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Le seul choix laissé à la société colonisée, ainsi atomisée et déracinée, est celui de s'insérer dans les espaces réservés par les nouvelles structures, après s'être elle-même déstructurée.

 

Le colonisé ne doit plus répondre seulement au chef traditionnel, mais au garde‑champêtre, au gendarme, au maire, à l'administrateur. Il sera soumis à un régime juridique particulier, le code de l'indigénat (1881), qui fait de ce même administrateur l'autorité, administrative et pénale, en premier et dernier ressort, pour tous ses actes. Des autorisations de sortie du douar furent même imposées.

 

Il ne s'agit pas de rapports entre vainqueurs et vaincus, mais de travailler et de vivre pour l'autre société et de se plier aux exigences et aux valeurs dominantes. La système des valeurs, les hiérarchies du colonisé et tout ce qui constituait l'équilibre social sont remis en cause par l'autre civilisation.

 

Pour travailler et vivre, il faut aussi apprendre la langue du colonisateur. La culture et la langue du colonisé sont alors repoussées entraînant, sans aucune possibilité « d'exception culturelle », un divorce. Divorce dans l'utilisation des langues, divorce entre les élites qui apprennent et parlent cette langue et ceux qui n'y ont pas accès. Le divorce n'est donc pas l'aboutissement historique du système : il est à son origine.

 

L'on voit ainsi que le système colonial n'est pas seulement économique. Les bouleversements économiques au contact de nouvelles techniques remettent en cause la civilisation du colonisé dans tous les domaines.

 

Aussi bien, cette présence étrangère entraîne‑t‑elle, par voie de conséquence, un mouvement de réaction. Ce mouvement se produit à différents niveaux qui se concrétisent tant par une résistance, parfois armée, que par une négation ou une volonté de ne pas s'assimiler pour mieux se préserver. Organisée ou diffuse la résistance est donc présente.

 

C'est ainsi qu'il faut interpréter les révoltes ou insurrections sporadiques qui se produisent de temps à autre, entre 1847 et 1871. Le refus de l'autorité étrangère est le fondement de ces mouvements qui ne s'inscrivent pas encore dans une contestation d'ensemble. Il s'agit, pour l'instant, de mouvements parfois très limités, mais dont la somme donnera un élan à l'idéologie nationaliste. Le sentiment d'exclusion fait naître un refus de l'autre société espérant qu'une nouvelle société y mettra fin. L'exclusion est ainsi conscience d'un destin commun, qui devient, alors, de plus en plus sensible. L'exclusion est la caractéristique du colonisé. La refuser c'est rejeter les rapports fondés sur l'exploitation coloniale. En voulant unifier sa domination, le système colonial a montré à ces résistances que leurs succès dépendaient d'une vision unifiée et globale. C'est ainsi que s'opère le retour involontaire à l'idée même de nation que le système tentait, pourtant, d'évacuer. Mais avant, il fallait parcourir les différents fronts du refus.

Tag(s) : #Algérie

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