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Samedi 29 octobre 2005 6 29 /10 /2005 00:00
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Alger le 29 octobre 2005
 
 par Zahir FARES
 
Témoin d’évènements qui ont touché l’Algérie depuis 1954,  les développements politiques actuels m’ont poussé à réfléchir, à nouveau, sur le sens des transformations, de tous ordres, qui s’y sont produites et dont les manifestations, de tout temps, sont principalement violentes.
 
Violences coloniales en premier lieu car la colonisation n’a pas été une « simple » intervention humanitaire.
Violences de guerre, pendant sept ans et demi, faisant plus d’un million et demi de victimes.
Violences barbares de groupes, pendant plus de dix ans, ayant entrainé prés de deux cent mille victimes utilisant la terreur et pour qui la reprise éventuelle du processus électoral, interrompu en janvier 1992, était devenue accessoire par rapport à leur vision de la société, dont ils ont fait leur combat ; vision qui, par voie de conséquence, ne peut être soumise aux aléas du suffrage universel ; car ils la conçoivent comme immanente.
Réaction sécuritaire d’un Etat; Mais aussi, danger permanent de glissement d’un pouvoir qui, engagé momentanément dans un cycle de maintien de l’ordre public, peut être, de ce fait, poussé à omettre ses marques, parce qu’il craint que l’événement l’emporte sur ses fonctions à long terme.
Blocage, psycho-politique, du dialogue par une certaine classe politique qui n’a pu trouver de base en son sein à ce même dialogue, alors que le pouvoir politique lui était offert ; rendant ainsi plus forte la probabilité de glissement.
 
Confusion sur le sens et les moyens du dialogue ; car tous ne l’appréhendent que sous la forme des voies et moyens d’accès à la magistrature suprême créant ainsi les conditions de pérennité de la crise.
Erreur d’interprétation d’hommes, qui n’ont vu dans ces évènements qu’un pouvoir en quête d’un nouveau parti de substitution au FLN ou d’une nouvelle clientèle.
Autant d’interrogations, douloureuses, auxquelles l’analyse immédiate n’apporte pas d’explications valables, confortant, ainsi, l’impression d’incohérence ou d’immobilisme crispé due au fait que, chacune des parties campe sur ses positions. Car, en définitive, toutes ces parties ont, spontanément, la même conception du pouvoir, tout en promettant de faire autre chose.
 
Car, c’est bien de cela qu’il s’agit : un pays qui, tout au long de ces quarante ans, à vécu et vit des bouleversements successifs dont la logique n’est pas toujours évidente. En effet, très souvent, chaque événement de l’histoire immédiate de l’Algérie, est analysé, généralement, dans un contexte, apparent, de remise en cause du pouvoir et plus encore, de la recherche d’un nouveau consensus ; ce qui abouti, dans bien des cas, à donner trop d’importance à certains faits et à ignorer par contre des facteurs qui, à première vue, n’en ont aucune.
 
L’événement l’emporte alors sur l’histoire faussant aussi les perspectives et créant, ainsi, la surprise devant les solutions adoptées. Prenons un exemple : les relations de la société algérienne avec la Méditerranée et avec le Sahara. Ces deux espaces occultés par l’analyse politique, semblent immobiles depuis plus d’un siècle, et la vie sociale et économique paraît suspendue à une frange littorale où s’entasse plus de 70% de la population : véritable « goulag » dû à une cécité spatiale. Pourtant, la guerre d’Algérie dura, en partie, parce que le FLN/ALN, refusait la partition du Sahara.
 
Les tensions, de tous ordres, que l’on constate actuellement, sont-elles l’expression d’une crise de société, uniquement, ou d’un mouvement plus profond qui conduira l’homme à retrouver son espace naturel ?
 
