Qu'avons nous appris depuis vingt ans ?
Cinq facteurs principaux semblent caractériser la mondialisation et entraînent des conséquences sur le cadre social :
– le développement du commerce,
– les investissements directs étrangers,
– le rôle grandissant des marchés financiers,
– une production intégrée en réseau à l ’échelle planétaire,
– une concurrence des Etats pour attirer ces capitaux .
Ces cinq facteurs reposent sur la concurrence. Celle ci est à la fois économique (entre les produits et les industries), sociale (entre les coûts salariaux) et fiscale (par le niveau de protection sociale et de complexité de la législation du travail). Cette concurrence s’exerce au niveau des individus, des entreprises, des secteurs et des Etats.
Ces facteurs font que, théoriquement, les investissements et les emplois vont vers les pays à faible coût de main d ’œuvre (salaires et protection sociale) et les produits finis vers les marchés où les prix sont élevés d’une part; et que, patiquement; les systèmes économiques industriels et sociaux nationaux étatiques et privés sont remis en cause, d’autre part. L ’effort national de « compétitivité » est confronté au rééquilibrage des coûts sociaux et de la flexibilité des salaires et du Travail.
L’ensemble de ces facteurs ont, en définitive, un impact sur le définition du rôle et de la place des acteurs sociaux, au premier rang desquels figure l’Etat. Comme cela implique aussi une évolution du compromis social quant aux modalités de la protection sociale et des relations de travail. Enfin, les finalités du dialogue social sont elles aussi interpellées.
Les réflexions menées jusqu’ici sur les questions sociales en général et sur celles du Travail en particulier étaient exclusivement nationales. Le déplacement de l’approche au niveau global exige de distinguer ce qui est spécifique aux réalités nationales, des mouvements qui ont une portée plus générale.
Dans cette optique, il paraît utile d’évaluer les principaux effets que la mondialisation de l’économie a pu produire déjà dans certaines régions du monde. En particulier, l’intérêt devrait être accordé aux évolutions de l’emploi ainsi qu’aux questions posées à l’endroit des mécanismes juridiques, dont l’effectivité est conditionnée par les limites territoriales nationales et enfin, à l’égard de l’équilibre des pouvoirs qui est recherché entre les acteurs sociaux dans l’élaboration des règles juridiques.
Les études menées sur le sujet ([1]) montrent que la référence aux systèmes nationaux d’emploi et de relations professionnelles a commencé à être mise en cause dans sa signification traditionnelle par le processus d’internationalisation de l’économie :
- L’importance croissante des marchés internationaux de produits et de capitaux et leurs effets sur les rapports de travail érode le bien-fondé des politiques du travail, si bien que l’idée d’un système national de relations professionnelles est de plus en plus supplantée par celle de systèmes régionaux définis plus étroitement.
- La détermination des normes au niveau des branches et secteurs est contrariée par la tendance des négociations à être associées aux conditions propres à l’entreprise ou à l’établissement.
- Le déclin de la syndicalisation relativise du même coup le rôle de la négociation collective dans le système de relations professionnelles et favorise l’apparition de la nature non syndiquée de la relation de travail.
- La transformation dans la nature des marchés du travail favorise la conclusion de contrats de travail qui déterminent des conditions de travail moins stables et souvent sans sécurité.
- La transformation dans les systèmes et l’organisation du travail induisent un relâchement des liens spatiaux des travailleurs par rapport à leur lieu de travail impliquant ainsi un défi de taille pour les syndicats afin qu’ils puissent jouer de façon adéquate leur rôle de représentation mais aussi de recrutement de nouveaux membres.
- Les nouvelles technologies de production, associées à de nouveaux modèles organisationnels et à de nouvelles stratégies de gestion, posent quelques uns des défis les plus sérieux pour les syndicats.
- La mondialisation et les changements technologiques sont associés au déplacement dans l’espace de la production et du travail.
[1] Voir notamment « la mondialisation, le travail et les relations industrielles » in Relations Industrielles, 1998, vol.53, n°1.
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