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Mardi 4 octobre 2005 2 04 /10 /2005 00:00

 

 

Par zahir Farès

L’expérience de ces 20 dernières années conduit à s’interroger sur les conséquences politiques et sociales de cette nouvelle ( ?) idéologie qui, au nom « de principes scientifiques universels », accepte le pluralisme à condition qu’il ne soit qu’une variation d’une pensée unique.

 Comme on ne peut pas aller à l’encontre d’une loi scientifique il en découle que les sociétés et les pays n’ont plus d’autre choix que de se fondre dans un même modèle économique et social ! La mondialisation devient, alors, la globalisation ou l’uniformisation par la convergence. Ce que la colonisation a rêvé les multinationales et l’économie de marché le font.

 Le droit à la spécificité de chaque société, à la sauvegarde de son modèle social particulièrement dans la recherche de formes de solidarité en économie de marché sur lesquels s’est fondé et développée l’économie des grands pays industriels au cours de trente glorieuses seraient-il devenu obsolètes.

Au nom de l’efficacité et de la compétitivité,  le néo-libéralisme tente (en vain ?) de remettre en cause ce droit. Ce que je voudrais dire très brièvement, c’est que les arguments qu’on oppose à ceux qui revendiquent l’exigence de finalités sociales, sont fondés sur des lieux communs et non sur une science et que de tous temps le marché a toujours démenti les prévisions des experts.

Erreur permanente de prévisions, « science » fondée sur des lieux communs pour faire accepter un modèle socio-économique unique, sont autant de raisons d’encourager les efforts pour sauvegarder le droit de choisir les formes  de la solidarité nationale en économie de marché et plus que jamais les droits de l’homme.

 

 

 

 

Car l’économie néo_libérale est l’art de l’erreur permanente de prévisions.

Aussi, méfions-nous des économistes et de leur prétendue science dés qu’ils se mêlent de trancher entre le souhaitable et le possible. Ils seraient socialement plus utiles qu’ils nous disent comment rendre possible le souhaitable. Les décisions qu’ils encouragent se fondent sur leur prévision des évolutions futures. En vérité leur seule spécialité est d’annoncer des événements passés ! En définitive ils se trompent et avec eux ceux qui les écoutent parce qu’ils ont toujours ignoré ce principe : «l’avenir vient de loin ». Ainsi que le notait un économiste français avec humour la principale difficulté de la prévision c’est l’absence d’information sur le présent. Savez vous que la masse monétaire des Etats Unis n’est connue qu’avec une approximation de 20%. Que penser alors des modèles économétriques qui servent aux institutions internationales à calculer le rétablissement des grands équilibres et les taux de croissance dans des pays en  développement où la plupart des grandeurs statistiques varient avec un degré d’approximation de 10 à 20 points et parfois plus ! . Et l’on trouve normal que les prévisions de croissance ne se vérifient presque jamais dans un sens ou dans un autre.

 

Exemple la crise asiatique de 1998. Trois mois avant  ces institutions donnaient ces pays en modèle de croissance. Quelques mois plus tard et 150 mds de $ de subvention et 2.000 mds de capitaux envolés 30 millions de chômeurs en plus, les gardiens du temple de l’orthodoxie libérale annonçaient qu’ils s’étaient tout simplement trompés. Le néo-libéralisme veut ériger des théories fondées sur des lieux communs en  lois scientifiques.

 

Aussi, les experts qui se trompent dans leurs prévisions changent allègrement de théories. La dernière étant toujours la meilleure. Mais leur choix est limité à trois théories vieilles d’un siècle et qu’ils mettent au goût du jour en les faisant précéder du mot néo. Il fut politiquement correct d’être pour l’intervention de l’Etat de 1945 à 1973, puis socialiste ou libéral adepte d’une nouvelle société jusqu’en 1983 date à laquelle la reaganomie et le  tatchérisme ont imposé le libéralisme pur et dur à la Friedman, le père du néo-monétarisme et des réformes économiques du Chili de Pinochet.

La fin de chacune de ces théories est consacrée par une crise qu’elle n’attendait pas et la réapparition de celle qu’elle était censée remplacer  pour cause de désuétude.

