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Vendredi 18 mai 2007 5 18 /05 /2007 05:50

 

 

L’économie de marché appelle une reconversion syndicale aux plans du comportement, de la stratégie des négociations salariales, (du droit à gérer l’emploi, ou négociations salariales pures), de sa contribution à la structuration d’un marché du travail transparent. Le changement rapide de l’environnement économique et social, l’émergence progressive d’une base privative des rapports de production dans un environnement de chômage et de compétition sociale pour le pouvoir d’influencer le arché sont les éléments les plus critiques qui imposent un comportement syndical refondé.

 

 

Des points de repères dans un environnement en changement rapide   

 ·        Quid du pouvoir de négociation syndical ?

 

 Comme toute organisation un syndicat a une fonction-objectif qui est, en principe, celle de ses membres.     En économie de marché les acteurs en présence(entreprises et syndicats) sont animés d’une volonté de détenir un «pouvoir de marché » leur permettant d’influencer le déroulement des échanges. Ce pouvoir de marché suppose une taille suffisante pour que les décisions prises par l’organisation aient un caractère stratégique, c’est à dire qu’elle soit « un interlocuteur valable », pour tous. C’est à dire les effectifs syndiqués et plus largement son audience.  En d’autres termes, l’entreprise recherche le pouvoir sur le marché par sa taille économique c’est à dire sa production. La taille du syndicat est dans les effectifs qu’il est à même de mobiliser pour influencer les deux décisions stratégiques de la vie économique, l’emploi et les  salaires.   Le pouvoir de négociation syndical en système centralisé  était institutionnel. La nouvelle organisation économique pose de façon critique la réalité sociale et économique de son pouvoir de négociation. En effet ce pouvoir est directement proportionnel aux facteurs suivants ; l’importance du chômage, l’hétérogénéité du marché du travail et l’apparition de formes spécifiques d’action hors syndicats (coordination et autres) ; Enfin, la précarité et la flexibilité sont autant d’éléments de discrimination d’intérêts et de préférences entre travailleurs entrant en conflit avec l’objectif de pouvoir de négociation syndical 

 

·        La définition de l’objectif de base d’un syndicat détermine son comportement.

 Plusieurs situations existent. Les choix qui sont faits influencent les stratégies de négociations.

 -         Compte tenu des expériences acquises, l’on peut admettre la définition qui considère un syndicat comme  « une institution politique qui opère dans un univers économique » Cette définition outre qu’elle reflète l’expérience vécue, conduit à relativiser les assertions des théories néo libérales sur les rigidités nées du syndicalisme. Elle fait du syndicat et de son comportement un acteur nécessaire de l’économie de marché, moins mystérieux que «le coup de la main invisible» qui rétablirait les équilibres sur le marché.

-         En tant qu’institution politique, le syndicat doit prendre en compte les intérêts de ses membres individuellement mais aussi de tous les travailleurs. En opérant dans un univers économique, il doit rechercher à renforcer sa taille pour acquérir un pouvoir de marché. C’est dire que le syndicat est confronté à un arbitrage permanent entre les intérêts individuels et collectifs de ses membres et sa recherche d’une taille à même de lui donner un pouvoir de marché, car l’intérêt collectif n’est pas la somme des intérêts individuels ou segmentaires.

-         L’on peut tirer une première conclusion. L’intérêt du syndicat est qu’il permet de retirer un bénéfice de l’action collective. Ce gain se mesure par la différence entre le salaire du marché et celui qui aura été négocié par le syndicat On peut raisonnablement dire que cette situation caractérise les cas de croissance économique des années 70 où l’intérêt individuel s’épanouit dans l’action collective et où le syndicat est doté du monopole de l’action sociale et participe à la gestion des entreprises dans le cadre d‘une loi qui lui confie l’exclusivité de la représentation syndical.

 -         Qu ‘en est-il de la situation de récession et de la mise en œuvre de l’économie de marché où le syndicat doit faire face, comme on l’a vu à un marché segmenté, à une déréglementation, à un fort taux de chômage, à un secteur informel ? D’un syndicat composé de membres aux intérêts relativement homogènes où la négociation salariale apporte le même gain à tous, on passe à celui dont la base devient hétérogène où l’impact de la négociation collective même pour un collectif homogène n’est pas le même pour tous. Les éléments de différenciation entre les travailleurs  tiennent aux probabilités plus ou moins fortes d’être chômeurs, aux indemnités qu’ils percevraient ou non, à leur chances de retrouver un emploi, à leur préférence d’un gain moins élevé mais immédiat, à leur perception de l’avenir. L’expression d’un  objectif devient alors plus difficile, d’autant plus que les dirigeants peuvent viser le renforcement de la taille de l’organisation, alors que les membres recherchent le traitement des questions au cas par cas.

