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- Du dialogue social à la démocratie participative

Dans sa préface aux œuvres complètes de Karl  Marx, François Perroux reprend l’antagonisme Capital Travail et le problématise sous la forme de conflits dont les contradictions seraient surmontées par la révision, la retouche, la transformation  de l’un des deux termes ou des deux [Marx, 1965, p. XXVIII]. Pour cela il en appelle au dialogue social. Au niveau interpersonnel, Perroux conçoit le dialogue comme la recherche en commun par des communications contradictoires, d’une proposition jugée vraie ou d’une solution jugée juste par deux interlocuteurs qui acceptent des critères compatibles de vérité et de justice [idem, p. XXXI].

Au niveau social, le dialogue s’établit grâce à des médiateurs du type porte-parole, mandataire, représentant ou chef .Le dialogue social est fragile, sa qualité repose sur la communication et repose sur des conduites morales. François Perroux, inspiré notamment par le philosophe personnaliste Jean Lacroix, distingue bien l’homme socialisé par le dialogue de l’homme socialisé par la dialectique marxienne. Le premier  est un sujet libre, conscient et autonome. Il progresse dans la reconnaissance de soi et la reconnaissance d’autrui. « La parole use de signes matériels mais retentit dans l’esprit au-delà du rapport entre les choses qui est signifié.

Le dialogue n’est jamais réductible à un échange de choses. Le développement et l’épanouissement des esprits dans le dialogue ne les identifient jamais à un objet ou à une nature. L’esprit humain en dialoguant confirme son autonomie, en assujettissant l’objet et la nature. » [Marx, 1965, p. XXXVI]. Le second résulte de la praxis qui dans un double mouvement naturalise l’homme et humanise la nature. François Perroux attire notre attention sur la composante éthique du dialogue social qui chez Marx est insuffisamment présente dans le mouvement de dialectique historique. « Le dialogue perd  son autonomie dans la mesure où l’esprit, le respect par l’esprit de critères de vérité et de justice ne sont autre chose que des épiphénomènes, des reflets de la conscience de l’évolution de la matière. » La socialisation par le dialogue social se rattache aux dialectiques de l’esprit. C’est une socialisation du tout par les parties qui restitue à la critique et à l’invention leurs pouvoirs et leurs incertitudes. La socialisation par la lutte sociale se rattache elle aux dialectiques du matérialisme historique, à la socialisation des parties par le tout, à une évolution inéluctable. « Ou bien l’autonomie est dans l’esprit et dans la personne humaine. Ou bien elle réside dans un tout dont les personnes sont des parties dépendantes. La loi d’un tout Controverse de développement durable  11 s’impose à la personne, ou la loi de la personne qui est conscience et liberté, échappe à celle d’un tout quel qu’il soit et donne finalement sa forme et son  contenu concret à la loi du tout. » [Marx, 1965, p. XL]. Toujours en se référant à la pensée de Jean Lacroix, il souligne que l’esprit de dialogue réserve à la vérité et à la justice des chances d’envahir la conscience de ceux qui mènent le combat : « Les luttes sans guerre et les luttes sans violence, le dialogue substitué peu à peu à la lutte sans violence, dessinent un itinéraire qui n’est certainement pas étranger à l’esprit humain » et de conclure sa préface aux œuvres économiques de Marx par cet appel au dialogue social : « La production de l’homme par l’homme grâce à l’objet, par la recréation d’une terre devenue un habitat humain, ne laisse pas oublier la création de l’homme par l’homme par la parole et dans l’action, c'est-à-dire la société des esprits abritée par l’habitat, le reconstruisant indéfiniment au lieu d’être modelé par lui, et cherchant la vérité de l’homme dans la rationalité objective et le retentissement humain du dialogue, au-delà de l’échange des objets. » [Marx, 1965, p. XLIX-LII].

