Si le capitalisme mondial est à l’origine de la création de millions d’emplois et de biens et de services, il n’en suscite pas moins une vive contestation. La vision selon laquelle le libre fonctionnement des marchés conduit à la prospérité est optimiste. Des pays sont tombés dans le chaos à la suite des crises financières ou de certaines pratiques des multinationales.(voir crises asiatique, russe et argentine). C’est pourquoi nombreux sont ceux qui en appellent à un réexamen des bienfaits de la mondialisation et à la construction d’un capitalisme assorti de règles. Sans quoi, le capitalisme mondial pourrait être confronté à de graves problèmes. [1]
Les tensions ne manquent pas mais ne signifient pas pour autant effondrement.
La diversité du capitalisme ([2]) ne doit pas masquer son unité. Trois caractéristiques essentielles apparaissent communes à ces différentes formes. Toutes les relations économiques sont des relations d’échange ; le contrat le plus important est le contrat de travail ; l’excédent tiré de l’activité de production sert à des fins de valorisation et d’accumulation du capital.
La France fonctionnait il y a encore peu sur la base d’un capitalisme d’Etat.[3] Trois facteurs expliquent ses transformations : la dérégulation des marchés, les privatisations et l’euro qui ont conduit au passage « d’une économie de guichets à une économie de marchés » sans pour autant entraîner l’émergence en France d’un véritable capital national. La part des non résidents dans le capital des entreprises est élevée. C’est pourquoi de nombreuses voix s’élèvent pour que soient favorisés l’actionnariat et l’épargne salariale.
La Grande-Bretagne[4] représente le symbole du capitalisme de marché. La politique néo- libérale menée dans les années quatre-vingt a remis en cause le secteur public ainsi que certaines administrations qui ont été privatisées, ce qui n’a toutefois pas empêché l’apparition d’oligopoles puissants. Sur le marché de l’emploi, la déréglementation a entraîné la création d’emplois à bas salaires et un creusement des inégalités.
La Russie[5] a pris le « turbo capitalisme » comme modèle. C’est à dire « la liberté sans restrictions d’intervenir sur le marché pour acheter ou vendre au prix découlant de la seule loi de l’offre et de la demande. L’inneficacité de contrepoids juridiques, d’instances de contrôle et de tribunaux aboutit non à une situation de libre concurrence mais de monopoles et une généralisation des pratiques criminelles et du racket. »
Deux
courants majeurs animent le débat dans pratiquement tous les pays.
- Le premier souligne l’amélioration globale du niveau de vie, le progrès technique, la diffusion des biens de consommation. Les effets pervers peuvent être évités par, la création « d’autorités de régulation » indépendantes de tout pouvoir politique assurant le rôle de véritable contre-pouvoir au capitalisme.
- Le second courant insiste sur les dommages écologiques, la détérioration des conditions de travail ou encore le manque d’éthique. Il réclame une médiation politique, « l’intervention de la société civile ainsi que l’instauration d’un mode de régulation garantissant le progrès social. »
Si le capitalisme favorise la croissance économique, il n’en découle pas automatiquement un progrès social, autrement dit une cohésion sociale de la confrontation des intérêts individuels. Il y a nécessité d’une médiation politique et la prise en compte de la société civile afin d’établir un mode de régulation. Le régime de croissance patrimonial appelle un mode de régulation qui puisse résoudre notamment trois problèmes : le statut du travail, la propriété du capital, l’égalité des sexes. ([6])
Médiation politique, société civile, dialogue social, sont des facteurs incontournables.
[1] Business Week Pete Engardio avec Catherine Belton
[2] Un capitalisme pluriel (Review of International Political Economy) Ernesto Screpanti
[4] Le Royaume-Uni et la conformité néo-libérale (Critique internationale) Colin Crouch
[5] Appliquer le turbo-capitalisme en Russie : une erreur de modèle (Politique internationale)
Edward Luttwak
[6] Quel progrès social pour le capitalisme de demain ? (Notes de la fondation Saint-Simon)
Michel Aglietta
| Décembre 2009 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Commentaires