La mer et le désert ; deux régions qui, pourtant, ont été, en permanence, des «espaces mouvements », car parcourus par des navires pour la mer et les caravanes du désert venant ou allant en Algérie; un réseau de routes maritimes et terrestre, des ports et des caravansérails actifs jusqu’à la fin du XIXème siècle.
Espace, tout à coup endormi, du Sahara  devenu, brutalement, par la grâce du pétrole, lieu de production au détriment de sa fonction d’échange avec le Sahel et le vaste continent africain.
Espace maritime étranger à l’homme qui a construit ses maisons en lui tournant le dos ou qui n’échange plus avec les autres pays du bassin méditerranéen, qu’en leur vendant des hydrocarbures et en y émigrant quant il le peut.
Si, selon l’expression célèbre « l’avenir vient de loin », l’histoire, apparente, de l’Algérie contemporaine prend alors une autre dimension. On ne peut s’empêcher de penser aux mouvements imperceptibles, mais puissants, d’un « géant endormi »qui étire son tronc et ses bras dans l’espace qui lui est naturel.
Aussi, pour mieux appréhender l’Algérie éternelle, il faut répertorier les évènements récents, mais en outre, élargir le champ de vision, permettant, ainsi, à chacun, de situer les faits auxquels il s’intéresse. L’un des facteurs qui composent cette vision est, donc, l’espace.
La vie des peuples étant indissolublement liée à leur espace ils en connaissent instinctivement les bornes ou les limes au sens latin du terme. Ce fut le cas dans les relations, pour les populations vivant dans ce qui correspond, déjà à l’Algérie actuelle, avec l’Empire romain ; puis dans le cadre du Califat et de l’Empire musulman. La période coloniale a été celle où la puissance algérienne fut temporairement fondue dans celle de la France, mais les chemins-frontières demeurèrent les mêmes.
L’indépendance a fait réapparaître les invariants du caractère de ce pays, de sa société, et de son pouvoir ; tous trois confrontés, de tout temps à la fois à la mer et au Sahara.
Comme eux immobiles et changeants dans la tempête, et poussés, sans cesse, à réapprendre leur espace naturel, par un mouvement perpétuel de flux et de reflux.
Les luttes partisanes prennent, alors, une dimension moins étriquée. Les clivages en seront, aussitôt, moins tranchés qu’ils n’y paraissaient à première vue. Car, en déplaçant, momentanément, l’analyse des luttes politiques, pour examiner les composantes du pouvoir, objet de ces luttes, celles-ci prennent, en effet, un tout autre aspect. Pour mieux apprécier la finalité de luttes partisanes il faut connaître le pouvoir ; après tout, c’est bien là leur enjeu et ce sont ces luttes qui le façonnent.
 
Un pouvoir, quel qu’il soit, est un élan vital, à la fois autonome et  dépendant comme le cœur humain ; c’est l’expression du consensus d’une communauté. Comme tel, il possède une logique de mouvement, qui peut varier, mais rarement être détournée. L’alternance au pouvoir d’hommes aux options politiques différentes en est la preuve et c’est dans leur diversité que se nourrit cette logique de mouvement qui sait organiser, de façon implacable, le « partage »[1] entre les courants qui parcourent sans cesse la société.
S’arrêter sur « qui a fait quoi ? »est contre productif mais, plutôt, de comprendre « pourquoi cela a été fait » compte tenu de l’objectif initial issu de la pensée originelle : protéger et enrichir la capacité de résistance de la nation.
Il s’est préférable d’encourager les efforts de mémoire et de lutter contre l’oubli et, par-là même, d’exhumer des repères qui ont façonné et façonnent encore, les logiques qui paraissent, à présent, guider tout pouvoir en Algérie.
 
L’histoire est, notamment, la science des faits et de leur chronologie ; c’est la vie des peuples et de leur civilisation. A partir de l’histoire, comprendre comment le pouvoir et la société se sont organisés ; selon quels principes, quelles lignes de force et quelles logiques et finalités, ils se sont structurés et, enfin, quels sont les axes d’évolution pour l’avenir. Tâche encore possible dans la mesure où il s’agit d’un pouvoir qui s’est « cristallisé » dans des conditions exceptionnelles ; une guerre de libération nationale, dans une distance historique à perspective humaine. Mais aussi, tâche sans cesse remise en cause par des luttes partisanes et où l’événement instantané voulait admettre que l’indépendance devait assumer la colonisation, tout comme Robespierre fut l’héritier de Louis XVI, Staline celui de Alexandre Newski.

[1] Au sens que lui donne Michel Foucault dans "l’Histoire de la folie à l’âge classique" : « on pourrait faire une histoire des limites, de ces gestes obscurs, nécessairement oubliés, par lesquels une civilisation rejette quelque chose qui sera pour elle l’Extérieur ; et tout au long de son histoire, ce vide creusé, cet espace blanc par lequel elle s’isole, la désigne tout autant que ses valeurs, elle les reçoit et les maintient dans la continuité de l’histoire ; mais en cette région dont nous voulons parler, elle exerce ses choix essentiels, elle fait le partage qui lui donne le visage de sa positivité ; là se trouve l’épaisseur originaire où elle se forme. » Cité par F. Braudel in Grammaire des Civilisations, Edition Flammarion Champs. P. 64.
Par z.fares - Publié dans : reflexions - Ecrire un commentaire
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