Le pouvoir d’Etat s’est rapidement affirmé non seulement dans le champ économique mais aussi dans le champ social
et politique. C’est ainsi que le Parti Etat a socialisé les besoins de la société et a estompé momentanément les expressions politiques différenciées.
L’Etat était censé agir au nom de Tous et pour l’avantage de Tous. Il disposait des moyens de production et du pouvoir de les organiser en fonction des finalités qu’il se fixait. La société qui
en résulta s’est caractérisée par la concentration des pouvoirs économiques et politiques entre les mains des représentants de l’Etat que sont ses agents. Mais, en revanche, la contradiction du
Tout que représente l’Etat et des parties, de l’intérêt général et de l’intérêt individuel, du Public et du Privé, née du développement du niveau matériel et culturel, n’a cessé de se développer
, de s'approfondir.
La restauration de l’Etat Nation en Algérie s’est effectuée dans un contexte de conflits et d’erreurs d’interprétation sur le sens et les fonctions de l’Etat. Les conflits ont revêtu un caractère violent à deux périodes historiques ; celle de la contestation de l’Etat colonial et celle de la contestation de l’Etat né de la lutte de libération et ayant pris en charge le développement national.
Les erreurs d’interprétations quant à elles, sont à l’origine du blocage politique du dialogue par le fait que la classe politique a perçu la libéralisation, principalement, comme une opportunité de substitution à l’ancien parti d’un nouveau parti unique.
En conséquence, les réformes fragmentaires engagées au cours des deux dernières décennies (1980-2000) ont été décidées dans un contexte apparent de remise en cause d’un Pouvoir et plus largement de recherche d’un nouveau consensus politico-social. L’événement l’emporte alors sur l’histoire faute de prendre en compte deux facteurs essentiels qui déterminent la nature et les fonctions de l’Etat : l’espace dans lequel vivent les citoyens et le temps qui appelle des capacités d’anticipation.
C’est en cela que l’expression «d’effondrement programmé » de l’Etat prend son sens historique et spatial et situe les principaux effets de la crise nationale et de l’Etat pendant cette période.
Trois grands moments ont influencé la société algérienne actuelle. Chacun de ces moments a fait l’objet de textes politiques et constitutionnels.
Il s’agit du moment de la lutte de libération dont les effets directs se sont étendus de 1954 à 1965.
Il y a ensuite celui de «l’œuvre de consolidation de l’Etat…restée inachevée » de 1965 à 1980 selon l’expression de Mr Bouteflika Président de la République.
Ce fut enfin le moment de la transition problématique vers une nouvelle société civile de 1980 à 1999
Les deux premiers moments ont été caractérisés par «la restauration de l’Etat algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques » tel que posé par la déclaration du 1er novembre 1954.
Cette restauration fit l’objet du premier acte international de reconnaissance de la souveraineté consigné dans les conclusions des pourparlers d’Evian en 1962. Plus particulièrement la seconde phase (1965/1980) a eu pour finalité principale de développer des infrastructures économiques et sociales pour faire face aux besoins de la population et en même temps résister au système économique international.
Le développement social recherché devait configurer les structures économiques en cohérence et en harmonie avec les besoins sociaux fondamentaux de la population.
Ces préoccupations ont été formulées à la lumière de considérations historiques et de nécessités socio-économiques à travers les différentes plateformes qui ont régi et servi d'assise à la société, depuis la Déclaration du 1er novembre 1954, jusqu’aux différentes chartes : entre autres la Charte de la Soummam (1956), la Charte de Tripoli (1962), la Charte d’Alger (1964) , la Charte Nationale (1976) et y compris la loi fondamentale de la Nation : la Constitution, dans ses versions successives.
L’évolution enregistrée a été d'autant plus rapide que les conditions socio-économiques de base de la population, au moment de l’indépendance, étaient caractérisées par une pauvreté extrême et un chômage endémique pour une population réduite, dans sa grande majorité, à des conditions de vie infra humaines.
Les systèmes de dépendance et de relation de pays colonisateur à colonie, ont conduit à plusieurs types de phénomènes :
- une configuration de l’espace national qui obéissait à des règles de valorisation et d’exploitation, par et au profit de la puissance coloniale, des ressources locales,
- une ponction systématique de tout ce qui avait une valeur marchande avec un développement à grande échelle des cultures spéculatives,
- un refoulement de la population sur les piémonts et les zones de montagnes, pour libérer l’espace nécessaire à l’expansion de l’agriculture, en ayant préalablement introduit le concept de propriété privée.
L’exclusion de la population nationale et l’inégal accès aux moyens existants, fondaient des inégalités aussi fortes que structurelles.
Ces différentes évolutions ont suscité un retard structurel en ce qui concerne la couverture des besoins humains de première nécessité. Au moment de l’indépendance, l’écart entre les normes minimales de besoins et les conditions matérielles réelles de vie de la population était considérable, et de surcroît entraîné dans une dynamique d’aggravation.
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