stake holder value, conception selon laquelle l'entreprise ne pourra pas créer de valeur pour ses actionnaires dans la durée si elle ne respecte pas les intérêts de toutes ses parties prenantes.

O n   n e   p o u r r a i t   i m a g i n e r   p l u s   b e l l e   r e c o n n a i s s a n c e   d e   la   v a l e u r   i n c o n t o u r n a b l e   d e   l ’ e n t r e p r i s e   e n   t a n t   q u e communauté de destin.

5 - AU TONOMIE DE DES T IN

Cinquième conséquence : communauté de destin signifie aussi le droit et le devoir de prendre en main son destin. L'entreprise communauté de destin doit pouvoir vivre dans un environnement qui lui permet de vivre et d'assumer ses responsabilités. Cela signifie que toute planification étatique et autoritaire a tendance à l'étouffer. L'entreprise communauté de destin est comme le prolongement organique de la liberté des hommes qui y participent. Elle a besoin d'une structure sociale ferme et souple, ordonnée et décentralisée. Nous touchons ici du doigt la bienfaisance d'un ordre économique favorisant en définitive la liberté de chaque être humain en créant les relais, les niches, les corps intermédiaires indispensables pour éviter l'écrasement.<<"

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Tag(s) : #reflexions

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