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Samedi 15 octobre 2005 6 15 /10 /2005 00:00

Par Zahir Farès

 

Le 10/10/05

 

La question des flux migratoires et leur maîtrise a toujours été au centre des préoccupations de toutes les sociétés humaines. Cependant, elle prend dans les pays en développement une dimension particulière car, contrairement à celles qui ont eu lieu au sein des pays développés ces migrations sont amplifiées par des facteurs extérieurs incontrôlables et mouvants.

Au phénomène d’urbanisation accélérée s’ajoute,celui des migrations internationales amplifiées par la mondialisation dans ses deux formes historiques, la colonisation et la globalisation des échanges dans une économie mondiale dominée par les sociétés post industrielles et les bouleversements dans les formes capitalistiques d’accumulation, de concentration et de centralisation.

Les migrations transnationales ne relèvent pas uniquement de mesures de contrôle de la circulation des personnes et donc d’accords juridiques. Elles appellent,aussi, une vision globale, intégrant,à la fois un passé historique toujours présent et un mode de développement de la mondialisation des échanges et des transformations des marchés du travail, dans les économies dominantes.

 

Ces facteurs extérieurs, forts, font naître, déterminent et entretiennent les flux migratoires. Ce qui fait problème c’est qu’à l’instar des échanges commerciaux sur les marchés des produits et des capitaux le marché international du travail joue à la variation tant des flux que de la valeur de la force de travail ; ou mieux encore, le principe du «laisser faire et laisser passer » ne peut être appliqué qu’au commerce des produits et aux capitaux et non aux hommes. N’est-ce pas là la principale contradiction entre l’économie et l’humain.

De grands progrès ont été accomplis depuis une trentaine d’années sur le plan bilatéral et multilatéral, pour mieux contrôler ces flux et, surtout,  assurer des conditions de vie et de travail décentes ainsi qu’une intégration dans le pays d’accueil.

 

Des efforts ont été déployés pour lier les flux migratoires au développement du pays d’origine sous forme d’appui au retour. Et enfin les problèmes posés par l’intégration des immigrés de la deuxième génération ont donné lieu à des politiques plus actives.

En un mot, la tendance lourde est que les travailleurs immigrés et leurs familles se sont vus reconnaître, après plus de 70 ans, la plénitude de leurs droits sociaux. Mais la flexibilité et la précarité s’appliquent toujours à eux à eux, de manière plus fortes et en priorité.

 

Car si la situation sociale de ce type de main d’œuvre semble orientée dans un sens positif, le problème des flux migratoires demeure entier. Dans un monde devenu un village planétaire où la dérégulation des flux de biens et des capitaux est le nouveau credo, les flux migratoires font l’objet d’une forme de régulation et de contrôles à tout le moins en contradiction avec le libre échange et le libéralisme.

 

 

1. Que suggère le constat sur les flux migratoires vers les pays développés au cours du 20éme siècle ?

 

En premier lieu, à la base des flux il y a la recherche d’une main d’œuvre bon marché et susceptible de pallier le déficit en ouvrier des pays industrialisés confrontés à un exode rural insuffisant. La colonisation a permis d’y pourvoir amplement.

 

Les relations d’interdépendance et de domination entre les économies en sont, donc, la cause principale. Les flux migratoires ont existé de tout temps et se sont accrus et accélérés plus particulièrement avec le développement des sociétés industrielles capitalistiques. 

 

En second lieu, et ces faits étant admis, le contrôle des flux par des Etats souverains doit par conséquent être mené en termes de coûts/avantages réciproques et non pas uniquement en termes de police des frontières ou d’intégration ou d’aide au retour. Les flux migratoires relèvent de l’analyse économique et sociale, car ils constituent un facteur de production dont la reproduction, simple et élargie, est menacée autant par les conditions de son exploitation que par le sous développement des pays d’origine.

 

La recherche de main d’œuvre à bon marché est une constante de l’accumulation et une de ses conditions nécessaires. Les sociétés post industrielles ont un  besoin de flux migratoires et je n’en veux pour preuve le fait que la population immigrée pour la majorité des pays de l’OCDE est stable ou en légère croissance. Ces économies semblent fonctionner avec un volant incompressible de main d’œuvre étrangère à l’intérieur de leurs frontières et à l’extérieur par délocalisation. La cause essentielle étant le différentiel de salaire que permettent les flux de main d’œuvre étrangère et le maintien d’un volume d’emploi ouvrier.

 

En troisième lieu, ce qui parait changer tient à la composition de ces flux migratoires et non à leur volume.

Ils se sont déplacés géographiquement et qualitativement pour une partie. Les immigrations anciennes et celles de la deuxième génération sont en voie de reconnaissance et d’intégration.

L’importance des migrations clandestines montrent la persistance de la demande de main d’œuvre banale à des conditions de travail et de vie hors normes, mais avantageuses pour les employeurs. Le fait nouveau est le caractère clandestin de ces flux.

 

Si l’on se réfère aux pays de l’OCDE on constate que l’appel à la main d’œuvre étrangère est une constante et que chaque pays a son bassin de main d’œuvre composé de trois groupes principaux. Le premier représenté par les migrations internes à l’OCDE ; le second est celui de migrations dites traditionnelles liées à la colonisation ; le troisième comprend deux groupes distincts celui des pays de l’ex bloc socialiste et le second, celui des pays asiatiques.