 Le mur de Berlin a fait un sort à une certaine pratique de la pensée économique socialiste qui comme dans la série « Mission impossible » s’est auto-détruite en s’épuisant à déchiffrer le message laissé par Marx sur la valeur travail la plus value etc en entraînant dans son délire des millions de personnes

 

 

 

Pour la pensée libérale son destin est différent. Elle balance autour d’un axe classique entre Keynes et les néoclassiques. Le best sellers des livres vendus par la Banque mondiale dans les années soixante était un manuel de planification du développement. Les projets auxquelles elle contribuait en Afrique étaient ceux des cellules du plan.

 En effet, la crise de 1929 avait sonné la fin de l’école classique libérale remplacée depuis 1940 jusqu’en 1973 par les politiques keynésiennes. Et voilà que renaissent les idées libérales qui ont conduit à la crise de 29. Il faut leur reconnaître une chose c’est que cette fois ci elles provoquent des crises dépassant celles de 29 à un rythme quasi décennal.

 Ce qui a changé avec ce « retour dans le futur » c’est que certains économistes se sont reconvertis à l’art d’être politiquement correcte. Et l’on enseigne alors aux peuples et au gouvernement la pensée unique celle des lois universelles du marché. Depuis longtemps le marché est l’histoire qu’on raconte aux enfants pour ne pas les effrayer avec le loup de l’hypercapitalisme qui a depuis avalé et digéré le marché dit de concurrence par fusion et  acquisition pour en faire sa propriété mondiale.

La liste de ces lieux communs est longue. J’en citerais deux ou trois en commençant par celui qui fonde le marché lui même. « La loi » des débouchés,  assurerait l’équilibre de plein emploi naturel. Le seul problème est que le système réel n’est jamais bouclé et que les revenus sont inégalement distribués. L’économie c’est le fonctionnement cyclique et les crises de production et de surproduction. Personne ne s’offusque de cette erreur.

Même rengaine pour la commerce extérieur qui devait aboutir à la production dans chaque pays des produits pour lesquels il est soit le meilleur soit le moins mauvais. En théorie les échanges internationaux devraient être entre pays à structures de production différentes : Le Mali avec ses arachides et la Suède avec ses téléphones portable. Dans la réalité 86% du commerce mondial est le fait de  20% des pays les plus riches.

Et c’est au nom de ces principes de libre échange dans l’avantage comparatif que se fonde la croyance dans les bienfaits de l’ouverture par la compétition des échanges pour stimuler la croissance et que furent passés les accords de Marrakech et l’OMC. Comment profiter d’échanges qui se font au sein d’un club restreint ? Comme tous les clubs il faut payer et accepter les règles du club ! Si voulez exporter il faut avoir une infrastructure identique à celle du club. Pour avoir cette infrastructure il faut ouvrir votre économie et exporter. C’est le « cercle carré ».

Que dire des politique économiques fondées sur la demande et surfant entre chômage et inflation jusqu’au jour où fut inventé la stagflation ou comme le dit avec esprit un économiste non anglo saxon le moteur qui chauffe à l’arrêt ! La réponse est dans le néo libéralisme qui se présente alors sous forme de véritables mots d’ordre : la lutte  contre l’inflation et non contre le chômage. L’inflation est un problème monétaire. Le marché est le garant des équilibres. Tous les facteurs de rigidité doivent être éliminés pour rétablir la flexibilité des prix sur les différents marchés. Les deux principaux facteurs de rigidité étant l’Etat et le travail. La mondialisation sera la chance donnée aux meilleurs.

 

 

 

 

 

 

 

Désormais les pays sont en lutte chez eux, entre eux et contre le monde.

Comme tout système économique est tiré par un modèle dominant celui vers lequel doit tendre la mondialisation sans pouvoir le remplacer est connu. Le modèle étant celui des Etats-Unis : fondé sur la démocratie, le libéralisme économique, la dérégulation, la technologie des communications, la biotechnologie, une monnaie acceptée partout car elle est la contrepartie d’un fort courant d’importation,  un fort taux de croissance, une productivité permettant la maîtrise de l’inflation, un faible taux de chômage.

