Tout exercice de prévision se doit d’éviter ce que l’on peut appeler « la prospective à reculons » qui ne fait que prévoir… le passé !
- Il faut, pour cela, éviter de privilégier dans l’année étudiée la cause des faits qui se sont produits plus tard, faussant ainsi l’appréciation de la situation économique et sociale que les acteurs sociaux avaient au moment où ils l’ont vécu. Le danger d’une telle approche est grand et conduit très souvent à des visions prospectives artificielles et injustes des faits.
- Le second écueil est celui qui consiste à faire une photographie froide de la réalité telle qu‘elle était au cours de l’année étudiée et se contente alors d’une énumération d’indicateurs statistiques sans commentaires.
- Le troisième est celui qui recherche, dans les faits économiques et sociaux, la confirmation ou la réfutation de certaines visions idéologiques.
Une approche objective s’appuie sur l’analyse de l’évolution de l’économie dans ses structures et dans le système qu’elle a adopté. Car, le défi à relever aujourd’hui, est celui de la complexité de notre économie. Il n’est d’ensemble économique et social que multidimensionnel. Le droit et les institutions, la technologie et la démographie, le type et la structure des entreprises, la distribution des revenus et patrimoines, l’Etat et le mode d’organisation du pouvoir politique, la culture et l’éducation, sont autant de questions sous jacentes à un développement humain et jouent toutes un rôle dans le fonctionnement et dans l’évolution d’une économie.
La complexité ne signifie ni l’inintelligibilité ni la recherche d’une cause unique. L’on admet que l’économie, consiste à discerner les éléments d’une situation ainsi que les rapports qui les relient.
Toute économie ne peut être isolée de son environnement et du milieu de propagation de ses actions. Répondre au « défi de la complexité », en forgeant des outils adéquats de compréhension et d’intelligibilité est à l’opposé de toute fatalité de situation.
Aucun ordre humain n’est ni « nécessaire » ni fatale. Il est le résultat temporaire d’un rapport de
force au sein d’une société Il résulte des institutions, des règles, des comportements, d’acteurs sociaux actifs, d’une structure aménagée par eux et à leur profit. Aussi, aucun fait économique
(grandeur, variable ou rapport) n’est indépendant de son milieu.
Il n’est, donc, pas interdit de comprendre même s’il est difficile de prédire.
Au siècle de l’informatique et des avancées de la science des systèmes cybernétiques, la science économique jusqu’ici prométhéenne, semble régresser et bégaye lorsqu’elle se présente comme une loi de la physique universelle. Les faits économiques et sociaux observés par l’économiste sont construits par lui et sont susceptibles de saisies et d’explications diverses. L’idée d ‘une « vérité » sans faille en économie est « un sous produit absurde d’un positivisme dépassé »[i].
La modernisation de notre économie est l’enjeu de l’avenir . Elle doit trouver un enrichissement dans l’analyse qui écarte tout « formatage » de notre société, dans une vision ou seraient diluées, tant l’unité et l’intégrité du peuple que son espace historique.
En effet, la modernisation n’est pas seulement une conséquence de la rationalisation des techniques de production et de l’organisation du travail et de sa transformation, mais encore, un processus qui transforme l’ensemble de la structure sociale. Finalement, au cours d’un tel processus, les sources de certitude de la société et de sa vie sont elles-mêmes transformées. Il n’y a plus de repères apparemment stables ; c’est l’anomie sociale encouragée par des attitudes de comportements de doute négatif et de scepticisme. Si le passage à la société industrielle a provoqué de véritables chocs au XIXéme siècle en Europe, les risques de la modernisation sont encore plus dangereux car non maîtrisés sur le plan national. L’accumulation capitalistique est liée aux risques sociaux collectifs.
Au vrai, « la mise à niveau »de nos entreprises implique-t-elle celle de la société. Mais si la première est technique et financière, la seconde est souvent invisible ou conçue comme indépendante ou imprédictible. Elle implique, de plus en plus, des risques graves pour l’humanité et, ceux-ci, ne sont pas techniques, uniquement, mais systématiques et systémiques.
Ces risques conduisent à poser le problème de notre modernisation industrielle dans le cadre de l’IDE et du choix des investissements privés et publics.
