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Communauté : Economie et développement
Mardi 28 août 2007 2 28 /08 /2007 10:00

Du choc entre les deux civilisations, résulte un blocage de la société dite traditionnelle et une stagnation économique et sociale " aggravée par le bouleversement des rapports entre l'homme et la terre qui alimenteront sans cesse l'imaginaire et le discours nationaliste.

 

Le groupe n'ayant plus qu'une seule préoccupation, subsister, il tombe alors dans l'ignorance, et la tradition devient mystificatrice. La nature devient un monde mystérieux qui échappe à l'action de l'homme. Dépourvu d'engrais, de capitaux, sur une terre exiguë, « que peut‑il faire d'autre que d'attendre, impuissant, des événements sur lesquels il n'a aucun contrôle ? Il est entièrement entre les mains de la nature qui n'est aucunement maîtrisée par l'homme. »" De là naître le cliché du fatalisme. De là, naîtra cette volonté affirmée des dirigeants de tenter une révolution agraire destinée principalement à briser cette attente, mais qui, en raison de la perte du sens de la propriété, s'est subtilement muée pour s'en remettre à l'intervention de l'État.

Mais, plus gravement, cela fera naître une sorte d'adoration des « traditions » dites populaires et du folklore qui ne sont en vérité que le repliement négatif d'une société face à une autre civilisation. Ce refus est en même temps oubli des valeurs plus anciennes lié, comme il sera étudié ci-dessous, à la vie citadine.

 

Alors, selon Franz Fanon : « Le groupe agressé se referme sur lui-même, sur sa tradition, pour préserver sa culture son unité. Le colonisé est devenu ce qu'il est par hostilité au colonisateur. Le colonisé fige la structure consciemment pour opposer un bloc monolithique au colonisateur. Tout son comportement sera refus. Il dira toujours non. » Car il prend conscience de son exclusion et le refus devient, alors, sa mémoire historique. Traumatisme dont les effets sur la classe politique après l'indépendance, faute d'avoir maintenu l'effort d'interprétation de ce refus, sont principalement le populisme politique et ses différentes variantes à gauche et à droite et le culte du folklore pour la danse et la musique.

 

Le refus, c'est aussi celui de la langue et de la collaboration avec l'administration. Des institutions locales continuent à jouer leur rôle jusqu'au moment où la colonisation, comprenant leur utilité politique décidera d'en faire des relais de transmission sous son autorité. C'est ce que l'on appellera, dès 1911, dans les rapports de l'administration coloniale, les « Béni‑oui‑oui qui obéissent au doigt et à l’œil au préfet ou au commissaire du gouvernement chargé de donner le signal des applaudissements et de leur indiquer, avec son coupe papier, le moment où ils doivent lever la main pour approuver la motion revêtue de l'estampille du gouvernement. » (Cité par Charles André Julien « l’Afrique du nord en marche p105)

Le nationalisme a voulu positiver ces refus par la lutte, mais les luttes pour le pouvoir au lieu de poursuivre cet effort, l'ont utilisé démagogiquement. Aussi, pendant longtemps encore, il faudra sans cesse affronter le refus pour retrouver la mémoire.

Le refus colonial a capturé la mémoire et la « décolonisation de l'Histoire »implique la recherche sur l’interprétation de ce refus et de ses effets actuels

 

Par Zahir Fares - Publié dans : reflexions - Ecrire un commentaire
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