La mondialisation du capitalisme et ses conséquences?
(Exposé fait à l’institut national du travail à Alger en 2002)
Par nature toute entreprise, dont la finalité est la production de biens marchands, agit sur son milieu en combinant des facteurs de production. En accroissant la richesse nationale elle contribue à la transformation de son environnement. Cet impact économique et social est la caractéristique des sociétés industrielles fondées sur le développement de la science, de la technique et de l’industrie.
Ces trois facteurs constituent les forces productives modernes. L’entreprise moderne se définit par la concentration de moyens de production et d’hommes selon des processus de production rationalisés, standardisés et synchronisés. L’organisation de la mise en œuvre de ces forces productives à l’échelle d’un pays résulte du développement des entreprises, c’est à dire de l’accumulation du capital et par voie de conséquence de la rentabilité des activités.
L’entreprise produit des objets dans le cadre de techniques de production qui obéissent à des règles d’efficacité. Le développement d’ensemble des entreprises aboutit à la création d’une mécanique qui répond à un ordre particulier. La machine appelle d’autres machines et les fabrique. C’est le stade de la machine outil et de l’automation. L’automatisme appelle d’autres automatismes. L’organisation de l’atelier est déterminée par lui. Chaque firme dans une industrie devient un atelier de l’industrie. Celle ci dans une nation s’organise comme une firme au sein d’une industrie.(voir F.Perroux)
La science la technique et l’industrie tendent à la construction d’une grande mécanique à l’échelle du monde. La planète est un objet de calcul et de mesure.
L’industrie se mondialise ; ou qu’elle soit où que soient les matières l’industrie va les prendre grâce à la révolution des transports.
Elle produit en masse et cherche le client où il se trouve parce qu’elle a vaincu les distances et qu’elle a révolutionné la communication de l’information.
Ce type d’entreprises est l’entreprise capitaliste. Il résulte d’un long mouvement et d’une série de révolution dans les modes de production et les transports. Ces modes de productions ont remis en cause tous ceux qui les précédent ou leur résistent. Ils poussent, sans cesse, par la concurrence au progrès technique, à rechercher de nouvelle sources d’approvisionnement et de marché dans le pays et dans le monde. Le moteur unique pour k'entreprise étant le profit. La mondialisation de ce mode de production n’est pas un phénomène nouveau.
Voici comment la décrivait le Manifeste de 1848 « le besoin d’assurer à ses produits des débouchés de plus en plus étendus pousse la bourgeoisie à travers le monde entier. Il lui faut pénétrer partout, s’établir partout, créer partout des voies de communication. Par l’exploitation du marché mondial ; la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays »
Dans le pays, après avoir libérer l’homme des liens féodaux ce processus conduit à soumettre la campagne à la ville. Il concentre entre un petit nombre de mains les propriétés des moyens de production. il a permis de mettre à son service des forces gigantesque.
Dans son mouvement d’extension mondiale vers une planète soumise aux règles de l’efficacité en termes de production et de logiques unitaires de standardisation de rationalisation et de synchronisation, l’industrie rencontre deux obstacles l’Etat et les classes sociales.
En ce qui concerne l’Etat il s’est agit depuis le début du Xxéme siècle jusqu’en 1989 de l’URSS et le soutien qu’elle a pu constituer à l’alternative de développement non capitaliste des anciens pays colonisés.
Il s’est agi, par ailleurs, de L’Etat providence des pays capitaliste développé qui a pour objectif l’intérêt national ou l’avantage collectif. Cet intérêt ramène les hommes et les moyens de produire à une logique de lutte ou de guerre et freine la grande mécanique industrielle mondiale au profit d’un intérêt impérial fondé sur la création de zones protégées de libre échange. Ce que remet en cause la mondialisation c’est la fin des économies nationales au profit d’une interdépendance mondiale. La reconversion dans l’économie de marché et l’ouverture des frontières aux échanges c’est à dire la dépendance des marchés extérieurs. L’entreprise d’Etat se voit confrontée aux exigences de compétitivité sans la science la technique et la puissance de marketing de ses concurrents.