Ces dangers sont produits par le développement de la société industrielle. Ils sont nouveaux puisqu’ils sont sociaux, ont des effets sur toutes les couches sociales. La société post industrielle capitalistique exploite les dangers de tous ordres qu’elle déclenche, elle transforme le champ du dialogue social dans chaque pays et entre les nations, car il ne s’agit pas des seuls effets de l’action sur la nature mais des effets sociaux économiques et politiques de ces effets secondaires eux-mêmes.
Les conflits sociaux de répartition des richesses sont, progressivement, accompagnés par les effets induits des risques et dangers de la société post industrielle capitalistique. La mondialisation des capitaux crée de nouveaux risques dans la mesure où ils ne sont plus personnels et liés au courage et au goût du risque de la bourgeoisie, mais ils ont pour conséquence la destruction de la vie et des civilisations.
Relèvent ainsi des nouveaux risques de la société d’abondance : la faim de populations représentant plus de la moitié des habitants de la Terre, la suralimentation d’une minorité d’humains, l’endettement ; le dumping social et fiscal, le travail informel, le chômage ; les inégalités de tous ordres, l’individualisme, la vie affective, les structures de pouvoirs et d’influence, le politique et les formes de domination et de participation etc…
Le développement n’est ni la croissance ni le progrès auxquels le néo-libéralisme tend et voit dans l’accroissement quantitatif de la demande, l’innovation et l’investissement le moteur du développement. Livré à lui-même un tel développement est rarement sinon jamais harmonieux. Dans ces conditions, comment maintenir les équilibres et comment gérer les « cycles » ?
En second lieu, l’analyse fonctionnelle se poursuit au niveau du partage des fruits de la croissance. La répartition ne peut être examinée indépendamment de la production. Et des modes de répartition du produit réel disponible entre profits et salaires. Le dialogue social, les rapports entre les classes sociales sont, entre autres, les manifestations de ces deux éléments fondamentaux. La polarisation des formes des revenus qui en résulte est la disparition ou l’appauvrissement des classes moyennes.
Un troisième groupe central de préoccupations est celui lié aux besoins fondamentaux tels qu’ils se présentent dans l’économie actuelle d’un pays. L’idéal libéral d’accroître indéfiniment les revenus individuels et les patrimoines, est-il à même d’assurer le développement économique. La règle d’objectivité conduit à reconnaître que l’épanouissement humain dans ses dimensions matérielles culturelles et spirituelles, est déterminant dans le développement de la société. C’est d’ailleurs la structure même de notre société qui nous y contraint.
à moins de changements profonds dans le monde, il n’est pas de jour sans qu’un pays ne fasse l’objet d’études sur son développement et sur les indicateurs humains et ne soit « classé » selon « les risques pays », sa « bonne gouvernance » etc…
Face aux problèmes de survie des nations, l’Algérie a pu maintenir l’essentiel de son socle social nonobstant l’emprise du néo-libéralisme, en s’accordant un droit prudent d’inventaire.
Le rythme des réformes est peut être lent, pour certains, mais, cela a permis de faire progresser, autant que faire se peut et ensemble, tous les citoyens.
Dans ces conditions, un intérêt croissant est porté à une évaluation des actions à leur impact sur des structures dont l’évolution est le résultat d’un très long processus. Par exemple, à quelles actions et quels opérateurs peut-on imputer l’amélioration de la longévité constatée ?
Il faut savoir raison garder et éviter d’imputer aux mesures prises en cours d’année l’amélioration des indicateurs de développement humain.Le développement humain porte sur des faits non conjoncturels et leur état, pour une année, est le résultat des actions antérieures. Les mesures prises aujourd’hui tracent les contours de l’avenir. C’est là le sens de la multidimensionnalité du développement humain.
Aucune des composantes de l’IDH et des autres indicateurs n’est conjoncturelle. Leurs mouvements sont ceux qui relèvent des cycles moyens et longs de l’Histoire. Avoir contribué à le faire comprendre est à inscrire à l’actif de cet exercice.
L’évaluation doit tenir compte des « effets retards et ou boomerangs » que peut avoir toute décision en matière de développement humain. Enfin, c’est une évaluation qui exige que chaque secteur replace son action dans le cadre d‘indicateurs universels et donne un sens et une finalité autres que bureaucratique ou politicienne aux dotations budgétaires et à leur consommation
[i] what went wrong with economic ? k.e BOULDING the american economist 1986 voir l’excellente bibliographie de H ; Bartoli p 179 op cité
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