L’approche de François Perroux nous semble une invitation à développer autour des sujets de controverse propres au développement durable des assemblées de parties prenantes qui engagent un dialogue interpersonnel avec les représentants de l’entreprise afin de trouver des arrangements qui constituent autant d’armistices sociaux sources de nouvelles règles. Nous pouvons retrouver dans cette approche un appel à l’institution d’une forme de démocratie participative au sein des assemblées de parties prenantes qui se constituent pour résoudre des affaires de RSE. Engager les parties prenantes dans un processus délibératif nécessite qu’elles soient en capacité de décider sur des enjeux complexes, pluriels, face auxquels elles sont inégales. Pour être légitimes, les décisions prises par une telle assemblée de parties prenantes doivent être le résultat d’une argumentation libre et raisonnée entre égaux de droit. S’engager dans le dialogue contraint les parties prenantes à écouter attentivement l’autre et à comprendre son point de vue, mais aussi à articuler et à poursuivre leurs propres intérêts tout en veillant à l’épanouissement de chaque membre de l’assemblée. L’objectif des délibérations est moins de mettre un terme à des intérêts concurrents mais plutôt de rechercher des solutions par des dialogues, des processus de médiation, des forums qui permettent à la fois aux citoyens de s’engager dans les décisions de l’entreprise mais aussi de rendre l’entreprise active et comptable dans la vie des communautés où elle est implantée. Cela demande néanmoins de faire preuve d’un certain scepticisme quant à la possibilité du management de l’entreprise de dégager de telles délibérations une orientation morale unique à prétention universelle. Cette approche délibérative qui suppose l’égalité entre les parties, conduit à poser la question des ressources propres dont dispose l’entreprise en regard des autres citoyens et celles qu’elle peut mettre à leur disposition. De telles approches ont été souvent utilisées dans le cas des controverses environnementales 5

. Une des difficultés majeures dans ce type de dialogue est de surmonter les conflits de valeurs. Cependant elles permettent qu’une décision collective prenne forme en intégrant les connaissances des experts et les valeurs des personnes qui seront affectées par la décision.

Ce modèle de la démocratie participative rencontre un intérêt croissant chez les chercheurs en gestion qui s’intéressent au rôle politique et social de l’entreprise. Aujourd’hui, les modèles d’analyse de la RSE sont en train de se déplacer d’une approche statique largement marquée par l’utilité économique et centrée sur le contenu des actions de l’entreprise, les types de partenaires, l’évaluation de la performance globale ou des finalités, vers une conception politique et dynamique qui s’attache plus aux processus organisationnels en action. Palazzo et Scherer [2006, 2007] s’inscrivent ainsi dans un paradigme qui répond non pas à la question de la gestion des externalités de la firme, mais à celle de la gouvernance et de l’élaboration de significations partagées dans le cadre de processus délibératifs. En passant d’un mode de légitimation basé sur l’autorité des pouvoirs publics et sur une prétendue connaissance des besoins des parties prenantes, à une légitimité acquise dans le cadre de procédures délibératives mobilisant des argumentations à visée éthique, ils rejoignent la grille d’analyse de la sociologie de la traduction [Latour, 2006]. Le regard se porte moins sur ce qui constitue des faits économiques, naturels ou sociaux mais sur ce qui constitue des sujets de controverse et de cosmopolitique [Beck, 2006].5

- Du dialogue social à la démocratie participative

Dans sa préface aux œuvres complètes de Karl Marx, François Perroux reprend l’antagonisme Capital Travail et le problématise sous la forme de conflits dont les contradictions seraient surmontées par la révision, la retouche, la transformation de l’un des deux termes ou des deux [Marx, 1965, p. XXVIII]. Pour cela il en appelle au dialogue social. Au niveau interpersonnel, Perroux conçoit le dialogue comme la recherche en commun par des communications contradictoires, d’une proposition jugée vraie ou d’une solution jugée juste par deux interlocuteurs qui acceptent des critères compatibles de vérité et de justice [idem, p. XXXI].

Au niveau social, le dialogue s’établit grâce à des médiateurs du type porte-parole, mandataire, représentant ou chef .Le dialogue social est fragile, sa qualité repose sur la communication et repose sur des conduites morales. François Perroux, inspiré notamment par le philosophe personnaliste Jean Lacroix, distingue bien l’homme socialisé par le dialogue de l’homme socialisé par la dialectique marxienne. Le premier est un sujet libre, conscient et autonome. Il progresse dans la reconnaissance de soi et la reconnaissance d’autrui. « La parole use de signes matériels mais retentit dans l’esprit au-delà du rapport entre les choses qui est signifié.