 

Les politiques migratoires adoptées par tous les pays de l’OCDE depuis 1974 expriment les transformations structurelles de ces économies, la dérégulation et le libre échange des capitaux et des biens, la flexibilité et la dérégulation du marché du travail mais une régulation des flux de migrations transnationales. Ce dernier volet est centré principalement sur trois grands types d’actions : Le contrôle des flux, y compris celui des demandeurs d’asile ; l’intégration et enfin, la coopération bilatérale et régionale.

Ces mesures ont un double aspect, elles sont à la fois conjoncturelles et structurelles. En effet, si elles sont imposées par la situation des marchés nationaux de l’emploi dans chacun des pays de l’OCDE, elles prennent en compte des tendances lourdes liées aux besoins d’économies de libre échange, hyper capitalistiques contrôlant à l’échelle mondiale les facteurs de production.

 

Dans ces conditions, à la main d’œuvre étrangère occupant des postes de travail faiblement qualifiés, s’ajoute l’immigration de personnes hautement qualifiées, dont l’entrée est facilitée par des dispositions législatives prises dans ce sens et sans exception dans tous les pays. L’offre de travail peu qualifiée existant toujours, les nouveaux demandeurs d’emplois sont réduits au « statut » de clandestins.

 

L’équilibre entre les offres et la demande devenant un marché juteux pour les passeurs et créant un véritable commerce de personnes humaines.

 

2. L’immigration clandestine pose un double problème celui de ses causes, celui de ses conséquences.

 

Si les causes de départ du pays d’origine sont connues et sont exclusivement mises en avant, celles qui tiennent au pays d’accueil le sont rarement. Juridiquement ces mouvements sont clandestins et comme tels doivent être contrôlés et combattus. Il demeure que l’offre qui les fait naître est économique. Elle est bien réelle. Elle trouve dans le caractère clandestin une source d’exploitation que ne lui permet plus l’immigration régulière ou intégrée.

 

Les mouvements de solidarité qui se sont manifestés avec les sans papiers dans divers pays d’Europe, ont mis en évidence cette ambiguïté de la « clandestinité » juridique.

Les économies développées procèdent régulièrement à des régularisations de main d’œuvre clandestine ; au cours de ces vingt dernières années l’Italie, la France, l’Espagne, le Portugal et les Etats Unis, selon l’OCDE, ont procédé à la régularisation du statut de 3.572.900 personnes, dont 2.684.900 pour les USA seulement. Les conditions minimales de régularisation sont liées à une durée minimale de travail sur le territoire, justifiant, a posteriori, l’utilisation clandestine de la main d’œuvre, en dehors des règles du marché.

La main d’œuvre émigrée est globalement en marge de ces sociétés, mais elle connaît à présent une fracture qui crée un volant de réserve pesant sur l’emploi des immigrés réguliers.

 

3. Dans ces conditions et dans une optique coût/avantages, que signifie la maîtrise de flux migratoires pour le pays de départ. ? La mondialisation et les facteurs sur lesquels elle repose sont ils aptes à renverser la tendance à l’émigration clandestine ? La coopération internationale doit-elle se concentrer exclusivement sur cet aspect du sous développement ?

 

Telle qu’elle se présente actuellement, la globalisation ne semble pas apporter les réponses attendues en termes de croissance et de développement et donc d’emplois pour la main d’œuvre nationale, malgré le rétablissement des grands équilibres macro économiques et le rééquilibrage des fonctions de l’Etat. C’est encore un facteur d’encouragement aux flux migratoires clandestins. Les faits le confirment.

 

Le développement du commerce internationale s’effectue entre pays à structures identiques. 1% des importations des pays de l’OCDE proviennent des pays à bas salaires.

L’investissement direct étranger, que la libéralisation devait favoriser, est le fait à 96 % des pays industrialisés qui investissent à 75% dans des pays similaires les 25% restant vont dans les pays d’Asie et du Pacifique.

La plupart de ces investissements sont des rachats d’entreprises, sans création d’emplois nouveaux, voire même accompagnés de nouvelles compressions d’effectifs, et visent dans 80% des cas, la consolidation ou l’élargissement d’un marché.

La nouvelle évolution des marchés financiers, les volumes concernés par les transactions financières, font que les gains obtenus pour les placements spéculatifs sont supérieurs au taux de profit offert par chaque production nationale.

 

L’internationalisation des réseaux de production met, dans la plupart des cas, en conflit les intérêts des entreprises transnationales, et ceux des pays en développement, particulièrement en matière d’emploi. 

La logique de ces réseaux est de jouer sans cesse  sur les écarts de productivité, de qualification et de salaires entraînant des fermetures d’unités et d’activités. En outre, pour eux, le facteur coûts salariaux n’est pas déterminant. Il ne joue que s’il existe en outre un environnement éducatif qui valorise le capital humain.En d’autres termes, la valorisation des ressources humaines et le contrôle des flux migratoires est une affaire qui concerne autant l’Etat et la communauté national que la coopération internationale.Les formes actuelles de contrôle de ces flux se traduisent par des coûts pour le pays d’origine sans avantages que le « dumping social » auquel les Etats sont conduits s’ils veulent aider à la création d’emplois.

L’histoire économique des pays aujourd’hui développés comme l’Italie ou l’Espagne montre que seule la croissance et le développement interne freinent et renversent les flux migratoires. Une preuve de la relativité des lois face au mouvement des forces productives et de la nécessité d’une régulation internationale de la mondialisation..

Les pays riches ont fait des efforts substantiels pour l’intégration des communautés immigrés pour ne pas ignorer ce nouveau phénomène qui profite aussi aux différentes formes de commerces illicites, et constitue un défi aux droits humains et à la coopération.

Par z.fares - Publié dans : société - Ecrire un commentaire
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