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Vendredi 20 juillet 2007 5 20 /07 /2007 12:03

Ces retards, tout particulièrement dans l’hydraulique, ont déterminé, en partie, les insuffisances de la production agricole. Les objectifs de développement, tels qu’ils sont exposés dans les plans successifs de 1967 à 1985, visent, essentiellement, à développer les productions de grandes cultures (blé, orge, légumes secs) et les cultures industrielles.

Le peu de performance de l’agriculture algérienne, au retard de l’accroissement de la population et de l’amélioration des revenus, s’est exprimé par une augmentation des importations de produits alimentaires. Il s’explique, par les retards de tous ordres dans l’exécution des investissements de valorisation des ressources en eau et une utilisation irrationnelle des moyens de production[1] et, enfin, par une attitude des hommes envers la terre. Sur le plan de la balance commerciale, en raison de l’amélioration des conditions sociales, du pouvoir d’achat (250 000 emplois crées chaque année de 1970 à 1980), et de la politique de soutien des prix, les retards dans l’agriculture ont conduit à des importations annuelles de 2 milliards de dollars de biens alimentaires.

 

La production de légumes secs a ainsi décru en 1980, alors que les superficies consacrées à cette culture – 215 000 ha – avaient augmenté.

 

Les superficies allouées aux cultures maraîchères ont doublé entre 1970 et 1980 atteignant 200 000 ha. La production de la pomme de terre est restée en deçà a des besoins tout en étant, paradoxalement, excédentaire par rapport aux capacités de stockage. La plasticulture a permis d’améliorer sensiblement la production des autres légumes.

 

Les productions d’agrumes, de fruits, de viande, de lait, restaient insuffisantes par rapport à la demande solvable.

 

Ces résultats agricoles, globalement négatifs par rapport aux besoins de la population, ont trouvé leur explication non dans l’insuffisance des moyens, mais dans l’organisation sociale du travail et dans les formes de propriété de la terre dans un pays méditerranéen où la nature n’a jamais été généreuse sur le plan agricole. « Le blé et le pain, ce sont les sempiternels tourments de la méditerranée, les personnages décisifs de son histoire. »[2]

 

Le schéma primitif de développement, tout en ayant intégré la priorité de ce secteur, n’a pas crû devoir apporter des changements profonds au mode de propriété collective, rendant ainsi moins attrayant et motivant le travail de la terre dans un pays où l’homme depuis plus de cent ans a vécu un déracinement incroyable.[3]

 

L’Algérie, qui se donnait des bases de développement à long terme, réunissait les conditions de remise en cause de ce développement par le refus d’accepter une organisation de la propriété autre que collective. Et, lorsque l’occasion se présenta, aucune autorité ne semble avoir voulu en prendre la responsabilité politique.

 

Cela étant, il convient de tenir compte de certains facteurs dans la balance des couvertures des besoins alimentaires. La production agricole a globalement augmenté en trente ans. Elle s’est diversifiée vers des productions autres que la vigne. La production des cultures maraîchères a augmenté de façon spectaculaire, grâce à la plasticulture et à la culture saharienne, particulièrement pour la tomate. Ce qui est en cause, c’est l’écart par rapport à une demande solvable créée dans une économie qui, pendant trente ans, n’était pas régi par les lois du marché. La consommation n’avait d’autre limite que la croissance démographique, les prix des produits de première nécessité étant largement soutenus. Dans ses conditions, les pénurie sont inévitables, car les prix atteignent pas leur niveau d’équilibre.

 

Une libéralisation dans l’exploitation des terres, notamment par leur privatisation et la mise en œuvre d’une économie de marché, entraînera un accroissement global de la production, probablement une diminution de la facture alimentaire mais, tout aussi probablement, l’équilibre se fera par les prix. Un grand nombre de consommateurs – s’ils ne sont pas totalement exclus du marché – sont, déjà, contraints de réajuster leur consommation. Les pénuries dans ses conditions n’ont plus, enfin, un sens économique !