Le dialogue n’est jamais réductible à un échange de choses. Le développement et l’épanouissement des esprits dans le dialogue ne les identifient jamais à un objet ou à une nature. L’esprit humain en dialoguant confirme son autonomie, en assujettissant l’objet et la nature. » [Marx, 1965, p. XXXVI]. Le second résulte de la praxis qui dans un double mouvement naturalise l’homme et humanise la nature. François Perroux attire notre attention sur la composante éthique du dialogue social qui chez Marx est insuffisamment présente dans le mouvement de dialectique historique. « Le dialogue perd son autonomie dans la mesure où l’esprit, le respect par l’esprit de critères de vérité et de justice ne sont autre chose que des épiphénomènes, des reflets de la conscience de l’évolution de la matière. » La socialisation par le dialogue social se rattache aux dialectiques de l’esprit. C’est une socialisation du tout par les parties qui restitue à la critique et à l’invention leurs pouvoirs et leurs incertitudes. La socialisation par la lutte sociale se rattache elle aux dialectiques du matérialisme historique, à la socialisation des parties par le tout, à une évolution inéluctable. « Ou bien l’autonomie est dans l’esprit et dans la personne humaine. Ou bien elle réside dans un tout dont les personnes sont des parties dépendantes. La loi d’un tout Controverse de développement durable 11 s’impose à la personne, ou la loi de la personne qui est conscience et liberté, échappe à celle d’un tout quel qu’il soit et donne finalement sa forme et son contenu concret à la loi du tout. » [Marx, 1965, p. XL]. Toujours en se référant à la pensée de Jean Lacroix, il souligne que l’esprit de dialogue réserve à la vérité et à la justice des chances d’envahir la conscience de ceux qui mènent le combat : « Les luttes sans guerre et les luttes sans violence, le dialogue substitué peu à peu à la lutte sans violence, dessinent un itinéraire qui n’est certainement pas étranger à l’esprit humain » et de conclure sa préface aux œuvres économiques de Marx par cet appel au dialogue social : « La production de l’homme par l’homme grâce à l’objet, par la recréation d’une terre devenue un habitat humain, ne laisse pas oublier la création de l’homme par l’homme par la parole et dans l’action, c'est-à-dire la société des esprits abritée par l’habitat, le reconstruisant indéfiniment au lieu d’être modelé par lui, et cherchant la vérité de l’homme dans la rationalité objective et le retentissement humain du dialogue, au-delà de l’échange des objets. » [Marx, 1965, p. XLIX-LII].

L’approche de François Perroux nous semble une invitation à développer autour des sujets de controverse propres au développement durable des assemblées de parties prenantes qui engagent un dialogue interpersonnel avec les représentants de l’entreprise afin de trouver des arrangements qui constituent autant d’armistices sociaux sources de nouvelles règles. Nous pouvons retrouver dans cette approche un appel à l’institution d’une forme de démocratie participative au sein des assemblées de parties prenantes qui se constituent pour résoudre des affaires de RSE. Engager les parties prenantes dans un processus délibératif nécessite qu’elles soient en capacité de décider sur des enjeux complexes, pluriels, face auxquels elles sont inégales. Pour être légitimes, les décisions prises par une telle assemblée de parties prenantes doivent être le résultat d’une argumentation libre et raisonnée entre égaux de droit. S’engager dans le dialogue contraint les parties prenantes à écouter attentivement l’autre et à comprendre son point de vue, mais aussi à articuler et à poursuivre leurs propres intérêts tout en veillant à l’épanouissement de chaque membre de l’assemblée. L’objectif des délibérations est moins de mettre un terme à des intérêts concurrents mais plutôt de rechercher des solutions par des dialogues, des processus de médiation, des forums qui permettent à la fois aux citoyens de s’engager dans les décisions de l’entreprise mais aussi de rendre l’entreprise active et comptable dans la vie des communautés où elle est implantée. Cela demande néanmoins de faire preuve d’un certain scepticisme quant à la possibilité du management de l’entreprise de dégager de telles délibérations une orientation morale unique à prétention universelle. Cette approche délibérative qui suppose l’égalité entre les parties, conduit à poser la question des ressources propres dont dispose l’entreprise en regard des autres citoyens et celles qu’elle peut mettre à leur disposition. De telles approches ont été souvent utilisées dans le cas des controverses environnementales 5

. Une des difficultés majeures dans ce type de dialogue est de surmonter les conflits de valeurs. Cependant elles permettent qu’une décision collective prenne forme en intégrant les connaissances des experts et les valeurs des personnes qui seront affectées par la décision.

