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L'analyse qui suit se réfère à celle développée par Yoshihiko Ichida, Yann Moulier Boutang, qui me parait pertinente au regard de la réalité actuelle laquelle sous couvert de bonne gouvernance qui n'a d'autre objectif que de détourner l'analyse de la situation.


1. L'Empire, qui s'est manifesté avec la fin de la vraie guerre mondiale appelée guerre froide, ne présente plus de dehors, ni d'histoire : « Aucune frontière territoriale ne borne son règne. [...] l'Empire présente son pouvoir [...] comme un régime sans frontières temporelles, donc en ce sens hors de l'histoire ou à la fin de celle-ci. » [1] Il est le Monde et l'« éternel présent ».


Quelle que soit l'hégémonie dont les États-Unis font preuve actuellement sur la terre, l'Empire en son essence ne se caractérise par aucune détermination géographique ou temporelle. Notre monde, notre temps se définissent fondamentalement par un processus paradoxal où c'est une entité idéale et demeurant comme telle qui se matérialise.


2. C'est l' Esprit qui doit toujours recommencer son procès de matérialisation pour devenir Nature, pour se pourvoir de médiations déterminantes, cette souveraineté idéelle opère par des actes de production immédiate de modes de vie.

3. Toute conjoncture impériale n'existe donc que pour autant qu'elle offre une solution actualisée au problème du vide qui se creuse entre le niveau mondial et le niveau local, entre la généralité idéale et la singularité matérielle - finalement entre Empire et multitudes. La question est de savoir quelle forme revêt, parmi ses innombrables possibilités, la mise en œuvre d'une telle solution.

4 L'absence de centralité de l'Empire, par rapport au vieux schéma de l'impérialisme n'est pas un article de foi. C'est le résultat actuel d'une mutation du capitalisme qu'on ne prend pas assez au sérieux [2]. C'est l'effet terriblement déterminé de la financiarisation de l'économie impériale globalisée. C'est sur sa frontière orientale, le Japon, que l'Empire a construit un circuit financier qui révèle le mieux sa capacité de reporter indéfiniment l'échéance de sa dette, bien plus considérable que celle de tous les pays du Sud réunis.

La dévalorisation du dollar par rapport au Yen (on a envie de compléter la démonstration en y ajoutant la dévalorisation, actuelle, de ce même dollar par rapport aux monnaies européennes, puis à l'euro  ainsi que les créances chinoises détenues en bons du trésor américain, sans oublier le jeu sur le marché pétrolier) est un mécanisme de ponction de valeur.

5. Monnaie de réserve, puissance militaire, occasion pour les États-Unis, durant les années écoulées, d'accumuler à bon compte les équipements du nouveau pouvoir de la connaissance d'un côté, et de l'autre la capacité d'épargner des ménages et celle de dégager des excédents continuels de la balance commerciale et de la balance des paiements.

6. L'« empire américain » ne représente que l'une de ces formes, que les néoconservateurs des États-Unis sont désireux de mettre en œuvre. Ce à quoi nous assistons en Irak, ce n'est pas à la métamorphose ostensible d'un pays, les États-Unis, en Empire, mais à sa tentative de coup d'État en vue d'imposer une méthode de mise en forme de ce vide, et de ce modus operandi du « Monde parvenu à la fin de l'Histoire ».

7. Si l'Empire paraît maintenant porter le nom des USA, ce n'est pas parce que les autres pays ne sont pas encore impériaux, mais parce que les États-Unis constituent l'élément hégémonique dans l'état d'exception permanent qui caractérise l'Empire [3]. Alors que la « communauté internationale » veut s'en tenir au statu quo des États-Nations en dépit de sa réalité impériale déjà advenue, le gouvernement Bush a osé sauter dans le maelström où la guerre se mêle étroitement à la paix.

8. Mais y aurait-il une différence substantielle entre le centre et la supposée périphérie ? Pas vraiment quand on lit Joe Jeong Hwan qui récapitule vingt ans de luttes de classes dignes de la vielle Angleterre au « pays du matin calme », la Corée du Sud. On y voit que l'état d'exception n'est pas une réponse au terrorisme de quelques Ben Laden, mais qu'il est un mode de fonctionnement ordinaire dans un des fleurons des Nouveaux pays industrialisés. On y voit aussi l'échec d'un mouvement ouvrier et syndical pourtant très puissant, faute de jonction avec les multitudes du nouveau travail productif qui se définit lui-même comme étant un « non-class movement » et qui investit le territoire de la citoyenneté.


Certes le Monde est américanisé.

Nous sommes tous américains quand l'Empire se réduit à n'être que la projection, l'hypostase de la puissance des multitudes, la réaction toujours à la traîne de leur puissance inventive, de leur coopération. Si l'on peut parler de nouveau tigre en papier, c'est seulement en ce sens. Nous sommes aux marges de l'Amérique quand elle se met à ressembler à la « vieille Europe », celle d'une Nation et d'un État hégémonique, unilatéral comme la France au XVII° siècle, l'Angleterre au XIX°. A suivre


Tag(s) : #économie et politique

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