L’existence de classes ou de groupes sociaux (selon les systèmes politiques) dont l’un commande les machines et l’autre les sert contrarie elle aussi le mouvement d’absorption unitaire de l’homme
par l’industrie. Les premiers ne peuvent qu’appliquer les règles de profit en termes d’objets produits au détriment de l’efficacité sociale. Les classes sociales se sont transformées dans les
pays riches et le droit de propriété s’est élargi au sens banal. La séparation entre ceux qui commandent les machines et ceux qui exécutent s’est transformés car ceux qui commandent obéissent à
des logiques financières extérieures .
La mondialisation c’est d’abord la mutation du capital en capital financier qui commande le capital de production. L’organisation du capital financier répond à une logique de réseau et résulte d’une accumulation financière qui exige une immense gestion de crédits et de dette, qui commande la production et la répartition géographique de la production.
Une entreprise n’est nationale que si elle est le point de départ et le centre de décision d’un réseau fondé sur un capital financier. Cette logique aboutit parfois à avoir une entreprise nationale dont la production physique est totalement délocalisée.
La mondialisation de l’industrie se fait en contradiction avec l’expansion de la science de la technique et de l’industrie et la prise de conscience de la spécificité de l’homme qu’elle est censée rechercher.
La cohésion sociale est imparfaite à l’échelle du monde par l’inégalité de développement entre les nations et dans les nations ou l’opposition entre bourgeoisie et prolétariat s’est reconvertie entre ceux qui commandent localement aux machines et ceux qui les servent.
La mondialisation n’est donc pas seulement l’économie de marché mais c’est aussi la fin de la propriété d’Etat et des logiques nationales économiques. Elle n’est pas la remise en cause de l’intervention de l’Etat mais sa transformation paradoxalement en un Etat social
Etudier l’entreprise algérienne revient par conséquent inexorablement à éclairer son histoire relativement récente dans ce contexte contradictoire. Un vaste mouvement d’industrialisation mondiale poussé par des forces productives de la science, de la technique et de l’industrie soumettant la production à ses logiques d’efficacité et les logiques étatiques et de classes agissant en contradiction avec ce mouvement.
Les choix d’organisation des entreprises algériennes reflètent principalement deux logiques complémentaires en contradiction avec ce mouvement mondial : Celle de la société étatique et ses logiques d’intérêt national ou d’avantage collectif. Celle de la cohésion sociale limitant le droit de disposition des moyens de production. Cette démarche a porté ses fruits en faisant naître un système de production industriel cherchant une logique de l’efficacité en termes d’objets corrigé par l’efficacité en termes sociaux .
Par ailleurs, le processus d’intégration de firme en atelier dans une industrie(sociétés nationales par branches) et d’industries organisées comme une firme dans la nation(tutelle et plan)recherchait une intégration dans l’industrie mondiale. Celle-ci fut mise en œuvre par des formules diverses associant des partenaires dans des contrats clés en main, produits en main, sociétés mixtes.
Mais le formidable mouvement d’accélération des bases scientifiques et techniques qui a donné un second souffle à l’industrialisation du monde par les sociétés étatiques hyper industrialisées à la fin de la décennie soixante dix s’est ralenti, les gains de productivité nés de l’informatique, la chute des prix du pétrole a ébranlé le système industriel national ont bloqué le processus d’extension d’intégration nationale de la société machinale en formation.
Les conséquences directes ont porté sur la déstabilsation de la société étatique et celle de la société de commandement par un recul de la décision économique étatique incarnée par les entreprises publiques sans pour autant qu’apparaisse une appropriation privée conséquente socialement des moyens de production. Les réformes diverses touchant l’entreprise publique ou privée sont le reflet d’un double mouvement de transformation progressif de l’Etat sous la pression de la mondialisation. Le premier est celui de l’Etat nation qui a su tirer parti d’une conjoncture économique et des rapports de force entre les deux grands blocs pour construire une économie nationale. Le second est celui de la recherche tâtonnante de l’intérêt national qui ne soit ni celui d’un groupe accaparant l’Etat et exploitant la privatisation de l’économie sous couvert de l’intérêt général ni celui exclusif des intérêts transnationaux.
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