Ce modèle de la démocratie participative rencontre un intérêt croissant chez les chercheurs en gestion qui s’intéressent au rôle politique et social de l’entreprise. Aujourd’hui, les modèles d’analyse de la RSE sont en train de se déplacer d’une approche statique largement marquée par l’utilité économique et centrée sur le contenu des actions de l’entreprise, les types de partenaires, l’évaluation de la performance globale ou des finalités, vers une conception politique et dynamique qui s’attache plus aux processus organisationnels en action. Palazzo et Scherer [2006, 2007] s’inscrivent ainsi dans un paradigme qui répond non pas à la question de la gestion des externalités de la firme, mais à celle de la gouvernance et de l’élaboration de significations partagées dans le cadre de processus délibératifs. En passant d’un mode de légitimation basé sur l’autorité des pouvoirs publics et sur une prétendue connaissance des besoins des parties prenantes, à une légitimité acquise dans le cadre de procédures délibératives mobilisant des argumentations à visée éthique, ils rejoignent la grille d’analyse de la sociologie de la traduction [Latour, 2006]. Le regard se porte moins sur ce qui constitue des faits économiques, naturels ou sociaux mais sur ce qui constitue des sujets de controverse et de cosmopolitique [Beck, 2006].5

- Du dialogue social à la démocratie participative

Dans sa préface aux œuvres complètes de Karl Marx, François Perroux reprend l’antagonisme Capital Travail et le problématise sous la forme de conflits dont les contradictions seraient surmontées par la révision, la retouche, la transformation de l’un des deux termes ou des deux [Marx, 1965, p. XXVIII]. Pour cela il en appelle au dialogue social. Au niveau interpersonnel, Perroux conçoit le dialogue comme la recherche en commun par des communications contradictoires, d’une proposition jugée vraie ou d’une solution jugée juste par deux interlocuteurs qui acceptent des critères compatibles de vérité et de justice [idem, p. XXXI].

Au niveau social, le dialogue s’établit grâce à des médiateurs du type porte-parole, mandataire, représentant ou chef .Le dialogue social est fragile, sa qualité repose sur la communication et repose sur des conduites morales. François Perroux, inspiré notamment par le philosophe personnaliste Jean Lacroix, distingue bien l’homme socialisé par le dialogue de l’homme socialisé par la dialectique marxienne. Le premier est un sujet libre, conscient et autonome. Il progresse dans la reconnaissance de soi et la reconnaissance d’autrui. « La parole use de signes matériels mais retentit dans l’esprit au-delà du rapport entre les choses qui est signifié.

Le dialogue n’est jamais réductible à un échange de choses. Le développement et l’épanouissement des esprits dans le dialogue ne les identifient jamais à un objet ou à une nature. L’esprit humain en dialoguant confirme son autonomie, en assujettissant l’objet et la nature. » [Marx, 1965, p. XXXVI]. Le second résulte de la praxis qui dans un double mouvement naturalise l’homme et humanise la nature. François Perroux attire notre attention sur la composante éthique du dialogue social qui chez Marx est insuffisamment présente dans le mouvement de dialectique historique. « Le dialogue perd son autonomie dans la mesure où l’esprit, le respect par l’esprit de critères de vérité et de justice ne sont autre chose que des épiphénomènes, des reflets de la conscience de l’évolution de la matière. » La socialisation par le dialogue social se rattache aux dialectiques de l’esprit. C’est une socialisation du tout par les parties qui restitue à la critique et à l’invention leurs pouvoirs et leurs incertitudes. La socialisation par la lutte sociale se rattache elle aux dialectiques du matérialisme historique, à la socialisation des parties par le tout, à une évolution inéluctable. « Ou bien l’autonomie est dans l’esprit et dans la personne humaine. Ou bien elle réside dans un tout dont les personnes sont des parties dépendantes. La loi d’un tout Controverse de développement durable 11 s’impose à la personne, ou la loi de la personne qui est conscience et liberté, échappe à celle d’un tout quel qu’il soit et donne finalement sa forme et son contenu concret à la loi du tout. » [Marx, 1965, p. XL]. Toujours en se référant à la pensée de Jean Lacroix, il souligne que l’esprit de dialogue réserve à la vérité et à la justice des chances d’envahir la conscience de ceux qui mènent le combat : « Les luttes sans guerre et les luttes sans violence, le dialogue substitué peu à peu à la lutte sans violence, dessinent un itinéraire qui n’est certainement pas étranger à l’esprit humain » et de conclure sa préface aux œuvres économiques de Marx par cet appel au dialogue social : « La production de l’homme par l’homme grâce à l’objet, par la recréation d’une terre devenue un habitat humain, ne laisse pas oublier la création de l’homme par l’homme par la parole et dans l’action, c'est-à-dire la société des esprits abritée par l’habitat, le reconstruisant indéfiniment au lieu d’être modelé par lui, et cherchant la vérité de l’homme dans la rationalité objective et le retentissement humain du dialogue, au-delà de l’échange des objets. » [Marx, 1965, p. XLIX-LII].

