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La réconciliation nationale, la charte et le référendum du 29 septembre :
 continuité et rupture.
 
Zahir Farès [1]
 
Le 25/08/05  
corrigé le 31/08/05
 
Le référendum du 29 septembre, en Algérie,  s’inscrit dans une perspective démocratique de rétablissement du dialogue et d’une consolidation de la participation du citoyen aux grandes décisions nationales et aux choix de société. Si le retard à rattraper est grand, il demeure que  la démarche vise à contribuer à l’enracinement de la démocratie et comme tel mérite réflexion de tout citoyen.
 
Le taux de participation du corps électoral et le pourcentage d’abstentions seront les points essentiels pouvant donner lieu à de nombreuses interprétations sur le sens de la réponse populaire. Sur l’essentiel aucune interprétation autre que la soif raisonnable de réconciliation nationale n’est possible.
 
Dans les rapports avec les citoyens qui l’ont élu, le référendum est à la fois, le moyen le plus efficace, pour  le Président de consacrer une relation démocratique exemplaire avec le peuple, et de renforcer et consolider la confiance dans un exécutif dégagé d’une situation où son pouvoir de décision pouvait être gêné par des contradictions internes. A l’inverse des élections législatives, tout référendum recherche un consensus fort et clair qui unit, alors que les élections démocratiques sont nécessairement partisanes, donc elles divisent.
 
Comment peut se définir l’enjeu du référendum dans cette perspective politique ? Stricto sensu c’est la recherche d’un consensus populaire pour la réinsertion dans la vie sociale de certaines personnes justiciables aux yeux de la loi, à l’exclusion de celles ayant commis, au nom  de leur adhésion à certains courants politiques, des crimes de sang ou autres.
 
Le référendum n’a pour but ni de légitimer une idéologie politique, ni de légaliser, a fortiori, un ou plusieurs courants qui s’en réclame. Aussi, la charte soumise décrit les axes de la réconciliation nationale. L’on peut dire que ce processus proposé s’inscrit dans un cadre qui repose sur un principe et deux conditions.
 
Le principe est celui du pardon au sens religieux du terme, c’est à dire d’une communauté et non d’un Pouvoir ( car celui ci dispose du pouvoir de grâce et d’amnistie)  porte témoignage de son pardon sur terre, étant admis que, dans l’au-delà, c’est la conscience de chacun qui témoignera.
 
Le pardon est le fait des communautés durablement établies, fortes, sûres d’elles-mêmes, c’est à dire de leur identité et des valeurs morales sur lesquelles elles se sont forgées. Seuls, selon le droit international, les crimes contre l’humanité sont imprescriptibles. Le pardon est, a contrario, dans la consécration du principe que ceux qui ont créé la discorde civile ne peuvent arriver à leurs fins, car le lien social ne peut être remis en cause. Pardonner pour recommencer n’a pas de sens politique.
 
C’est, donc, la reconnaissance de la nécessité du pardon comme garant du lien social lorsque celui ci a été fortement menacé. Le pardon est ainsi défini, a contrario. Il consacre implicitement la cohésion nationale autour d’un certain nombre de valeurs qui ne peuvent être contestées qu’au prix d’une discorde civile. Mais le pardon n’a pas de sens politique s’il n’est pas accompagné de certaines « règles de conduite ».
 
La société qui a été menacée dans pacte social lato sensu qui la fonde, va s’organiser, c’est à dire  se réformer pour qu’il n’y ait «plus jamais ça ». Il ne s’agit pas de réformes touchant uniquement l’Etat mais aussi et surtout la lutte par chaque citoyen de veiller à un comportement à la hauteur de cette responsabilité historique. Une main seule ne peut applaudir. La bonne gouvernance a pour conditions la gouvernabilité.
 
Les conditions, au sens politique, donc contingentes, visent à poser de façon globale le rejet catégorique de la violence comme moyen de prise du Pouvoir, d’une part et, d’autre part à accepter comme «règle de gouvernance» politique les valeurs fondamentales qui ont conduit à l’élaboration des chartes nationales, de la Constitution et lois fondamentales d’un pays démocratique. 
 
C’est aussi la nécessaire clôture, pour tous les acteurs de la vie politique, des débats « politiciens » sur le modèle de société. Il ne s’agit pas de façonner artificiellement une identité nationale ni de rechercher une quelconque nouvelle vérité essentielle, mais de la reconnaître dans ce qu’elle a de permanent, c’est à dire tout ce qu’elle a accepté et aussi tout ce qu’elle a rejeté.
 
Toute société humaine assoie son identité par un double mouvement. Un mouvement d’accueil et de maintien dans la continuité historique de valeurs qu’elle admet comme sienne. Un mouvement de rejet de ce qui devient pour elle, alors Etranger.
 
