L'expression démocratique et l'effacement, apparent, des zones d'influence des deux super‑puissances ont fait renaître des revendications touchant l'appartenance à une communauté c'est‑à‑dire ; la revendication nationale ou le rattachement à un groupe naturel et historique que le découpage issu de la conférence de Yalta avait longtemps étouffé. La compétition idéologique avait marginalisé, provisoirement, les clivages internes. Le débat État‑nation et les conflits qu'il provoque dans tous les continents, reprend de la vigueur. Mais la particularité de ces conflits n'est plus d'opposer des pays mais des groupes humains dans les pays. Les luttes internes trouvant des sympathies à l'extérieur, les pays concernés entament, alors, les processus de recomposition. La désarticulation de la zone soviétique, sur laquelle chacun se concentre, est aussi celle de la recomposition du monde et, peut‑être, cela prépare‑t‑il la (re) naissance d'empires.
Vivre comme nation, dans cette seconde moitié du vingtième siècle devient, donc, une aventure. Jusqu'ici, la survie, c'est‑à‑dire le maintien du consensus sur des valeurs communes et admises par un peuple, dans un territoire donné et accepté, volontairement ou non par toutes les communautés, était, bien souvent, dans l'adhésion à une zone d'influence. On était une nation libre ou un État socialiste.
Que d'États ont eu droit à leur déclaration d'indépendance dans ce contexte ? Combien de peuples se sont vus refuser le droit à l'existence autonome et ont dû combattre pour leur liberté.
A présent, tous sont menacés d'un mal identique dans son essence. Il est difficile de nier que les risques de dilution des entités nationales, qu'elles soient artificielles ou réelles, est plus grand.
Cette désarticulation des consensus, par suite de l'effondrement d'un monde bipolaire, ne menace pas seulement les pays de l'ex bloc‑socialiste ou ceux du tiers-monde mais aussi les pays industrialisés.
Dans ce cas précis, les phénomènes de marginalisation des minorités ethniques, les mécanismes d'exclusion des jeunes, sont tout aussi significatifs d'une recherche d'un autre consensus _qui, à défaut d'être trouvé, est porteur de ruptures envers un Etat dont la logique, totalement tendu dans la lutte estouest, n'est pas encore à même de prendre en charge les intérêts de ces groupes sociaux. Difficile de voir dans toute crise une manipulation communiste ou à l'est la main de l'impérialisme. Des hommes et des femmes marginalisés, nan par la crise, mais par le fonctionnement d'économies de plus en plus productives, ne ressentent que de façon épisodique leur appartenance à un ensemble. L'attente du « Grand soir » n'avait‑elle pas, au moins, l'avantage de l'espoir en des jours meilleurs ?
Les « Restos du cœur » en France, les manifestations des noirs américains à Los Angeles, le succès électoral de Berlusconi allié aux post‑fascistes en Italie, notamment, sont les sanctions d'une situation où les mécanismes de l'État/nation sont défaillants dans l'expression d'une solidarité corollaire d'une vie en communauté. L'exclusion et la marginalisation sont devenues des concepts centraux de la science économique qui s'intéresse, enfin, à la pauvreté des nations.
Marginalisation des pays du tiers-monde, qui sont rejoints par ceux de l'ex‑empire soviétique, marginalisation de communautés entières dans les pays riches, font que les hommes recherchent de nouvelles solidarités qui, dans bien des cas, passent par la contestation de l'État‑nation.
L'expression démocratique devient alors le moyen de remise en cause des entités nationales, par l'expression de nouvelles aspirations que la « Volonté générale » n'arrive pas à représenter. Car parfois ce fut au nom de cette même volonté générale, qu'elle prenne le nom « de loi de la majorité », ou « de dictature du prolétariat », que les minorités ont été brimées et exclues.
Jamais, dans l'histoire des nations, les problèmes des bases du consensus de vie commune n'ont été posés de manière aussi tendue à travers le monde.
Les réponses apportées en vue de faire admettre les principes universels des droits de l'homme ont montré les limites de cette démarche, (similaire à la théorie de la Volonté générale) face aux problèmes de l'exclusion et de la marginalisation de peuples entiers (droit au développement) d'une part, et de communautés au sein des nations (chômage, sans abris, jeunes, peuples autochtones), d'autre part.
La déclaration des Nations unies du 18 décembre 1992, sur les droits des minorités autochtones, la conférence de Vienne de Juin 1993 posent, incontestablement, en de nouveaux termes, le problème des références des Etats nations. La chute du mur de Berlin a entraîné la mise en évidence d'autres murs que celui-ci dissimulait.
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