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Mes différentes lectures concernant les pays en développement m'ont conduit, tout naturellement, à m'interroger sur les trois questions suivantes l'inflation, le chomâge et les inégalités. Loin de moi l'idée de donner toutes les réponses mais j'ai cru bon de réunir ici une synthése des idées émises par des experts. J'ai prviligié les idées qui se préoccupent de la finalité sociale des politiques présentées comme vérité scientifique

 

 

"Sous l’influence des idées de Milton Friedman, relayé par les institutions internationales, de façon générale, l'Etat s’est vu retirer un pouvoir régalien celui du contrôle de la masse monétaire et de l’émission de monnaie. Il s’agit là d’une forme avancée de retrait des pouvoirs de contrôle par les gouvernements au profit soit d’une banque centrale(par ex,Banque d’Algérie) soit au profit d’une institution supranationale(BCE) pour le mettre dans des mains « plus sûres »... pour eux. Il est  temps de faire des bilans sur le libéralisme monétaire et ses conséquences sur l’économie des pays émergents. Quelques remarques permettront d’apprécier le bilan de cette politique, au regard de trois objectifs l’inflation, le chômage et enfin les inégalités.

 

I-- La magie du mot ; Ou comment mesure-t-on l’inflation ?

 

La feuille de route pour les institutions indépendantes du pouvoir politique repose sur deux principes :

 

1-  la "lutte contre l'inflation" et à la "stabilité des prix"

2 - contrôle strict  de la quantité d'argent que la Banque Centrale va mettre en circulation dans l'économie.

Ce qui suppose que les gouvernants sont trop sensibles aux grognements de leurs peuples et que ce grognement peut s’exprimer à chaque réélection!

Voyons donc successivement ces deux points :

 

1) Si l'inflation se définit normalement comme une hausse durable du niveau général de tous les prix, les chiffres d'inflation communiqués en général, correspondent (ex par l’organe chargé de l(information statistique)en fait à la "hausse des prix à la consommation". Sont exclus des calculs les prix de ce l'on appelle, "l'investissement".

 

Pourquoi cette exclusion ?


Un bien de consommation, par définition, perd de sa valeur avec le temps un investissement est supposé correspondre à l'inverse. Mais pourquoi cela? Ceux qui vont investir seront, dans un tel système, plus riches que ceux qui ne font que consommer! C’est ce qui est sous entendu par une telle approche.

 

Pourquoi les prix de l'immobilier flambent et que l'inflation officielle ne dépasse pas les fameux 2 %? C’est bien simple. Le prix d'achat des logements (neufs ou anciens) n'est pas pris en compte dans l'inflation!

Normal, répondent les économistes, on considère que c'est de l'investissement! Or si 70% des citoyens sont "propriétaires" de leur logement (en vrai, ils souvent locataires de leur banquier ou de l’organisme qui leur a prêté l'argent!).

 

Aussi, la part "Logement, eau, gaz, électricité" est réduite à la portion congrue dans le calcul de cette pseudo inflation. VOUS VOULEZ SAVOIR  A QUELLE HAUTEUR ELLE EST PRISE EN COMPTE? ALLEZ sur le site de l’organe chargé de la statistique de votre pays, et vous verrez la réponse.

 Vous serez amené à ne pas tirer de conclusions trop définitives quant à l'ampleur de votre dernière augmentation de salaire!


Un article publié à l'origine dans The Economist s'intitulait sobrement "La mesure de l'inflation reste controversée". Controversée est le moins que l’on puisse dire! On y apprenait qu'une étude avait été réalisée aux Etats-Unis par un économiste de la banque HSBC. En affectant à l'immobilier une pondération de 30% de l'indice global des prix à la consommation  l'inflation passait à plus de 5,5% par an, soit plus de... deux fois le niveau d'inflation officiel à destination du public.

 

Et si l'on y intégrait, en outre, le prix de tous les actifs financiers, en particulier celui des actions et des produits de la sphère financière... ?


Car cette interprétation restrictive de l'Inflation, qui exclut tout ce qui est investissements (ou supposés tels), n'est pas sans conséquences, dans une période où la sphère financière est devenue dominante. C’est feindre d’ignorer l’évolution du capitalisme financier actuel...


L'idée d'établir un tel indice des prix supposerait implicitement de la part d'une Banque Centrale (réellement indépendante, y compris des marchés financiers et des milieux "investisseurs") que la hausse des prix de ces actifs, en créant de l'inflation, pourrait être "préjudiciable". Or, cette inflation là ne semble pas trop déranger certains, même ceux qui s'auto-proclament indépendants des marchés financiers. Mais le sont-ils vraiment, culturellement et personnellement?[1] « L’indépendance » des cabinets d'audits financiers n'a pas résisté longtemps aux intérêts croisés, entre autres dans l'affaire ENRON...


L'immobilier s’enflamme, ce n'est pas de l'inflation! Enfin, pas de la mauvaise, et pour cause: celle là crée de la rente! La mauvaise, c'est celle que voit le bas peuple, qui le fait grogner et réclamer des hausses de salaires pour maintenir son pouvoir d'achat. Celle-là est mauvaise, on vous le confirme chiffres à l’appui. Si vous agréez cette explication vous pouvez poursuivre votre lecture car on va à présent se poser la question centrale.

