En tout état de cause, quelque soit l’appréciation portée sur l’efficacité de ces investissements, l’argent du pétrole s’est
transformé, notamment, en usines, en écoles, en hôpitaux. Que certains jugent ces projets « Pharaoniques », ils ne sauraient leur dénier la finalité économique dans laquelle ils se sont
inscrits.
Il est difficile d’ignorer les réalisations effectuées en moins d’une décennie. Les principaux secteurs d’activité
économique ont connu le « Big push » initial et ont été doté d’outils de réalisation. C’était aussi un système fondé sur des anticipations de revenus réalistes. De 1975 à 1985 les
importations sont passées de 5,5 milliards de dollars à 9 milliards de dollars et les exportations de 4,5 à 14 milliards de dollars, écart suffisant pour
envisager non seulement un endettement mais aussi son remboursement. Les causes des difficultés étaient dans la détérioration trop rapide et trop forte des prix du pétrole.
Que ces actions fussent menées par l’Etat peut sembler, à l’heure du libéralisme triomphant, un handicap. Il demeure que,
dans le monde des années soixante-dix, l’Algérie n’était pas plus « étatiste » que les pays industrialisés qui n’ont découvert les dénationalisations et les vertus de l’économie de
marché postkeynésienne, qu’avec le Président Reagan et Mme Thatcher, c’est-à-dire, dans les années quatre-vingts, après trois décennies de développement fondé sur l’interventionnisme.
Ainsi que cela fut souligné en 1978 : « Les résultats, pour inégaux qu’ils soient, sont là : des routes
relient entre elles les trente et une wilayas : Alger et Tamanrasset sont unis par la Transsaharienne ; écoles, instituts de technologie, dispensaires, usines ont surgi de terre ;
le barrage vert et le reboisement ont pris consistance ; la redistribution des terres, l’électrification, les villages socialistes, ont amélioré le sort des fellahs, la scolarisation massive
– fait moins paradoxal qu’il n’y paraît à première vue – a conduit à la fois à une meilleure arabisation et à une progression du français.
L’ingénierie du système et ses points d’ancrage étaient mis en place. Il importait de savoir si l’on avait les moyens de les
faire fonctionner rationnellement ? Cela suppose une volonté politique et une capacité d’anticipation des grands bouleversements dans les relations économiques internationales, ainsi qu’une
très grande faculté d’intégration des aspirations et des comportements d’une population influencée par le système ainsi crée.
Ce gigantesque appareil de production avait accéléré un mouvement, déjà fort élevé, vers les villes. Il avait aussi fait
émerger une classe ouvrière, une jeunesse scolarisée, qui réclamaient plus d’efficacité économique et de participation démocratique. Double action dont aucune ne pouvait réussir sans
l’autre.
L’on peut débattre, sans fin, sur la validité et la pertinence du schéma de développement adopté dans les années
soixante-dix et sur les raisons internes de déséquilibre. Mais à présent, il demeure acquis que ce système était un tout et qu’il supposait des interventions multiformes y compris sur le plan
international.
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