L’approche de François Perroux nous semble une invitation à développer autour des sujets de controverse propres au développement durable des assemblées de parties prenantes qui engagent un dialogue interpersonnel avec les représentants de l’entreprise afin de trouver des arrangements qui constituent autant d’armistices sociaux sources de nouvelles règles. Nous pouvons retrouver dans cette approche un appel à l’institution d’une forme de démocratie participative au sein des assemblées de parties prenantes qui se constituent pour résoudre des affaires de RSE. Engager les parties prenantes dans un processus délibératif nécessite qu’elles soient en capacité de décider sur des enjeux complexes, pluriels, face auxquels elles sont inégales. Pour être légitimes, les décisions prises par une telle assemblée de parties prenantes doivent être le résultat d’une argumentation libre et raisonnée entre égaux de droit. S’engager dans le dialogue contraint les parties prenantes à écouter attentivement l’autre et à comprendre son point de vue, mais aussi à articuler et à poursuivre leurs propres intérêts tout en veillant à l’épanouissement de chaque membre de l’assemblée. L’objectif des délibérations est moins de mettre un terme à des intérêts concurrents mais plutôt de rechercher des solutions par des dialogues, des processus de médiation, des forums qui permettent à la fois aux citoyens de s’engager dans les décisions de l’entreprise mais aussi de rendre l’entreprise active et comptable dans la vie des communautés où elle est implantée. Cela demande néanmoins de faire preuve d’un certain scepticisme quant à la possibilité du management de l’entreprise de dégager de telles délibérations une orientation morale unique à prétention universelle. Cette approche délibérative qui suppose l’égalité entre les parties, conduit à poser la question des ressources propres dont dispose l’entreprise en regard des autres citoyens et celles qu’elle peut mettre à leur disposition. De telles approches ont été souvent utilisées dans le cas des controverses environnementales 5

. Une des difficultés majeures dans ce type de dialogue est de surmonter les conflits de valeurs. Cependant elles permettent qu’une décision collective prenne forme en intégrant les connaissances des experts et les valeurs des personnes qui seront affectées par la décision.

Ce modèle de la démocratie participative rencontre un intérêt croissant chez les chercheurs en gestion qui s’intéressent au rôle politique et social de l’entreprise. Aujourd’hui, les modèles d’analyse de la RSE sont en train de se déplacer d’une approche statique largement marquée par l’utilité économique et centrée sur le contenu des actions de l’entreprise, les types de partenaires, l’évaluation de la performance globale ou des finalités, vers une conception politique et dynamique qui s’attache plus aux processus organisationnels en action. Palazzo et Scherer [2006, 2007] s’inscrivent ainsi dans un paradigme qui répond non pas à la question de la gestion des externalités de la firme, mais à celle de la gouvernance et de l’élaboration de significations partagées dans le cadre de processus délibératifs. En passant d’un mode de légitimation basé sur l’autorité des pouvoirs publics et sur une prétendue connaissance des besoins des parties prenantes, à une légitimité acquise dans le cadre de procédures délibératives mobilisant des argumentations à visée éthique, ils rejoignent la grille d’analyse de la sociologie de la traduction [Latour, 2006]. Le regard se porte moins sur ce qui constitue des faits économiques, naturels ou sociaux mais sur ce qui constitue des sujets de controverse et de cosmopolitique [Beck, 2006].5

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