 

2) Le contrôle de la masse monétaire ; Ou à qui va l’argent ?

 

Le second précepte de Milton Friedman est de faire croître la masse monétaire d'une valeur constante et prévisible, égale à l'inflation visée additionnée de la croissance visée. Ainsi fut défini l'objectif de faire croître cette masse monétaire (appelée M3) d'environ 4,5% par an ( soit 2% d'inflation + 2% de croissance + 0,5% terme correctif).

Or que révèlent les  statistiques quant au respect de ce fondamental par les autorités indépendantes centrales : « en 2005, la masse monétaire a grossi en Europe de près de 8%. Depuis son lancement, jamais une année, la BCE n'a tenu son objectif de 4,5%! Par rapport à la progression théorique visée en 1998, ce sont environ 20% d'euros "en trop" qui ont été créés et mis en circulation, soit près de 1000 milliards d'euros sur une masse monétaire totale d'environ 6000 milliards. »[2]

Si de tous temps et en tous lieux, l'inflation est dû à trop de monnaie, alors de deux choses l'une: soit l’Europe  a eu une croissance plus forte que les 2% prévus, soit elle a eu une terrible inflation au delà des 2% visés...
En moyenne l’Europe a connu 2% de croissance environ, et une "inflation" inférieure à 2%. Il y a en tous cas une trappe.

La planète (car il n'y a pas que l'Europe, ce fut la même histoire aux Etats-Unis, et dans le monde entier) croulerait sous l'excès de liquidités... c'est-à-dire d'argent! Au point ne plus savoir qu'en faire! Au niveau mondial, la base monétaire (c'est-à-dire la monnaie émise par les Banques Centrales) augmente à un rythme de... 20% par an! De l'argent, y'en a, et même y'en a trop, à tel point qu'il ne sait même plus où s'investir, bien que son terrain de jeu soit mondial désormais, par la libre circulation des capitaux.

Au point que certains spécialistes commencent à s'en émouvoir et à tirer la sonnette d'alarme, et parlent même de "capitalisme sans projet", car les bénéfices des grands groupes s'accumulent et ne s'investissent plus... si ce n'est pour racheter pour des sommes considérables leurs propres actions pour maintenir artificiellement la rentabilité du dividende pour l'actionnaire. 

Et voila une excellente introduction à l’investissement direct étranger pour le développement et une réponse aux « grands groupes qui ne savent plus quoi faire de leurs montagnes d'argent accumulées! » Et si « Le capitalisme est en train de s'autodétruire », cette situation est largement dûe aux Banques centrales, dont la « complicité, » pour reprendre le terme employé par l'auteur, M. ARTUS, est patente. Elles ont favorisé la création d'argent facile à l'origine des bulles boursières et immobilières.

Depuis 10 ans, l’homologue américaine de la BCE, la Fed, a contribué à doubler la quantité de dollars en circulation dans le monde (soit une hausse moyenne de... 8% par an (!). Comme le mécanisme n'est pas prêt de s'arrêter, la Fed a trouvé un moyen radical pour qu'on ne vienne plus la titiller sur ce sujet un peu paradoxal: A partir du 23 Mars 2006, elle n’a plus publié les chiffres de la masse monétaire M3!

Décision surprenante, si ce n'est le fait de ne plus montrer ce qui fait tâche: l'augmentation incroyable de la quantité de monnaie créée ces dernières années. Pour information, un petit peu gênée aux entournures sans doute, la BCE avait elle annoncé en 2003 que l'objectif de maîtrise de M3 ne serait plus considéré comme un des piliers de la politique monétaire européenne! Seule reste donc la maîtrise du hochet pour les foules: la fameuse et soi-disant "inflation" (en fait expurgée de ce qui fait tâche la encore: le prix des actifs financiers et immobiliers comme expliqué ci-dessus).

Car à qui profite cet argent tout frais? A ceux qui bénéficient des bulles spéculatives ainsi générées: immobilier et actifs financiers. Et nullement le primo-accédant à la propriété ou le salarié. Ce nouvel argent est créé à partir de rien, par des crédits accordés à certains, rentre(pas toujours) dans l'économie par certaines portes bien précises. C'est bien sûr le rôle des organismes prêteurs (banques par exemple) de faire le tri.

En revanche, toute l'ingéniérie financière, développée ces dernières années au bénéfice d'une minorité d'investisseurs, se fonde sur un crédit peu cher permettant de spéculer sur les marchés financiers mondiaux d'une manière que le quidam à bien du mal à imaginer. DES AFFAIRES RECENTES DANS LES PAYS EN DEVELOPPEMENT CONFIRMENT QUE cette population là, « costard-cravate », est bien sûr la bienvenue au banquet du crédit facile. Il faut y voir là de manière évidente le dernier avatar, en date, de la concentration historique des richesses dont l'ampleur ne fait que s'accentuer. Miracle apparent de la finance moderne: plus vous empruntez d'argent, plus vous devenez riche!... la magie est dans le système monétaire, surtout."



Prochain article Inflation et chômage




 



[1] Voir les analyses de P Bourdieu

[2] (tiré d'un document BNP Paribas Resarch): l'écart par rapport à l'objectif est appelé money gap).

Tag(s) : #économie et politique

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