 -         En effet, la complexité des situations fait que les décisions syndicales se prennent à la majorité ; ce qui nécessite qu’une seule question soit traitée à la fois. Les négociations sur cette question seront guidées, pour les dirigeants par la recherche d’une solution médiane. C’est à dire celle qui équilibre les préférences d’un collectif hétérogène, maintenant ainsi l’intérêt à l’action syndicale. Par exemple l’on pourrait analyser la question de la généralisation des contrats à durée déterminée telle qu’elle est  perçue par le collectif d’une entreprise à la lumière de cette approche. C’est à dire comment s’est exprimée la perception du risque et du gain immédiat pour le collectif. Lorsqu’il y eu vote la décision qui en a résulté fut bien médiane. La moitié préférait une indemnité, l’autre moitié préférait rester permanent et n’avoir pas de gains immédiats. L’exercice est plus difficile pour le syndicat dans ce contexte. En effet, la solution médiane ne fait pas apparaître l’avantage ou le gain individuel de l’action collective pour ceux qui aurait préféré la stabilité de l’emploi à l’indemnité .

 -         A cela s’ajoutent les conflits entre la direction syndicale et ses membres. Comme on l’a dit le syndicat opère dans un environnement économique. Il doit dans l’intérêt de ses membres rechercher un pouvoir de marché, c’est à dire une taille suffisante pour agir et peser de façon stratégique.

 Cet objectif est incompatible avec une composante hétérogène telle qu’elle résulte de l’économie de marché. L’effet de taille, pour un syndicat, c’est le développement de l’emploi et par conséquent la modération des revendications salariales.  Le pouvoir sur le marché est partagé, d’une part, entre la lutte contre le chômage qui limite la revendication salariale (objectif d’emploi et de taille),  l’impatience de la catégorie de travailleurs appartenant à la moitié supérieure à l’individu médian qui détermine l’issue des négociations et la stratégie de taille, d’autre part. C’est cela qui justifie l’apparition de syndicats autonomes ou  des coordinations.

 ·        Le pouvoir de négociation syndical n’est pas un fait acquis

Dans un contexte de chômage et de segmentation du marché la principale question pour un syndicat est bien celle de représentativité de crédibilité et en définitive de pouvoir sur le marché. On a vu les limites du monopole institutionnel face au caractère hétérogène des situations des travailleurs et aussi des influences politiques

 L’économie de marché dans un cadre mondialisé recherche  l’effacement des pouvoirs susceptibles d’influencer le marché autre que celui de l’entreprise multinationale ou contrôlée par elle directement ou par partenariat. Il en résulte un phénomène d’émiettement des pouvoirs des Etats, du travail dans son organisation(flexibilité et précarité) et des syndicats. L’émiettement est pérennisé par le chantage à l’investissement et à l’emploi.

 

 

 

 

 

 

 

-          « Que faire ? », est plus que jamais, depuis vingt ans la question centrale de tout mouvement  syndical. Faut-il privilégier l’objectif salaires et laisser l’emploi à la décision de l’investisseur et de l’entreprise ? Faut-il à la fois acquérir un poids décisif et peser sur les salaires et sur l’emploi ? C’est le dilemme auquel est confrontée le syndicalisme, depuis quelques années et pour longtemps. Des réponses qu’il apportera dépend son influence sur le marché du travail et de sa place dans les institutions dans un contexte de pluralisme démocratique.  

 

-          En vérité ce dilemme est aussi celui de l’Etat et de la Société. Le comportement syndical doit tenir compte, d’une part, des préférences de ses adhérents, de l’ensemble des travailleurs, de celle de la Société et enfin de l’Etat. D’autre part il doit intégrer dans son comportement les nouvelles logiques de pouvoirs des entreprises sur le marché. Tout retard dans les choix des objectifs, toute confusion démagogique entre intérêts immédiats contradictoires, et enfin toute erreur se traduisent en plus de perte de pouvoir sur le marché, donc sur l’emploi et les salaires, par une régression syndicale encore plus forte.

 -          Le débat est dans les capacités  du syndicalisme à allier l’action militante au professionnalisme s’il veut être un partenaire responsable et incontournable à même d’inscrire le dialogue social dans une perspective de développement humain. Un syndicat fort est à même d’assurer une correction des déséquilibres entre l’évolution des salaires et de l’emploi. Cela est d’autant nécessaire que l’Etat n’a plus la possibilité d’entraver le fonctionnement du marché. Cela ne signifie pas que le syndicalisme récupère une fonction de souveraineté, mais que sa faiblesse est l’occasion donnée à tous les intermédiaires de récupérer ses  fonctions de négociations  collectives pour en faire un fonds de commerce privé. La nouvelle économie du travail à une finalité économique asseoir la rentabilité, et une finalité sociale, réduire le pouvoir des deux autres acteurs, l’Etat et le mouvement syndical.

 

 

Par Zahir Farès - Publié dans : économie et politique - Ecrire un commentaire
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