 

Tant que l’Algérie limitera l’exploitation de ses potentialités agricoles à son capital de terres dites utiles, c’est-à-dire de Tell et les Hauts Plateaux, elle connaîtra les mêmes contraintes que tous les pays du bassin méditerranéen, aggravées, dans son cas, par la faible productivité et une redistribution des revenus qui, pour l’instant, est moins inégalitaire que chez ses voisins. Une redistribution des revenus identiques ne mettrait-elle pas le Maroc ou la Tunisie dans la même situation de dépendance alimentaire ?

 

En tout état de cause, quelque soit l’appréciation portée sur l’efficacité de ces investissements, l’argent du pétrole s’est transformé, notamment, en usines, en écoles, en hôpitaux. Que certains jugent ces projets « Pharaoniques », ils ne sauraient leur dénier la finalité économique dans laquelle ils se sont inscrits.

 

Il est difficile d’ignorer les réalisations effectuées en moins d’une décennie. Les principaux secteurs d’activité économique ont connu le « Big push » initial et ont été doté d’outils de réalisation. C’était aussi un système fondé sur des anticipations de revenus réalistes. De 1975 à 1985 les importations sont passées de 5,5 milliards de dollars à 9 milliards de dollars et les exportations de 4,5 à 14 milliards de dollars[4], écart suffisant pour envisager non seuleent un endettement mais aussi son remboursement. Les causes des difficultés sont dans la détérioration trop rapide et trop forte des prix du pétrole.

 

Que ces actions fussent menées par l’Etat peut sembler, à l’heure du libéralisme triomphant, un handicap. Il demeure que, dans le monde des années soixante-dix, l’Algérie n’était pas plus « étatiste » que les pays industrialisés qui n’ont découvert les dénationalisations et les vertus de l’économie de marché postkeynésienne, qu’avec le Président Reagan et Mme Thatcher, c’est-à-dire, dans les années quatre-vingts, après trois décennies de développement fondé sur l’interventionniste.

 

Ainsi que cela fut souligné en 1978 : « Les résultats, pour inégaux qu’ils soient, sont là : des routes relient entre elles les trente et une wilayas : Alger et Tamanrasset sont unis par la Transsaharienne ; écoles, instituts de technologie, dispensaires, usines ont surgi de terre ; le barrage vert et le reboisement ont prix consistance ; la redistribution des terres, l’électrification, les villages socialistes, ont amélioré le sort des fellahs, la scolarisation massive – fait moins paradoxal qu’il n’y paraît à première vue – a conduit à la fois à une meilleure arabisation et à une progression du français.[5]

 

L’ingénierie du système et ses points d’ancrage étaient mis en place. Il importait de savoir si l’on avait les moyens de les faire fonctionner rationnellement ? Cela suppose une volonté politique et une capacité d’anticipation des grands bouleversements dans les relations économiques internationales, ainsi qu’une très grande faculté d’intégration des aspirations et des comportements d’une population influencée par le système ainsi créé.

 

Ce gigantesque appareil de production avait accéléré un mouvement, déjà fort élevé, vers les villes. Il avait aussi fait émerger une classe ouvrière, une jeunesse scolarisée, qui réclamaient plus d’efficacité économique et de participation démocratique. Double action dont aucune ne pouvait réussir sans l’autre.

 

L’on peut débattre, sans fin, sur la validité et la pertinence du schéma de développement adopté dans les années soixante-dix et sur les raisons internes de déséquilibre. Mais à présent, il demeure acquis que ce système était un tout et qu’il supposait des interventions multiformes y compris sur le plan international.

 

 

 



[1] la consommation d’engrais a quadruplé et la motorisation a triplé.

[2] Voir Fernand Brudel, La Méditerranée, p. 41, Flammarion collection Champs.

[3] Voir prochains articles.

[4] Annuaire statistique de l’Algérie.

[5] Claudine Rulleau, le Monde du 28 décembre 1978.

Par Zahir Fares - Publié dans : économie et politique - Ecrire un commentaire
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