B ‑ Les caractères du déracinement
Les sociologues parlent de phénomène d'acculturation pour désigner le contact entre deux civilisations et deux cultures, qui entraîne l'altération de l'une des deux. Ceci suppose, bien entendu, l'existence de deux sociétés qui entretiennent des rapports de dépendances ou de deux groupes dont l'un occupe la position dominante et l'autre est dominé. Les valeurs, la culture, les idées qui s'étendent alors sont celles du premier groupe.
C'est dans ce milieu que se formera la génération des intellectuels algériens avant l'indépendance. Le déracinement peut alors s'apprécier dans l'acquisition de la culture occidentale. Les passages obligés sont plus ou moins faciles à retrouver et se situent aux différents stades de la formation de l'individu La difficulté principale, c'est qu'à chaque stade existe une contradiction dont la somme donne la situation que connaît l'intellectuel colonisé.
1) L'école
L’école est le point de passage obligé pour l’acquisition des rudiments culturels.
L’on a assez souvent parlé de la situation de l’écolier algérien et de ses rapports à l’histoire, à la géographie, à la littérature etc. …, en un mot aux programmes enseignés.
Première contradiction, par conséquent, celle existant entre le milieu familial, social et humain dont est issu le jeune écolier et ce qu’on lui enseigne. Simple constatation, dans la rue et chez lui, il parle sa langue maternelle l’arabe ou le kabyle ; à l’école, c’est vraiment l’école, c’est-à-dire qu’il apprend quelque chose de nouveau mais qui n’a strictement rien à voir avec sa vie quotidienne. Ce n’est plus l’école classique et les quelques privilégiés qui ont pu y accéder sont invités à participer à quelques chose de mystérieux qui prend l’aspect de rites initiatiques, la langue de colonisé. Ainsi, dans le « Fils du pauvre », de Mouloud FERAOUN (1950), récit autobiographique, l’auteur montre la vie d’un jeune écolier laborieux qui aboutira à l’école normale d’instituteurs. Peut-être faut-il y voir le désir de parvenir au cercle supérieur, là où s’élaborent les mystères de ce qu’on lui a enseigné.
La contradiction se poursuit sur le plan institutionnel, car bien que préparant toutes au C.E.P. et à la 6ème, les écoles sont séparées de facto et de jure; l'une pour la société coloniale, l'autre pour la société colonisée. L'école, ainsi, prépare l'intellectuel à sa situation.
Le lycée et l’enseignement secondaire achèvent la phase d’acquisition des rudiments de culture. Certains étudient le Grec, d’autres le Latin, en tous cas, une bonne moyenne suit des études classiques ; mais au niveau du lycée la contradiction apparaît un peu plus nettement au jeune intellectuel, surtout s’il s’agit de choisir la langue vivante. Le choix de la première langue ne fait pas problème pour la grande majorité, c’est l’arabe. Ainsi, la première question sous l’angle intellectuel et culturel pur commence à se poser.
Comment apprendre une langue qui semble pourtant appartenir au jeune lycéen? Le comble est atteint lorsqu'au niveau de la 4ème, il s'agit de décision pour la deuxième langue vivante beaucoup choisissent l'arabe parlé, c'est‑à‑dire la langue parlée par 90% des gens qui vivent autour d'eux.
C'est cependant au lycée que l'intellectuel commence à se dessiner, à se former. Il est en effet seul dans ses rapports à la culture. Issus, pour la plupart, de milieux sociaux à bas niveau culturel ou à niveau culturel arabe élevé mais sans connaissance du français, il prend conscience de son aventure et celle-ci commence à lui plaire. Elément isolé dans un monde nouveau, il décide de l'explorer jusqu'à épuisement; de se consacrer entièrement aux études; les résultats scolaires le prouveront d'ailleurs.
L'Université viendra enfin couronner l'ensemble, mais en même temps, l’intellectuel colonisé découvre ses frères dans l'aventure. Ils sont‑ seuls comme lui. Aussi se regroupaient‑ils, car ils prennent conscience qu'ils sont minoritaires dans l'ensemble et aussi, par la même occasion, privilégiés dans leur société.
C’est cependant, au lycée que l’intellectuel commence à se dessiner, à se former. Il est en effet seul dans ses rapports à la culture. Issu, pour la plupart, de milieux sociaux à bas niveau culturel ou à niveau culturel arabe élevé mais sans connaissance du français, il prend conscience de son aventure et celle-ci commence à lui plaire. Elément isolé dans un monde nouveau, il décide de l’explorer jusqu’à épuisement ; de se consacrer entièrement aux études ; les résultats scolaires le prouveront d’ailleurs.
L’université viendra enfin couronner l’ensemble, mais en même temps, l’intellectuel colonisé découvre ses frères dans l’aventure. Ils sont seuls comme lui, aussi se regroupent-ils car ils prennent conscience qu’ils sont minoritaires dans l’ensemble et aussi, par la même occasion, privilégiés dans leur société.
L’école a ainsi contribué à former, aux deux sens du terme, un groupe qui, se caractérise d’une part par sa conscience de minoritaire et d’autre part, par un sentiment plus ou moins diffus, plus ou moins élaboré, d’être privilégié.
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