Mais aussi des millions de personnes travaillant et vivant en dessous du seuil de pauvreté, la généralisation de l’emploi temporaire, un américain de 15 ans sur quatre est illettré, un  taux de mortalité infantile le plus élevé de l’occident, une population carcérale de plus de 2% de la population en âge de travailler prés de 12.000 morts par balles et par an.

 En 20 ans 1% des américains les plus riches ont augmenté de 157% leur revenus. Les 20% les plus pauvres ont perdu en 20 ans100 $. 17 % des 82 plus grandes entreprises sont totalement exonérées. Sept entreprises dont GM grâce aux techniques fiscales ont des créances sur l’Etat de plusieurs millions. Selon certaines statistiques officielles et Forbes, les déductions d’impôts s’élèveraient à 10 milliards de $ par an. En revanche, les contrôles fiscaux ont doublé pour les revenus inférieurs à 25.000$. ils diminuent de 25% pour ceux supérieurs à 100.000 $ an. Concrètement, cela veut dire une baisse de 26 % sur l’imposition du capital et une hausse de 13% des autres impôts sur le tout venant des citoyens. L’impôt sur le capital était de 27% des recettes fiscales il est tombé en 50 ans à moins de 10 %. Qui comble la différence ? C’est le deuxième job que font tous les américains.

La crise des entreprises par rapport à quoi. En faisant 73 % de bénéfices en 2000 et 73 % en moins en 2001 la GM engrange tout de même 800 millions de $ en 2001. En 1919 il y avait 800 constructeurs d’automobiles en 1929 il n’étaient plus que 40 En 1950 cinq, et en 1999, 2.5. Cela s’appelle la concentration et la restructuration du capitalisme.

 Le rêve américain  laisse…… rêveur et porte certains à dire que lorsqu’on est un pays en développement le libéralisme et la mondialisation sont le plus court chemin pour la majorité de la population à s’appauvrir, si elle ne l’est pas déjà. C’est en cela que l’économie politique en s’érigeant en science sombre alors dans l’idéologie car elle cherche à occulter les phénomènes de domination des pays riches et à réduire la coopération internationale à la protection des mécanismes de marché.

IV Dans ces conditions la question de droits de l’Homme devient le problème central du XXI éme siècle

L’état  de droit et les droits de l’homme commencent par le droit pour le citoyen d’avoir un Etat. A l’heure de la mondialisation et de la dérégulation cette évidence ne va pas de soi. L’on assiste partout dans le monde à des dérives qui bénéficient à des centres de pouvoir maffieux qui utilisent les paradis fiscaux, les outils de communication en temps réels et enfin les marchés financiers qui sont devenus de véritables pouvoirs supranationaux pour blanchir les capitaux d’origine criminels et investir le plus légalement du monde dans les pays qu’ils se proposent d’acheter. L’exemple russe est une illustration de «l’économie de l’ombre » et du principe selon lequel l’effacement de l’état donne lieu à des récupérations privées des pouvoirs de coercition qu’il abandonne.

 Le dilemme à résoudre est celui de mieux protéger les libertés individuelles contre les empiétements de l’état sans pour autant laisser les hommes livrés par la déréglementation du droit et des normes de travail au pouvoir de l’argent quelles que soient ses formes d’acquisitions. Sinon on livre le pays à « l’économie de casino » de la spéculation et les citoyens à la loi de la jungle. Les nouvelles formes de violence contre les droits de l’homme sont plus à craindre de l’effacement de l’état par la déréglementation mal maîtrisée.

 En un mot, les droits de l’homme, doivent inspirer une juste à appréciation de ses droits à un Etat qui le serve et le protège. Droits de l’homme, cohésion nationale et sociale, globalisation et dérives maffieuses  impliquent donc un Etat qui ne peut plus se satisfaire de son fonctionnement actuel et un droit international qui protège les droits de l’homme contre les multinationales devenus les acteurs principaux dont dépend la survie des hommes. Sans cette double protection la bonne gouvernance des   états revient à occulter les abus privés. A quand une ONG internationale contre les atteintes aux droits sociaux ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par z.fares - Publié dans : économie et politique - Ecrire un commentaire
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