. Le poids du sol
Par sa superficie, 2,5 millions de km2, l'Algérie est l'un des deux plus vastes pays du continent africain. Son relief lui donne le caractère original de point de contact et de référence entre deux mondes celui du bassin méditerranéen d'une part et, d'autre part, celui de l'Afrique. Ainsi, de tout temps, l'homme en Algérie, a été influencé par le climat et la nature, dans ses échanges avec d'autres peuples ayant en commun avec lui les mêmes contraintes.
La profondeur des espaces dans lesquels il évolue, la dureté des conditions physiques et leur imprévisibilité donnent à ce besoin d'échanges un caractère secret qui tranche avec les us et coutumes des peuples commerçants. Acheminer de l'or sur de telles distances, en assurer la sécurité pendant son transit, le négocier à des milliers de kilomètres de son point de départ, devait impliquer de solides réseaux et un sens du secret.
La terre, l'eau, la mer et leur exploitation, ont toujours déterminé les formes d'expression extérieures et les relations avec le monde.
Une diversité naturelle
L'Algérie apparaît comme un ensemble de hautes terres, d'une altitude moyenne de 900 mètres, de relief tourmenté et heurté présentant une grande diversité régionale.
Elle possède une façade maritime au nord de près de 1200 km. Elle est fermée à l'est et à l'ouest par les reliefs littoraux de l'Atlas Tellien. De petites plaines coincées entre la mer et les reliefs telliens sont les régions désirées sous le nom de « Tell ». Ce sont les plaines de la Mitidja, d'Annaba, de Skikda à l'est; la Plaine d'Oran et celles de la Macta à l'ouest.
Les hautes plaines, complètement isolées de la mer, par les massifs de l'Atlas tellien et, au Sud, par l'Atlas saharien, constituent un ensemble original. Cette région comprend : les hautes plaines constantinoises à l'est (l 000 m) ; à l'ouest, entre l'Atlas saharien et les retombées de l'Atlas tellien, les hautes plaines oranaises ; au centre, la cuvette du Hodna. Au sud des hautes plaines, cette même cuvette du Hodna sépare en deux parties l'Atlas saharien. Au-delà des chaînes des Qçours, du Djebel Amour, des Aurès, s'étend le Sahara.
Les frontières de l'Algérie la mettent en contact avec sept pays. A l'ouest et au sud‑ouest, le Maroc, la Mauritanie et le Sahara occidental, au sud, le Mali et le Niger; à l'est et au sud‑est, la Tunisie et la Libye. Les frontières avec chaque groupe de pays représentent une longueur moyenne de 1500 kilomètres.
Le climat de l'Algérie se caractérise, aussi, par le contact de deux systèmes climatiques : celui de la zone tempérée méditerranéenne et celui des zones tropicales. De ce contact résulte le conflit entre sécheresse et humidité influençant le régime des vents, de la température, de la pluviométrie et de l'hydrographie.
En été, entre la Méditerranée relativement fraîche et le Sahara brûlant, siège des basses pressions, soufflent des vents du nord-est rafraîchissant les zones côtières sans toutefois apporter la pluie. En hiver, il y a passage de perturbations accompagnées de vents d'ouest, venus de l'Atlantique, et des pluies sur tout ou partie du pays.
Le passage de dépression sur la Méditerranée provoquent parfois des vents soufflant du Sahara vers le nord. Le « sirocco » qui s'installe alors accentue la sécheresse.
Les températures qui augmentent théoriquement du nord au sud subissent les influences du relief, de la mer, et de l'exposition au vent dominant.
Cela entraîne deux régimes de pluviométrie ; l'un recevant 300 mm de pluie et plus (régions côtières, approximativement) ; l'autre recevant moins de 250 mm (Sahara et hautes plaines algéro‑oranaises). Selon les saison,, la répartition des pluies est inégale. Car si elles semblent relativement importantes, l'évaporation en distrait une masse énorme évaluée à près de trois milliards de M3. Aux pertes dues à l'évaporation s'ajoutent celles du ruissellement diminuant la quantité d'eau qui s'infiltre et aggravant l'érosion du sol et son appauvrissement en limon fertile. En 1979 une étude des services de l'hydraulique estimait que sept milliards de m3 d'eau disparaissaient chaque année dans la mer.
Fernand Braudel a su insister sur la constance du problème de l'eau en Méditerranée et l'Algérie en offre un exemple très significatif. Outre la rareté de l'eau,*** la répartition des pluies est inégale.
Rareté relative si 1’on exclut l'immense nappe albienne, évaluée à plusieurs milliers de milliards de m3 d'eau et dont les études pour l'exploitation sont en permanence mises à jour depuis 1967, sans résultats concrets.
Enfin, du point de vue agricole, la valeur d'une année n'est pas directement proportionnelle à la quantité d'eau tombée. Une année humide peut être catastrophique si la pluie commence trop tard pour les labours ou si elle s'arrête trop tôt ou enfin si elle se prolonge. Le régime irrégulier des pluies, les retards enregistrés dans la valorisation des ressources en eau, notamment dans les infrastructures de mobilisation sont cause de relations tendues entre l'homme et la nature en Algérie.
Cette nature lui offrait bien la possibilité d'être un carrefour d'échanges qu'il a su exploiter par ses caravanes et par ses corsaires. La conquête coloniale est venue mettre un terme à cette double influence de la mer Méditerranée et du désert ; cette influence dont l'homme avait su tirer profit et que les historiens arabes du XIVème siècle avaient déjà noté : « C'est en novembre après la cueillette des dattes que s'anime l'océan des sables, que s'ébranlent les grandes caravanes du Sud Oranais, lorsque les ardeurs solaires s'éteignent, mais au moment où l'hivernage vide, précisément, la mer. Et le printemps qui marque la reprise des activités nautiques méditerranéennes, avec la fin de la mauvaise saison et le renouveau de la végétation, est au contraire au désert le début du grand engourdissement estival.[1]» Ainsi, la nature fait balancer les activités économiques de l'Afrique à la Méditerranée, comme si elle voulait faire battre à l'unisson deux mondes qui auraient pu s'ignorer. Rythme dont l'écho est assourdi dans l'Algérie moderne mais que les bouleversements récents en Afrique semble réanimer.
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