Ce double mouvement fonde l’identité et la vérité essentielle d’une société. L’identité est dans les valeurs qu’elle admet. La vérité essentielle est dans le partage qu’elle fait avec l’extérieur. « Tout au long de son histoire, ce vide creusé, cet espace blanc par lequel elle s’isole, la désigne tout autant que ces valeurs. »
 
Les luttes des hommes qui se déroulent en Algérie dans et pour le pouvoir sont régulées, en dernier ressort, par un impératif de durée de la Société algérienne. Cette régulation permet d’assurer la conservation et en même temps l’enrichissement de l’identité. C’est la finalité existentielle du pouvoir. Aussi, les idéologies et les motivations apparentes ou implicites des luttes politiques n’ont d’intérêt pour la Société que dans leur rapport à cet impératif. En d’autres termes, les choix politiques proposés par les différents acteurs ne peuvent être menés à bien s’ils aboutissent à dépasser la ligne de partage qui fonde l’identité nationale.
 
Etre, avant tout, au point de convergence de différentes approches, les contenir toutes sans se confondre avec elles et «par une main invisible » ne laisser aucune devenir la source exclusive de son inspiration, n’est-ce pas là ce qui fonde à la fois la logique, l’essence et la pérennité de tout pouvoir et qui, en définitive, garantit  la stabilité  du lien social ? C’est ce qui fait qu’un homme se sente non seulement citoyen, mais chez lui.
 
La conséquence implicite du référendum sur la réconciliation nationale,  est que le pouvoir n’est pas à faire tout au moins pour ceux qui rêvent de remettre en cause ses fondements! Car le système politique dans ses fonctions d’accueil et «de maintien des valeurs dans la continuité de l’Histoire » a assumé, sous des apparences chaotiques, sa mission, celle qui permet d’arbitrer dans ce double mouvement de consolidation de l’identité par l’enrichissement des valeurs et du  «partage » avec l’Extérieur.
 
Il en résulte bien, que le pouvoir sur l’essentiel de sa fonction, de sa logique de vie,  n’est plus à faire.
 
Au sens large le référendum s’inscrit dans une démarche positive vers la responsabilité citoyenne.  Car , la démocratie ne se décrète pas. Elle ne peut non plus être offerte par l’extérieur. Elle suppose en permanence un comportement fondé sur le droit de chacun à l’autonomie de sa pensée et de son jugement.
 
Le retard à rattraper est long et difficile pour deux raisons. Le poids des habitudes et de la langue de bois des idéologies et des conventions sociales trop rapidement acceptées est grand. D’autre part, les moyens modernes de communication ont des effets, bien souvent, contraires au but recherché celui de l’éducation à la responsabilité citoyenne. Car, le paradoxe de la « société audio visuelle » qui ne vise qu’à « choquer » par l’image entraîne trop souvent des effets pervers et plus on communique moins on informe, et alors la société faute d’être civique se croit plus moderne en devenant civile.
 
L’on aurait tord d’en conclure  à l’impossibilité d’alternance et que seul un courant politique a toujours monopolisé le pouvoir et s’est organisé pour le conserver ad aeternam. Il revient, à présent, aux formations politiques de donner à l’alternance son sens premier : une autre politique en vertu des valeurs reconnues explicitement par tous. Sans cela l’alternance devient rupture du lien social.
 
Aussi le débat ainsi  ouvert par le référendum du 29 septembre pour pouvoir utilement se poursuivre, devra éviter l’écueil d’une communication monopolisée par ceux qui pratiquent la  langue de bois mise au goût du jour et ne cherchent que leur maintien en le faisant coïncider avec les « valeurs fondamentales » et ceux qui utilisent, selon l’heureuse formule de Régis Debray,  la  «langue du vent », celle pour qui une réforme existe du moment qu’elle est médiatisée, celle de l’image sans mémoire ou d’une mémoire vive qui inscrit de nouvelles données, sans mémoire morte qui permet de les interpréter. Situation propice à toutes les contrebandes idéologiques.
 
L’occasion est offerte pour que la communication avec le citoyen fasse place au «parler vrai » auquel le Président Bouteflika a donné une impulsion remarquable. Car la mission principale des décennies à venir est la consolidation de la responsabilité citoyenne autonome qui est le garant essentielle de la pérennité des nations. Et il n’y a pas de nations autonomes sans citoyens autonomes et responsables.
 
Pour ce faire la parole responsable doit retrouver sa place dans un espace aux repères quelque temps estompés.
 
C’est dire que, pour le citoyen, faute de n’avoir  pas su  se faire entendre et comprendre en raison tant des filtres acoustiques qui s’interposent entre le pouvoir et lui même, que de son image virtuelle  recomposée par la statocratie et ses alliés en affaires, le référendum est le point de départ d’une communication « non parasitée » avec le pouvoir qui le représente.
M. Abdelazziz Bouteflika l’a efficacement rétablie, en ce qui le concerne. Il revient aux citoyens de savoir se comprendre. Le silence du pouvoir pendant 21 ans, celui des citoyens de l’autre, n’ont-ils pas été propices à toutes les interprétations et donc aux mésaventures politiques ? « Mais ceci est une autre histoire. »
 
 
 
 


[1] Economiste,  auteur de
 
Afrique et démocratie et Algérie le Bonheur ou son contraire L'harmattan
 
Tag(s) : #économie et politique

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