4. Investir dans la modernité
De telles contraintes impliquent, par conséquent, d'investir dans la modernité donc; dans les hommes, dans les infrastructures matérielles et immatérielles ; facteurs essentiels à la création de richesses modernes.
Il ne s'agit pas de faire ce que les prédécesseurs n'ont pas, ou mal fait. Il faut comprendre que la dernière heure pour accéder à la modernité a sonné ; et pour cette raison, se doter des outils susceptibles d'assurer les conditions de valorisation de ces potentialités. Il faut résoudre les problèmes du passé et en outre se doter des moyens nécessaires pour faire face à ceux des prochaines années.
5. Comme il y a dorénavant une nouvelle économie politique du développement, à laquelle se réfèrent les programmes d'ajustement structurel, il y aussi une nouvelle approche du pouvoir, de son rôle et de ses modalités d'interventions.
6. L'étape actuelle doit pouvoir créer les conditions d'un État de droit. Mais qu'en est‑il dans la réalité ?
Les pouvoirs successifs se sont coulés dans les moules existants, sans chercher à en évaluer l'efficacité ni par conséquent, leur adaptation à la nouvelle situation. Cas certain où la forme peut déterminer le contenu et son résultat. Pendant près de trente ans les structures de l'État n'ont pas changé. Les restructurations qui ont pu intervenir ont porté beaucoup plus sur une déconcentration des administrations issues de la période coloniale, que sur une vision économique sociale et politique des missions et structures de l’Etat.
Lorsque la décentralisation fut entreprise au niveau territorial, elle a consisté à multiplier les découpages administratifs, plutôt qu'à concevoir des principes d'organisation en fonction des objectifs de prise en charge responsables de la vie locale par les citoyens.
De même, la décentralisation économique a consisté à remettre aux entreprises et à des Fonds de participation, les pouvoirs des ministères. Ainsi en est‑il de la libéralisation financière dont la responsabilité incombe aux banques mais qui sont elles‑mêmes des banques de l'État.
Il est souhaitable de se défaire d'un comportement volontariste et de prendre la mesure des actions qui déterminent la pérennité de l'État.
7. Dans ce contexte, le premier facteur qui doit être conforté est celui de la stabilité des institutions. La nation ne saurait survivre sans un minimum de continuité dans l'action et dans les structures de l'État. Les décennies écoulées, malgré une gestion monopolisée par un seul parti, ont vu s'instaurer une pratique de restructuration dont le seul effet était l'instabilité et un fort turn‑over des cadres. Qu'en sera‑t‑il avec l'alternance ? Car, chaque parti politique sera élu sur un programme et sa finalité est l'accession au pouvoir.
Un minimum de consensus doit exister entre les organisations politiques et sociales pour éviter qu'à chaque crise 1’on revienne sur ce qui a été fait. Il y va du crédit du pays au moment où il a besoin de rassurer ses partenaires.
L'enjeu, pour la classe politique actuelle, est donc bien l'accession aux postes de commandes dans des conditions qui ne doivent pas aller à l'encontre de l'intérêt général donc des valeurs fondamentales invariantes de l'organisation sociale existante.
8. Dans ces conditions, la construction d'un État de droit, notion éminemment moderne, doit pouvoir redonner à cette organisation sociale la possibilité d'insuffler ses valeurs et sa morale.
Construire un État de droit qui bénéficie d'une légitimité ainsi entendue, implique que l'on évite toute précipitation et toute reproduction mécanique de schémas importés. Cela nécessite une action cohérente d'éducation de base, car les meilleurs garants de la stabilité sont l'école et la famille ; c'est‑à‑dire, une école où le père, reconnaissant les valeurs qu'on y enseigne auxquelles il est attaché, peut espérer un avenir meilleur pour ses enfants.
9. L'État ne doit pas être l'otage des partis politiques ni des groupes d'intérêts modernes ou traditionnels. Le second mal, qui menace l'idée même de construction de l'État, est le principe du clientélisme qui transforme, ce qui devait être au service du public, en une fonction privée. Le secteur public est le plus gros employeur institutionnel. Il représente plus de la moitié des emplois non agricoles. Le risque demeure qu'il soit conçu comme un élargissement de ce principe jusqu'aux limites recouvrant la clientèle des partis politiques, et que l'État devienne celui des partis ou encore pire, qu'il soit, une nouvelle fois, celui du parti majoritaire et de ses alliés.
10. Une telle démarche, appuyée par le nouveau contrat social qui a fondé l'étape de transition, est une nécessité vitale si l'on veut avoir une fonction publique indépendante à l'abri des fluctuations, des alternances politiques et qui, par voie de conséquence, serait impartiale.
Cette condition est nécessaire à tout État qui ne souhaite pas devenir le jouet des groupes influents dont le pouvoir politique a besoin. Cette relative séparation entre pouvoir et administration peut se faire si l'on prive définitivement l'État de la gestion d'affaires et s'il n'est plus le grand « souverain commerçant » qu'il était jusqu'ici. Si les hommes politiques cessent de voir dans la gestion d'un département ministériel l'essence du pouvoir, alors la bureaucratie ne trouvera pas d'appui à son extension.
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