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L’expérience et les rapports pertinents ont montré que l’appui du FMI et de la Banque Mondiale s’effectuent selon l’optique suivante : si l’Etat ne doit plus être le centre principal d’emplois, de revenus et de privilèges divers, sa réforme doit être nécessairement relayée par une confiance accrue dans les initiatives privées.

 

Encore faut-il prendre la mesure des potentialités du secteur privé.Car le relais par le secteur privé doit faire l’objet d’une attention particulière, et surtout ne pas être pris comme le contraire du secteur d’Etat. Autrement dit il n’est pas évident que le secteur privé puisse faire ce que l’Etat n’a pas fait. Comme il n’est pas sûr qu’il le fasse mieux. Le plus souvent, son ambition est de récupérer une rente exploitée jusqu’ici par l’Etat et certains groupes.

 

On estimait l’importance du secteur privé algérien à 40% de l’emploi total. Le taux de croissance en 1992 a été de 2% contre 0,6% pour le secteur public. Ses créneaux actuels d’intervention sont : l’agriculture, le tourisme, l’industrie, le cuir et la chaussure, le textile et la confection, la chimie et les cosmétiques. A chaque loi d’encouragement de l’investissement, le secteur privé a fait preuve d’une confiance qui n’a pas été suivie d’effet. Ainsi, depuis la publication de la loi de 1982 créant la procédure d’agrément, 1 000 projets sont restés en instance faute de financement en devises. La loi sur le crédit et la monnaie de 1991, tout en libéralisant les procédures, n(a pas eu l’impact espéré. Pour les entreprises créées, les dévaluations successives ont abouti à alourdir leurs dettes et à des pertes de change à un point tel que 400 d’entre elles étaient menacées de fermeture. L’émergence d’un secteur privé porteur de croissance implique bien une stratégie et un appui financier international conséquent et adapté.

 

Le contexte économique international, les difficultés liées aux aléas sociaux, les contraintes du programme d’ajustement structurel, font que la relance de la croissance économique, tout en étant probablement préparée par le rétablissement des grands équilibres internes et externes, demeure le problème central non résolu. L’accès aux ressources rares en devises en est la clé de voûte.

 

Pour les institutions internationales, cette relance viendra, principalement, de l’investissement privé sur lequel est fondée la stratégie de la décennie à venir[1]. Mais tant que la contrainte de financement sera liée aux crédits extérieurs, ces institutions ne peuvent laisser le soin aux Etats d’arbitrer sur les maigres ressources dont ils disposent. La relance économique par le secteur privé est une affaire de développement qui ne semble pas faire l’objet d’un traitement particulier de ces institutions, si ce n’est les financements hors projets en contrepartie de mesures institutionnelles prises par les Etats.

 

Dans tous les pays un ensemble de mesures sont préconisées dans cette perspective. C’est ainsi que les programmes d’ajustement structurel visent à améliorer les conditions d’incitation à l’investissement privé. Mais point de crédits.

 

Les grands axes de la stratégie sont connus et reposent en priorité sur : la mobilisation de l’épargne intérieure, le développement de l’intermédiation financière pour soutenir l’investissement privé, le renforcement et l’assainissement de la position financière du secteur public, le développement des ressources humaines et l’amélioration de la gestion des ressources naturelles.

 

Plus concrètement, l’on attend du secteur privé qu’il joue un rôle plus actif dans le développement des infrastructures et la promotion de l’emploi et en particulier celui des jeunes. Compte tenu de leur ampleur, les questions d’emploi seront toujours au centre de cette stratégie. Le secteur privé algérien sera-t-il encouragé pour être à la mesure de ces défis ?

 

Il n’y pas de miracle et la solution est dans l’adoption de mesures qui jusqu’ici ont été différées en raison de leur impact sur le mode de gestion de l’économie et de leurs répercussions politiques.

 

Pour ce faire, il s’agit en premier lieu de rendre plus favorable le climat des affaires au profit du secteur privé productif et non-spéculateur, et c’est ce que doivent permettre les mesures de réformes économiques.

 

En second lieu, bien que le pouvoir d’achat et les besoins de la population fondent un large marché national, les coûts élevés de transformation et la dépendance extérieure, ne facilitent pas la production et sa compétitivité.

 

Ces facteurs agissent, en troisième lieu, sur les réticences du système bancaire d’Etat à financer un secteur productif privé qu’il estime trop risqué. Aussi, les banques préfèrent-elles financier les activités de commerce extérieur à rentabilité immédiate. En un mot, il manque un environnement plus favorable aux affaires et à l’investissement productif.

 

C'est  donc sur ces données que devrait être conduite une réflexion nouvelle et que pourrait s’orienter la dynamique de privatisation de l’économie. Les réformes économiques en cours ont commencé, notamment, à re-définir, timidement, les rôles respectifs de l’Etat et du secteur privé. Le résultat devrait être que, progressivement, l’Etat renonce à dominer directement et par ses entreprises, l’activité économique, tout en encourageant les initiatives locales et étrangères. Les premières actions engagées font apparaître un certain nombre de paramètres essentiels et qui conditionnent l’émergence d’un investissement privé porteur de croissance réelle.

 

L’encouragement du secteur privé ne peut venir de simples déclarations d’intention, ni de textes ambigus dont la principale conséquence est de pousser aux spéculations financières, ou à des opérations de commerce extérieur, liées exclusivement à l’accès à la devise.

 

Il ne suffit pas, par ailleurs, de créer un ministère ou une agence de promotion de l’investissement privé, substituant ou annexant à la gestion du secteur d’Etat celui de l’entreprises privée. L’encouragement suppose un véritable arsenal de mesures instinctuelles et opérationnelles de soutien. En d’autres termes des lois simples et claires, moins d’administration et plus de crédits.

 

La privatisation de l’économie, permet de concentrer les fonctions de l’Etat sur le rétablissement des grands équilibres internes et externes et la mise en place d’un cadre institutionnel plus propice au développement des affaires, donnant ainsi une plus grande marge de manœuvre, dans la production et le commerce, au secteur privé.

 

Parallèlement, des dispositions sont à prendre pour développer, encore plus, l’organisation et la solidarité entre les promoteurs du secteur privé, notamment en les responsabilisant par leurs institutions représentatives.

L’économie de marché suppose une morale de conduite des affaires, dont la sanction revient à l’Etat, mais dont la prévention et les conseils reviennent à la profession. Le système de confédérations patronales, de chambres de commerce et d’industries, mais aussi les clubs à vocation de solidarité, sont la panoplie de réseaux qui permettent de consacrer l’efficacité et l’honorabilité en évitant les ententes mafieuses.

 

En matière de crédit, des progrès incontestables ont été accomplis dans le sens d’une plus grande implication des banques dans le financement d’opérations productives.[2]

 



[1] L’extension du rôle du secteur privé est un processus de longue haleine qui doit être mené à bien avec prudence et avec un soutien suffisant pour mettre en place les institutions et les mécanismes de sauvegarde nécessaires. » Banque mondiale. Rapport annuel 1990 p 72.

[2] Il existe une relation d’indépendance entre l’efficacité et la croissance du secteur financier d’un pays d’une part  et celle des secteurs réels d’autre part. le développement de ces derniers, producteurs des biens et des services déterminant le bien-être matériel est un objectif central de la politique économique.

Toutefois, sans un développent parallèle des institutions, des instruments et des marchés financiers, les secteurs sont voués à la stagnation. » Banque Mondiale op.cit p 73.

Tag(s) : #économie et politique

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