La colonisation de l'Algérie,…. , n'a pas été un contrat d'association entre deux contractants sur un pied d'égalité. ! La violence était au départ et s'est continuée par la suite de façons diverses. Violence directe dans les épisodes de soulèvements périodiques de 1830 à 1945 et l'insurrection radicale en 1954, violence à l'état larvé dans les rapports entre colonisés et colonisateurs, violence dans la destruction des structures socio‑économiques et politiques du colonisé, violence enfin dans la langue véhiculaire.[1]
Le problème de la langue est un indicateur intéressant de rapports entre deux sociétés, dont l'une est dominante et l'autre dominée. La langue officielle est le Français et pour pouvoir agir civilement, administrativement, il faut parler cette langue. D'où la naissance de langage intermédiaire et ce, non seulement pour le peuple colonisé, mais aussi pour une grande majorité du groupe colonisateur. Pour ce dernier en Algérie, ce fut le « sabir » au « pataouète », langage à mi‑chemin entre le Français et les autres langues méditerranéennes. Pour le peuple colonisé, le traumatisme se retrouve dans le langage parlé arabe qui se corrompt au contact d'une autre langue et perd de sa pureté. En Afrique, le même phénomène se retrouve dans le langage baptisé de "petit nègre". Aussi bien, si l'on étudie la situation de l’intellectuel, il ne faut donc pas négliger l'élément important de la violence vécue au niveau du langage en un premier temps et de la culture en un second temps.
Donc l'intellectuel poursuit à son niveau la situation du colonisé. Colonisé, il l'est de par son appartenance à son groupe humain, et il découvre que la situation coloniale est un tout et qu'elle englobe même la culture.
Nous sommes en présence d'un système complet dans lequel une minorité va effectuer une percée pour se connaître elle-même et tenter de se faire reconnaître ce qui implique deux types de rapports :
1 : rapport à la culture occidentale
2 : rapport à la société globale coloniale.
1 ‑ Culture occidentale et intellectuel colonisé.
A- Problème de définition
Avant de poursuivre, il convient de définir la catégorie utilisée.
« Intellectuel » est une notion certes difficilement saisissable dans sa totalité ; toutefois, nous retiendrons ici comme éléments constitutifs de la catégorie, un certain nombre de caractères.
D’abord, un élément socio‑professionnel qui est la fonction ou la profession exercée; ainsi, nous considérons comme intellectuel, toutes les personnes qui ont exercé ou exercent des professions qui ont nécessité une formation libérale (avocats, médecins... ) et bien entendu, les instituteurs et professeurs dans le second degré; dans une certaine mesure, d'ailleurs non négligeable, toutes les personnes qui ont été amenés ou sont amenés à se servir de leur cerveau et d'une plume pour exprimer leur pensée soit sous forme d'articles politiques, de poésies ou de romans. C'est une seconde catégorie, distinguée ici pour la commodité et qui comprend aussi bien ceux qu'on appelle d'une façon générale "écrivains" que les éditorialistes des journaux nationalistes ou à tendance nationaliste. Nous revenons ainsi à l'indicateur signalé au début, celui de la production intellectuelle.
………
Le plan sur lequel nous nous situons ici est celui de l'expérience vécue. Dans cette expérience vécue, il s'agit donc de mettre en valeur le processus de déracinement constaté.
[1] Extrait d’un mémoire de science politique soutenu par Z Farès en 1965 à Paris Prt du jury André Philipp "Les thèmes les idées politiques et l'action du syndicalisme étudiant algérien (1954-1962)"
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